Droits de l’homme

La fin sans gloire de « La terreur des savanes » : Le Colonel Narcisse Yoma Djoua s’est éteint

par Forum de la Semaine (Togo) , le 20 août 2007, publié sur ufctogo.com

 

Le Colonel Narcisse Yoma Djoua n’est plus. Il s’est éteint le jeudi 16 août dernier au Pavillon Militaire du Centre hospitalier universitaire de Lomé à la suite d’une longue maladie.

Ancien Chef de Corps de la garde présidentielle de feu Président Eyadéma, ce redoutable officier qui n’a reculé devant rien pour martyriser les populations était surnommé « Terreur des Savanes », suite aux nombreuses souffrances qu’il a fait endurer aux populations de la Région des Savanes alors qu’il était Préfet de l’Oti. Ses tristes exploits ont longuement meublé les débats lors des travaux de la Conférence nationale souveraine tenue en 1991 à Lomé. Il lui est reproché principalement de donner plus de prix aux animaux au détriment de la vie humaine. Et dans cette rubrique, que de folles histoires n’ont pas été entendues ! Il aurait bouché les deux extrémités d’un ponceau qui servait de refuge à des paysans considérés comme des braconniers qui s’échappaient à ses fureurs alors qu’il les a surpris avec une perdrix, du haut, dans son hélicoptère. Il aurait ensuite arrosé d’essence les branches d’arbre qui lui ont servi de bouchon pour ensuite y mettre le feu.

Détenu pendant plus de 10 ans à la prison civile de Kara, le Col. Narcisse Yoma Djoua, ce fidèle des fidèles du Gal Eyadéma, a recouvré sa liberté le 29 mai 2005 au lendemain du décès de son ancien mentor. Il était accusé officiellement du meurtre en juin 1994 de Me Agbémavor, un Notaire togolais résidant en Côte d’Ivoire. Officiellement, il lui est prêté des intentions putschistes, Me Agbémavor étant loin d’être la première victime de cet officier formé dans de prestigieuses écoles de guerre occidentales mais qui a mis toute son énergie en branle pour maintenir la tyrannie du système Eyadéma en usant de la terreur et du terrorisme d’Etat. Il a mis son machiavélisme aux côtés de son compère, le Lt-Col Kouma Biténiwé, lui aussi tombé en disgrâce, pour sauver le régime Eyadéma en pleine dérive au début des années 90.

La dernière sortie rocambolesque du Col. Narcisse Yoma Djoua remonte au mardi 17 janvier 2006 où, à bord de sa Peugeot 405 de couleur grise ce jour-là, il investit les locaux du Palais de la Présidence en déjouant la vigilance des gardes aux alentours de 19 heures et occupe pendant près d’une heure le bureau de Faure Gnassingbé. Il y aurait passé d’interminables coups de fil à partir du combiné téléphonique du Chef de l’Etat, « juste pour tuer le temps », selon un de ses proches contactés à l’époque par « Forum de la semaine ». Il ressort peu avant 20 heures sans être inquiété, reprend sa route et traverse aisément la ville de Lomé pour regagner son domicile sis dans la banlieue d’Agoè, fier de son exploit. Et ce n’est que trois heures plus tard, peu avant minuit, que les services de sécurité sont alertés. Une unité de la gendarmerie prend d’assaut son domicile et le retrouve endormi. Sans aucune résistance, il se plie à leur interpellation et est conduit à la Gendarmerie nationale où il est gardé pendant plusieurs jours avant d’être libéré sur intervention de Faure Gnassingbé.

Cet acte est considéré comme un exploit, une démonstration de force par ses proches tandis que des milieux officiels, on l’a perçu sous l’angle d’un début de démence.

Il fut l’unique officier de l’armée togolaise qui possédait la redoutable arme Magnum 24 et l’un des rares qui pouvait rentrer dans le bureau d’Eyadéma avec son arme sur lui. C’est dire quel était le degré de confiance dont il jouissait auprès du Général-Président avant de tomber en disgrâce.

Il a passé ses derniers jours dans un dénuement total, laissé qu’il était à son triste sort sans aucune mesure d’insertion sociale ni de réhabilitation à sa libération. La dizaine d’années passées en prison ont suffi pour que tous ses investissements tombent en ruine. Qui pis est, le Trésor public togolais était incapable de lui verser des miettes d’arriérés résultant de la location de certains de ses immeubles par des services publics. Une situation qui l’a réduit à une quasi-dépendance. Triste sort pour un serviteur zélé qui a mis toute sa force à défendre un système décrié par tout un peuple. Que la terre lui soit légère, mais comme le dira la Bible, « que ses œuvres le suivent » !

Dimas

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