Droits de l’homme

La dictature togolaise reprend du service : un journaliste menacé de mort

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 2 octobre 2004, publié sur ufctogo.com

Chassez le naturel, il revient au galop. Un mois seulement après avoir effectué une opération de séduction
envers la communauté internationale avec l’adoption d’une nouvelle loi sur l’information dépénalisant les délits de presse, la dictature togolaise reprend du service. Le journaliste Jean-Baptiste Dzilan (Dimas Dzikodo) a reçu des menaces de mort suite à la publication de "l’Appel du MO5 au peuple togolais" dans son journal "Forum de la semaine".

 

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Feu Jean Hélène (journaliste de RFI assassiné) entre Dimas Dzikodo (à gauche) et Emmanuel Akitani-Bob (Vice-Président de l’UFC, à droite).

Voici l’appel urgent qu’a adressé le journaliste Jean-Baptiste Dzilan (Dimas Dzikodo) à divers organismes et personnalités, notamment à la rédaction de Diastode.org :

Bien chers,

Je viens vous informer des menaces de mort qui planent sur ma personne. Voici les termes de ces menaces, suite à la déclaration du MO5 que j’ai publiée dans Forum de la Semaine N° 22 du jeudi 30 Septembre 2004 :

« C’est vous Jean-Baptiste Dzilan, vous avez signé votre arrêt de mort avec l’article que vous avez écrit sur le MO5 touchant les enfants du Président. Sachez que vous serez éliminé et ce n’est qu’une question de temps. C’est décidé et arrêté. Quand on pose un acte, il faut être prêt à l’assumer. Vous êtes un chiffon. Vous ne valez rien ! Et vous êtes jaloux. Vous êtes des aigris ! »

Lorsque j’ai demandé de savoir à qui j’ai l’honneur, la voix qui était celle d’une fille, m’a répondu en ces termes :

« Je ne vous connais pas, mais c’est parce que mon nom se trouve dans ton journal que je t’appelle. Prépare-toi pour assumer ce que tu as écrit ».

Il faut préciser qu’environ un quart d’heure auparavant, un informateur anonyme qui se dit ami de la famille du Chef de l’État, m’a appelé pour me mettre en garde parce qu’il était dans la famille quand les "garçons" du Chef de l’État mis en cause dans la déclaration du MO5 que j’ai publiée, se sont réunis et « un lieutenant qui était présent, a dit que ces gens sont à éliminer à la minute, et qu’il se porte garant pour le faire ».

Tout ceci se passait vers 20 heures ce jeudi 30 Septembre 2004.

J’ai informé le Ministre de la Communication et de la formation civique, le Secrétaire général du Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité (le Ministre lui-même étant indisponible) et le Directeur central de la Police judiciaire, le Directeur du Service des Renseignements généraux ainsi que les Chancelleries occidentales à Lomé.

Ce vendredi vers 20 heures, un autre informateur m’appelle pour me demander qui a mis l’information concernant mes menaces sur le site internet www.icilome.com. Je lui ai dit que je ne sais pas. Et il me dit que cela a envenimé ma situation, et certains parmi les "enfants" du Chef de l’État ont déclaré que « cette fois-ci, si quelqu’un devait mourir, il n’a qu’à mourir ».

Il faut préciser que tous ces appels sont masqués mais peuvent être vérifiés au cours d’une enquête chez Télécel-Togo qui héberge mon abonnement.

Lomé, Togo, 1er octobre 2004
Jean-Baptiste Dzilan
Directeur de la Publication togolaise "Forum de la Semaine"

Rappelons que Dimas Dzikodo et deux autres journalistes avaient été arrêtés par la police les 14 et 15 juin 2003. Dimas Dzikodo avait été interpellé dans un cybercafé, alors qu’il scannait et archivait des photos de personnes blessées. Un deuxième journaliste, Colombo Kpakpabia avait également été arrêté dans le même cybercafé, avec des photos similaires. Enfin, il était reproché au troisième journaliste, Philip Evégnon, d’avoir remis les photos à son rédacteur en chef.

Après une détention de dix jours dans les locaux de la direction générale de la police nationale, les journalistes ont été transférés à la prison civile de Lomé, où ils ont été incarcérés pendant près d’un mois. Alors qu’ils étaient détenus par la police, Dimas Dzikodo et Colombo Kpakpabia ont été frappés par les policiers au cours d’interrogatoires musclés.

- Lire aussi :
Le MO5 exige une enquête sur les dossiers des privatisations

UPDATE 06/10/2004 - Communiqué de l’ONG Reporters sans frontières

Menaces de mort contre un journaliste

Le directeur de publication de l’hebdomadaire privé "Forum de la Semaine", Jean-Baptiste Dzilan, alias Dimas Dzikodo, a reçu plusieurs appels téléphoniques anonymes au cours desquels ses interlocuteurs l’ont menacé de mort pour avoir publié des textes de l’opposition.

« Des menaces de mort proférées à l’encontre d’un journaliste sont à prendre au sérieux, a déclaré Reporters sans frontières. Le ministère de l’Intérieur doit garantir la sécurité de Jean-Baptiste Dzilan et ouvrir une enquête afin d’identifier et punir les auteurs de ces appels anonymes », a ajouté l’organisation.

Le 23 septembre 2004, "Forum de la Semaine" a diffusé un dossier rédigé par un mouvement de jeunes opposants, le « Mouvement du 5 octobre » (MO5), basé à Bruxelles, sans autre commentaire. Depuis, son directeur reçoit des appels téléphoniques anonymes menaçant d’attenter à sa vie : « Vous avez signé votre arrêt de mort avec l’article que vous avez écrit sur le MO5 touchant les enfants du Président. Sachez que vous serez éliminé et que ce n’est qu’une question de temps... » Ces appels ont cessé le 1er octobre, depuis que le journaliste a demandé au ministère de l’Intérieur de s’occuper de son cas.

Jean-Baptiste Dzilan publie régulièrement des articles critiques sur la gestion du pays par le chef de l’Etat togolais, le général Gnassingbé Eyadéma et ses proches. En juin 2003, il avait été arrêté dans un cybercafé alors qu’il scannait des photos de victimes de torture. Il avait été libéré en juillet, après le versement d’une amende de 500 000 francs CFA (764 euros).

RSF

 

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