Mal gouvernance

La dette accumulée par les Ambassades du Togo s’élève à plus de 5 milliards de FCFA

par Liberté Hebdo (Togo) , le 17 mars 2008, publié sur ufctogo.com

La gestion opaque faite des biens de l’Etat depuis plusieurs décennies se répercute dans tous les secteurs d’activités y compris dans les chancelleries togolaises à l’étranger. Les nombreux biens mobiliers et immobiliers appartenant soit à l’Etat, soit à des sociétés dépendant directement de l’Etat togolais, sont mal gérés, engendrant des pertes énormes pour le pays.

 

De Paris à Bruxelles en passant par Londres, Washington, Brasilia ou Harare, la situation est la même. Non seulement la plupart des immeubles sont abandonnés, mais grand nombre d’entre eux sont délabrés et ceux qui sont mis en location, sont confiés à des sociétés immobilières étrangères qui les gèrent en complicité avec des Ambassadeurs qui se sucrent à loisir, ne rendant aucun compte à leur ministère de tutelle. Mais l’exécutif togolais ne s’en préoccupe guère. Le séminaire organisé sous le ministre des Affaires Etrangères, Zarifou Ayéva, afin de mettre fin à ces anomalies et d’insuffler une nouvelle dynamique à la diplomatie togolaise n’a rien changé à la donne.

En effet, du 15 août au 22 septembre 2002, une mission de la fameuse commission anti-corruption mise en place par feu Eyadema avait visité les propriétés de l’Etat à l’étranger. Son constat est amer : abandon de nombreux bâtiments de l’Etat, les loyers générés par certains des immeubles sont utilisés par les Ambassades sans demander préalablement l’autorisation de leur ministère, les appartements de certains agents rappelés à la centrale ou appelés à d’autres fonctions, sont restés inoccupés alors que les loyers continuent d’être payés. En 2002, le montant global de la dette accumulée par les Ambassades s’élève à plus de cinq milliards de francs CFA. Ce rapport n’avait suscité ni la réprobation du gouvernement, ni un changement de comportement des diplomates togolais accrédités à l’étranger. Le laisser-aller a continué jusqu’à la disparition du Général Eyadema et se poursuit allègrement sous le règne de son fils. Ce qui n’exclut pas une augmentation de cette dette.

Selon les termes du rapport de la Mission, il y a des propriétés gérées par les Agences immobilières et celles qui sont confiées aux Ambassades.

En ce qui concerne les Agences immobilières, la Mission a constaté que les propriétés de Londres, de Dakar et de Harare sont gérées par des Agences. Brasilia est un cas particulier puisque la gestion est confiée à notre Consul Honoraire qui fait en quelque sorte office d’Agence immobilière. La Mission a constaté avec satisfaction que les Agences choisies pour gérer nos propriétés font montre d’un certain professionnalisme qui leur permet de garder les bâtiments en bon état. Que ce soit M. COHEN à Londres, l’Agence MUNIER à Dakar ou Estate du Zimbabwe, les Agences, moyennant des commissions d’environ 10%, ont su maintenir les propriétés de l’Etat togolais en bon état en réalisant périodiquement des travaux de rénovation ou de réparations. Grâce à leur vigilance, les loyers sont payés régulièrement. La Mission a fait rapatrier tous les loyers.

En revanche, les responsables de ces agences se sont plaints de n’avoir pas de réactions à leurs courriers. Ils ont proposé que soit désigné un seul correspondant permanent.

C’est au niveau des propriétés confiées aux Ambassades qu’il y a beaucoup d’anomalies. A Paris, à Bruxelles..., les propriétés non occupées sont gérées par les Ambassades. Mais, s’agissant des immeubles appartenant à l’Etat ou ceux loués au profit du personnel, l’on a observé une mauvaise gestion matérielle et financière patente dans les Ambassades. Le Personnel ne respecte pas les biens. On constate une propension, au gaspillage et des actes de corruption justifiant la dette énorme plus de 5 milliards de francs CFA. Les surfacturations et les factures fictives sont devenues le sport favori du Personnel des Ambassades. C’est le chaos dans toutes les capitales où l’Etat togolais dispose des biens.

