Festhef 2002

La compagnie béninoise d’Agbo Nkoko : premier prix du Festhef 2002.

par Le Togolais , le 30 août 2002, publié sur ufctogo.com

Le Festhef 2002 a connu, avec la présentation de Imonlè, son plus grand spectacle. Les Béninois d’Agbo-N’koko ont porté sur la scène le problème récurrent du ratage des indépendances par les pays africains. Et c’est unanimement que le public présent à Assahoun a accepté sans contester le verdict du jury déclarant la compagnie béninoise d’Agbo Nkoko vainqueur de la 7ème édition du Festival de Théâtre de la Fraternité.

 

A peine le spectacle est-t-il fini que le public en redemande. Voici une pièce qui a mis en branle toute la salle de bout en bout, les spectateurs intervenant parfois pour achever les phrases des comédiens, comme s’ils avaient déjà lu le texte d’Ousmane Alédji, le metteur en scène. Il est vrai que la pièce de M. Alédji semble être a priori du déjà vu, du déjà connu, puisqu’elle raconte une histoire africaine, celle d’un pays, le Congo démocratique qui a connu toutes les turpitudes de l’histoire coloniale. Mais la comparaison s’arrête là, même si la pièce est une adaptation d’un fait historique réel dont l’actualité, non seulement, rappelle les douloureux souvenirs d’un peuple, mais aussi traîne encore les séquelles qui pèsent lourdement sur le destin d’une nation qui visiblement n’arrive pas encore à sortir du carcan de la décolonisation. Un regard synoptique sur l’histoire du Congo montre qu’elle est la caricature abjecte et révoltante d’une Afrique humiliée, vampirisée et escroquée par l’occident. Une rencontre avec l’autre qui n’a pas été du tout bénéfique, sous de nombreux rapports, à l’Afrique, en général, et au Congo, en particulier. Cette caricature poussée à l’extrême, met en évidence l’absurdité de la situation.

Mais comment mettre en scène un thème d’actualité, qui plus est politique, sans tomber dans le piège de l’engagement ? Comment présenter au public un sujet politique, très attrayant dans le fond, sans perdre d’un côté l’esthétique dans la forme ? Tels ont été les défis que devait relever Ousmane Alédji qui a écrit d’ailleurs lui-même son texte. Car le metteur en scène s’exposait à un double danger en portant sur la scène : une démonstration militante plombée par une caricature naïve. Et au finish prendre le risque d’être catalogué dans la catégorie des écrivains révolutionnaires de salon. M. Alédji évite les deux écueils en y mettant du génie, de l’art tout court, en dépassant les faits, en ne les édulcorant point, en les enrichissant, en les mettant en perspective.

UN THEATRE QUI ENGAGE LE MONDE.
Dans un style alerte, certes, mais encore incisif, l’auteur fait naître et se croiser des personnages comme le roi Baudoin, Patrice Lumumba, Désiré Mobutu. Le clin d’œil fait à d’autres personnalités de l’histoire contemporaine, l’évocation d’événements récents comme les guerres du golfe et d’Afghanistan, l’hypocrisie et la démission des grands devant la misère du monde, laisse à entendre que le dramaturge convoque les bien-pensants à regarder plus près d’eux la misère du monde. Il interroge leur conscience sur leur responsabilité à laisser les éternels marginaux à évoluer à la périphérie à vivre. Cet aperçu panoramique universalise les fléaux qui endeuillent le monde, en refusant de les cantonner dans l’espace africain. Le théâtre d’Aledji est tout simplement un théâtre qui engage le monde. En racontant dans une langue fougueuse, ponctuée des expressions enflammées dans un yoruba grondant, la dramaturgie expose crûment les étapes d’un engrenage mortel qui au fur et à mesure du récit, asphyxie le héros principal, et dont le dernier rouage plonge un pays dans un avenir incertain.

La réussite de Ousmane Alédji est d’avoir su faire intervenir la richesse de la culture yoruba dans le théâtre. Les légendes sur la genèse du monde, les proverbes et les mythes que véhicule la langue des Yoruba ont été d’un apport important pour une mise en scène audacieuse et flamboyante. Le jeu des acteurs est encore un apport non négligeable. La gestuelle des corps, la diction tonitruante des mots par les acteurs ont été d’une puissance impressionnante qui a fortement influencé la mise en scène. On peut deviner que le dramaturge a tout au long de l’écriture composé avec le « plateau » pour réussir une pareille mise en scène. Le travail est impeccable.

Béninois, enseignant puis journaliste, Ousmane Alédji fait partie de cette nouvelle génération d’auteurs africains qui font le théâtre autrement, qui le dé-cantonne de nos réalités et lui donne une portée universelle. Il écrit et met en scène ses propres textes. Boursier « Beaumarchais », il a bénéficié en 2000 d’une résidence d’écritures au festival des francophonies. Il est l’auteur de plusieurs pièces, notamment Amour et Sang (1er prix de la Francophonie en 1995) et l’Ame où j’ai mal ou Nos gris de petits rois (1999).

Le Togolais

 

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