Deux conceptions

La diplomatie française se fait discrète au Togo

par Libération (France) , le 9 février 2005, publié sur ufctogo.com

Paris souhaite que le nouveau pouvoir organise vite des élections libres.

 

Il y a deux conceptions de l’amitié. Celle où deux amis se disent tout, au risque de se brouiller. Et celle où l’on se passe tout au nom de ses intérêts mutuels bien compris. Sous les trente-huit ans de règne du général-président Gnassingbé Eyadéma, la France ­ de gauche comme de droite ­ a privilégié la seconde. Elle a entériné son maintien au pouvoir ad vitam aeternam au Togo, malgré de graves violations des droits de l’homme. Dans son message de condoléances, Jacques Chirac a qualifié, samedi, le défunt président d’« ami personnel ». Une déclaration qui a choqué l’opposition togolaise et les associations de défense des droits de l’homme. « Cette expression recouvre une réalité : Chirac a connu Eyadéma dans l’armée française en Algérie, avant qu’il devienne président du Togo », se défend-on dans l’entourage du chef de l’Etat français.

Transition. Au lendemain de la mort d’Eyadéma et de la nomination à la hussarde de son fils, Faure Gnassingbé, les regards se tournent vers l’ancienne puissance coloniale. Paris va-t-il rompre avec les usages du passé afin de favoriser une transition démocratique au Togo ? Depuis samedi, la France a paru en retrait par rapport à l’Union africaine (UA). Quand le président de l’exécutif de l’UA, Alpha Omar Konaré, dénonçait un « coup d’Etat militaire », le Quai d’Orsay se contentait d’appeler le nouveau pouvoir togolais au « respect de la Constitution ». A Paris, on explique privilégier la diplomatie discrète. C’est l’ambassadeur de France à Lomé qui tente actuellement de ramener le nouvel homme fort du régime togolais à la raison, « car un contact direct entre Paris et Lomé vaudrait reconnaissance internationale ». Pour lui dire quoi ? « Qu’il s’est mis dans l’illégalité totale, mais qu’il peut en sortir en organisant rapidement des élections libres sous la houlette d’un gouvernement représentatif et sous le contrôle d’observateurs internationaux. » En contact avec plusieurs dirigeants africains de la région, Paris s’attend à ce que le sommet de la Cedeao (Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest), organisé aujourd’hui au Niger, officialise cette position. « Tout ceci n’est que manoeuvre dilatoire, s’indigne François-Xavier Verschave, de l’association Survie. Lors des crises précédentes au Togo, Paris a toujours procédé ainsi, appelant Eyadéma au dialogue, avant d’entériner ses coups de force. » Mais, cette fois, ajoute Verschave, l’ex-puissance coloniale doit compter avec la position ferme adoptée par l’UA.

Craintes. « La mobilisation de la France est déterminante, assure de son côté Sidiki Kaba, le président de la Fédération internationale des droits de l’homme. C’est la présence militaire française au Togo qui a garanti la pérennité du régime d’Eyadéma. Mais si la France prive de son soutien le nouveau pouvoir, une ouverture est possible. » Paris n’en est pas là : « Nous préférons montrer la voie de sortie plutôt que d’agiter le bâton », résume un haut responsable français. Qui ne cache pas ses craintes de voir le Togo s’embraser rapidement si Faure Gnassingbé refuse de céder aux pressions internationales.

Par Thomas HOFNUNG

 

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