Paris

Dans la capitale française, le Togo dispose de plusieurs immeubles, des résidences et des biens appartenant à des sociétés d’Etat. L’Etat y possède 7 immeubles. En dehors de la Chancellerie et de la Résidence de l’Ambassadeur, 5 autres immeubles sont à l’abandon.

Le premier immeuble sis à la Rue Berger est un appartement qui a servi de Chancellerie au Représentant togolais auprès de l’UNESCO avant d’être occupé par quatre chauffeurs avec leurs familles. Il a été laissé à l’abandon depuis plusieurs années. En raison de son état de dégradation prononcée, il est devenu une cause de nuisance pour les voisins qui se sont plaint à l’Ambassade à plusieurs reprises. Depuis plusieurs années, il fait l’objet d’une procédure de démolition alors qu’un promoteur immobilier s’est proposé de le racheter à 500 millions de FCFA, soit de le rénover pour l’Etat qui pourra le louer à 30 millions de francs CFA par mois. Mais selon certaines indiscrétions, l’Etat togolais n’aurait donné aucune suite à cette demande.

Sur la rue Jouffroy se trouve un autre appartement vide qui avait appartenu à l’ex- OPAT et qui a été rétrocédé à l’Etat. Il avait servi de bureaux aux attachés de presse. Ce bel appartement de Neuilly situé dans l’un des quartiers les plus huppés de Paris, depuis 14 ans a été loué par un médecin [...], M. BENAZAR qui s’étonne de n’avoir jamais vu un représentant du gouvernement togolais depuis cette date. Le loyer est d’environ 1.500.000 francs CFA qui est reversé sur le compte de l’ex-OPAT dont le Ministère du commerce en tant que Président du Conseil de Surveillance de l’Ex-OPAT détient la signature. Il nous revient que ce bel immeuble était aussi à l’abandon et avait servi, un moment, de lieu de rencontre pour des dealers de tout acabit avant d’être loué au médecin [...]. En plus, il paraît que cet immeuble vaut trois fois le prix qui a été convenu entre le médecin [...] et le ministre du Commerce.

Le troisième immeuble sis sur le Boulevard Malesherbes, appartient à l’ancienne société « CEET ». Le nouveau repreneur de cette société « TOGO ELECTRITE » a refusé de le reprendre. Conséquence, il est laissé à l’abandon par le régime RPT qui en est devenu propriétaire.

Il en est de même pour l’immeuble du défunt Office Togolais des Phosphates (OTP) qui a été reversé à l’Etat togolais.

Bruxelles

Des quatre immeubles que possède le Togo dans la capitale belge, seules les résidences de l’Ambassadeur et la chancellerie sont dans une pseudo condition acceptable. Deux autres résidences font problème.

La première résidence qui est attenante à la chancellerie sur l’avenue Telvuren, a été louée, il y a plus d’une décennie à l’Ambassade de Grèce. A son départ, comme d’habitude, le bâtiment a été abandonné et au fil des années, tout s’y est dégradé à tel point que des champignons et des herbes y ont poussé dans tous les coins. Les Ambassadeurs qui étaient en poste n’ont pas daigné prendre soin des immeubles pour les laisser dans un état impeccable. Ce laxisme coûte à l’Etat togolais des centaines de milliers d’euros annuels de charges fiscales.

Les diplomates en poste à Bruxelles avec la complicité de certains barons du régime ont en 1996 conclu avec un entrepreneur libanais, M. CHALOUHI, directeur de la société « SUCOTRADE », un contrat scélérat. Celui-ci a consisté à la rénovation de l’immeuble pour 182 millions de francs CFA, cette somme étant avancée par CHALOUHI conformément à un contrat emphytéotique de 12 ans. A la signature du contrat le 10 août 1997, la délégation interministérielle a eu l’idée d’introduire une clause permettant à l’Etat togolais de reprendre l’immeuble à tout moment. Mais M. CHALOUHI soutient que le Togo doit payer 350 millions de francs CFA pour reprendre la jouissance de cet immeuble alors qu’il le loue à des milliers d’euros mensuels à des représentations diplomatiques. Selon certaines sources, ce Libanais serait bien implanté dans un cercle de barons et d’anciens ministres.

