Opinion

L’opposition sera-elle le dindon de la farce ?

par Elliott OHIN , le 6 juillet 2002, publié sur ufctogo.com

 

La conviction que ce sont les « démocrates » qui bâtissent les jeunes démocraties et les « autoritaires » qui s’efforcent de les faire avorter pèche par excès de simplification. Il est erroné de considérer que la démocratisation est le théâtre d’un combat entre deux camps nettement délimités, les uns acquis et les autres hostiles à celle ci ; ainsi l’armée ou les hommes de l’appareil de l’ancien régime s’agissant de ses adversaires ou les combattants de la liberté en ce qui concerne l’autre bord.

En réalité, l’effervescence actuelle au sein du RPT due aux sieurs Péré, Agbéyomé et compagnie et le positionnement qui se dessine, s’inscrit plutôt dans un brouillage croisé des divers réseaux en place jusqu’alors, en fonction des ruptures et des réagencements des relations de solidarité, de concurrence ou d’affrontement que les membres du RPT entretenaient auparavant entre eux.

A l’approche du moment de l’effondrement ou du raidissement final de la dictature, une coupure inédite vient rompre la cohésion des instances multiples de l’édifice autoritaire, qui se divise alors entre les ’jusqu’au-boutistes, intransigeants et ceux qui, par prudence ou par une conversion soudaine à la cause du peuple tendent vers un arrangement réformiste. Les premiers entendent tout sauver de ce qui existe, en assumant au besoin le risque de l’échec au regard de l’énorme gain escompté, tandis que les réformateurs se rallient par raison à la perspective d’une transition plus ou moins négociée avec l’espoir qu’elle leur laissera quelque chance de survie politique.

Un phénomène symétrique s’observera bientôt au sein de notre opposition avec les partisans d’une entente tacite ou publique avec les réformateurs et du coté adverse se distingueront de plus en plus des ennemis de tout compromis avec eux.

Bien qu’abstraites, ces considérations éclairent la substance dissimulée sous l’effervescence actuelle au sein du RPT. Nous aurons ainsi deux forces en présence pour la démocratisation de notre pays. D’un coté des ’stratèges’, Péré, Agbéyomé et compagnie et sûrement des militaires conscients de l’importance de l’enjeu, tous liés auparavant à la dictature. De l’autre un conglomérat de quelques cadres et de militants orthodoxes des partis politiques d’opposition, d’intellectuels, de militaires marginaux, d’agitateurs universitaires. C’est dans de tels environnements que la question se pose de savoir laquelle des deux forces en présence pourra l’emporter. La force qui l’emportera sera probablement celle qui libérera notre pays de l’hydre qu’est Etienne Eyadéma. Dans cette hypothèse, si les réformateurs du RPT et leurs alliés arrivent à écarter Eyadéma du pouvoir, une interrogation assez analogue se pose en ce qui concerne la position de la population.

Certes, elle rejetait le régime déchu. Mais, dans la pratique, la population vaquera avant tout à ses propres affaires dans un contexte inquiétant. Elle assistera au remue-ménage avec sympathie, mais sans trop y prêter foi avec l’assurance certaine du pire écarté c’est à dire Eyadéma. Dans une telle circonstance, il faut admettre que des éléments pas trop compromis de l’ordre précèdent peuvent se révéler capables de relancer le changement à leur manière en rassurant le peuple déchiré entre la nostalgie de leur sécurité perdue et la crainte de retomber dans la servitude passée.

Voila pourquoi, je dis très solennellement à nos leaders de l’opposition, ceux qui ironisent à la nomination d’un nouveau Premier ministre à qui, ils souhaitent bonne chance et ceux qui pensent que les pseudo révélations spectaculaires de Péré et d’Agbéyomé sont des non-évènements, je leur dis qu’ils se trompent et s’ils ne se ressaisissent pas rapidement, ils seront bientôt les « dindons de la farce ». Notre opposition doit exiger avec le peuple, le départ immédiat d’Eyadéma compte tenu des confirmations de la mauvaise gouvernance apportées surtout par le Premier ministre sortant.

L’opposition doit supprimer tout contact avec ce régime et exiger avec le peuple le départ sans condition d’Eyadéma pour enfin sauver la terre de nos aïeux. Ceci à mon sens doit être l’acte ultime de notre opposition pour instaurer la vraie démocratie au Togo. Toutes tergiversations tourneront à l’avantage des héritiers de la non-démocratie qui finiront par s’entendre entre eux en se rassurant mutuellement sur le dos du peuple. Gardons en mémoire que ’les aventures de la politique ne sont jamais que le résultat d’un mouvement infini’.

Alors, nous savons ce qui nous reste à faire.

Elliott Ohin (USA)

 

© Copyright Elliott OHIN

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