Epidémies

La fièvre jaune alias « Yellow Jack » est de retour

par Le Figaro (France) , le 2 janvier 2007, publié sur ufctogo.com

Le virus frappe maintenant les grandes villes d’Afrique et d’Amérique latine. La maladie pourrait aussi gagner la Chine et d’autres pays d’Asie.

 

« YELLOW Jack » est de retour. Croqué en 1898 pendant le conflit hispano-américain sous les traits d’un squelette vêtu comme un mataf qui toque à la porte de l’Amérique, la fièvre jaune plane à nouveau sur le monde. Le virus de la fièvre jaune a touché 206 000 personnes en 2005 dans douze pays d’Afrique, avec une mortalité estimée de 52 000 victimes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a calculé qu’entre 2006 et 2050, de grandes épidémies de ­fièvre jaune tueront avec certitude entre 1,5 et 2,7 millions d’humains si aucune mesure de prévention nouvelle n’est adoptée.
La décision de l’Alliance globale de vaccination (GAVI) de ­financer l’achat, le stockage et la distribution de 57 millions de doses de vaccin pendant cinq ans a été assortie de nouvelles règles drastiques de contrôle pour en ­finir avec la corruption et l’inef­ficacité. GAVI est une initiative public-privé qui associe des pays avec des organismes interna­tionaux (OMS, Unicef, Banque mondiale, etc.), avec un financement assuré par des gouvernements occidentaux et des dons de la Fondation Bill et Melinda Gates (1,5 milliard de dollars sur quinze ans). Pour lancer leur plan stratégique mondial, les partenaires de GAVI ont organisé avec l’Agence de médecine préventive (AMP), une ONG française, un séminaire-atelier à la Fondation Mérieux de Bamako (Mali).
La maladie est très ancienne : elle a ravagé la côte est des États-Unis aux XVIIIe et XIXe siècles, de la vallée du Mississippi jusqu’à Boston et Philadelphie. La Nouvelle-Orléans a été la capitale de la fièvre jaune, 50 % de la mortalité globale annuelle lui étant attribués. Et Napoléon, découragé par les 27 000 morts dans son armée lors de la révolution haïtienne en 1802, a été vaincu par le virus amaril. Celui-ci est aussi considéré comme le responsable principal de l’échec initial du creusement du canal de Panama.
L’Europe ne fut pas épargnée : notamment par une épidémie à Marseille, en 1908, ou à Barcelone, en 1921.
« Il faut se souvenir, a rappelé Philippe Stoeckel, le président de l’AMP, qu’entre 1934 et 1953, la ­fièvre jaune, qui provoquait des épidémies dévastatrices, a été ­éliminée des pays d’Afrique de l’Ouest par la vaccination préventive systématique de la population ».
Depuis les années 1970, tout a changé. Le moustique vecteur ­Aedes aegypti, qui était absent du sous-continent, s’est invité dans les grandes villes indiennes. Tout comme ­Aedes albopictus, le porteur du chikungunya, qui a traversé facilement l’océan Indien pour infester l’île de la Réunion. Désormais, le risque d’épidémies urbaines de grande ampleur en Inde et en Asie du Sud-Est n’est plus une fiction. « Il faut empêcher le virus de quitter l’Afrique, a expliqué Jean-François Saluzzo (Sanofi Pasteur), ce serait une ­véritable ­catastrophe. »
Les échanges commerciaux avec l’Asie, la Chine en parti­culier, faciliteraient et amplifieraient la menace. Dès lors, la ­fièvre jaune serait devenue globale. Aucun pays ne serait immun, l’histoire l’a déjà montré.

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Douze pays prioritaires
Selon le bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’OMS, la recrudescence des épidémies de fièvre jaune peut être partiellement expliquée par l’importance des pluies en Afrique de l’Ouest en 2005. Alors que les régions du ­Sahel ont été frappées par la ­sé­cheresse et ont connu la famine cette année-là, les zones fores­tières du golfe de Guinée ont été confrontées à des pluies diluviennes favorisant l’explosion d’épidémies de choléra et de fièvre jaune. Et d’après les experts du Centre national de recherche atmosphérique du Colorado (États-Unis), la modélisation des données climatiques tend à montrer que l’Afrique de l’Ouest pourrait connaître des saisons de mousson plus pluvieuses pendant les dizaines d’années à venir. La densité de mous­tiques augmentera, ainsi que la migration de populations fuyant la sécheresse ou les zones de conflit vers les villes.
Déjà, des épidémies urbaines ont eu lieu à Abidjan (Côte d’Ivoire), à Dakar et à Touba (Sénégal), à Conakry (Guinée) comme autant de répétitions annonciatrices. Or, à chaque fois, la stratégie de riposte a consommé des vaccins qui ne seront pas disponibles pour des campagnes systématiques de protection des populations à risque.
La valeur du stock mondial nécessaire de vaccin anti-amaril est estimée par l’Unicef à 500 millions de dollars pour 3 milliards de doses et 900 millions de seringues individuelles de sécurité (autoblocantes). La dose de vaccin, vendue 30 euros en France, sera procurée par GAVI à 60 cents de dollars la dose.
Dans la stratégie de l’alliance GAVI, élaborée en juin 2005, douze pays prioritaires dont huit africains (Bénin, Burkina, Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée, Liberia, Mali, Nigeria, Sierra Leone, et Togo) se partageront sans devoir les rembourser quelque 57 millions de doses. À condition de présenter un dossier extrêmement complet. Une analyse précise du risque, district par district, une investigation de chaque épidémie, un choix planifié des zones et des populations à risque à vacciner, sur plusieurs années, devront être faits.
Pour organiser des campagnes de qualité, il faut répertorier les ressources humaines, matérielles, managériales et financières nécessaires. Cela va de l’achat ou la réparation de porte-vaccins ou d’accumulateurs pour le maintien de la chaîne du froid, à la liste des incinérateurs capables de brûler les déchets d’une campagne : ainsi, cette année, 4,2 millions de Boliviens vaccinés contre la rubéole ont généré 48 tonnes de déchets (aiguilles, seringues, containers). Il faut des cartes, des véhicules, du carburant, du personnel vaccinateur qualifié. Il faut gérer les rumeurs, et pour cela surveiller tout événement indésirable chez les vaccinés. « Bref, il faut dire ce que l’on va faire, faire ce que l’on dit et montrer qu’on l’a fait », résume André Da Silva (GAVI).
À condition bien entendu que le personnel politique local accepte les conditions strictes demandées par GAVI. Une réunion des ministres des pays concernés sera organisée bientôt en ce sens.

Jean-Michel Bader, envoyé spécial Le Figaro à Bamako (Mali)

 

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