La seconde résidence située juste à côté de celle de l’Ambassadeur et comportant un immense jardin est soumise à un contrat similaire conclu avec M. CHALOUHI.

Londres

Le Togo y possède deux résidences qui sont louées par l’intermédiaire d’un homme d’affaires qui est dans l’immobilier. Ces résidences rapportent presque 4 millions de FCFA par mois depuis 1990 où elles ne servent plus de chancellerie pour le Togo du fait de la fermeture de toute représentation diplomatique en Grande Bretagne. Depuis cette période, ces milliers de millions de FCFA sont empochés par les ambassadeurs successifs en poste en France, étant donné que c’est l’ambassade du Togo en France qui gère les fonds des résidences londoniennes.

USA

Dans la capitale américaine, le Togo dispose d’un immeuble abritant la chancellerie, d’une résidence pour l’Ambassadeur et d’une villa.

Malgré des millions de francs débloqués par le Togo pour rénover ses biens à Washington, force est de constater que ceux-ci sont aujourd’hui dans un état lamentable, les travaux ayant été faits à moitié et les fonds destinés à la rénovation évaporés. Par exemple, la chancellerie a été achetée en 1962. Elle est située sur la rue de Crittenden Street dans l’un des quartiers résidentiels particulièrement côtés de Washington. L’Ambassadeur y réside avec sa famille. Plusieurs travaux y ont été effectués mais visiblement ils n’ont pas été complets malgré les fonds débloqués à cet effet car la toiture coule et l’eau s’est infiltrée dans toute l’armature du bâtiment nécessitant des travaux urgents pour empêcher le sous-sol, en cas de fortes pluies, d’être inondé.

On observe la même situation à New-York où l’Etat possède une chancellerie et une résidence pour l’Ambassadeur.

Au Brésil, c’est du gaspillage systématique puisque le Togo possède des terrains, des immeubles improductifs pour lesquels il paie d’ailleurs des charges sociales et fiscales, si ce n’est le consul qui les loue pour des miettes et dont il ne rend pas compte à l’Etat.

Le phénomène est pareil à Harare au Zimbabwe, Bonn en Allemagne et à Dakar au Sénégal où les résidences du Togo sont devenues des dépotoirs pour lesquels le gouvernement continue de payer des charges fiscales. Au Zimbabwe par exemple, le Togo dispose de cinq villas luxueuses. Ces biens ont été gérés dans une certaine opacité. La Mission a révélé qu’à la fermeture de notre Ambassade en 1991, la gestion des immeubles a été confiée à une Agence immobilière dont le responsable [...], M. Richard SCHARP qui, comme dans les autres pays, s’est également plaint de n’avoir pas des nouvelles, des autorités togolaises. Il touche 10% sur les loyers.

C’est donc de cette manière que les biens du Togo à l’étranger sont gérés. Ces propriétés ont été acquises pendant la glorieuse période des phosphates et aujourd’hui, on se demande si c’était nécessaire d’avoir des représentations diplomatiques dans des pays comme le Zimbabwe ou le Brésil. L’absence d’une réelle politique diplomatique est à la base de ce gaspillage des fonds publics auquel le régime fait face aujourd’hui. Alors que ces nombreux biens génèrent beaucoup de dépenses, le bon sens recommande qu’au lieu d’en faire un nid pour les activistes du régime qui traînent dans les rues de Paris, Bruxelles, Londres ou Washington, qu’ils soient vendus. Sur ce point, le ministre d’Etat, ministre des Affaires Etrangères et de l’Intégration, le Prof. Gnininvi est interpellé ainsi que les députés à l’Assemblée Nationale. Ces biens ont été achetés par l’argent des contribuables togolais et il est dispensable de clarifier cette situation tout en arrêtant l’hémorragie.

R. Kédjagni

 

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