Eclairage

L’imposture criminelle

par Afrique-Asie , le 1er juin 2005, publié sur ufctogo.com

Pour les Togolais, le pire est désormais une certitude : la tragédie se poursuit dans un pays qui vient de connaître, à l’issue d’un scrutin honteux, la plus grande vague de violence jamais encore perpétrée contre les civils, sous le regard complaisant d’une communauté internationale qui a choisi de sacrifier son honneur et ses principes au nom d’obscurs intérêts.

 

Par Francis Lalupo

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Photo copyright AFP

« On a déjà connu des heures difficiles dans ce pays, mais ce qui se passe ces jours-ci est pire que tout ce que nous aurions pu imaginer. Le sang n’avait jamais autant coulé sur le sol togolais. » Ce sont là les propos d’un Togolais parti en exil au Bénin au lendemain du scrutin du 24 avril, fuyant les violences de l’armée et de la milice du pouvoir à l’encontre de certaines populations civiles. A la mi-mai, les derniers rapports de la Ligue togolaise des droits de l’homme sur les événements liés à l’élection présidentielle du 24 avril faisaient état de 811 morts et 4 508 blessés. Victimes pour la plupart de la répression d’une armée qui, retrouvant ses réflexes “traditionnels”, ne s’est pas contentée de réprimer les foules de manifestants qui lançaient des pierres et dressaient des barricades, mais a engagé une véritable chasse à l’homme, une stratégie de la terreur, destinée à mater aussi vite que possible toutes les velléités de contestation et de soulèvement contre le pouvoir. Dès le lendemain de la plus nauséabonde mascarade électorale que l’esprit le plus pervers ne saurait imaginer, un membre influent du clan au pouvoir avait mis en garde les opposants qui seraient tentés d’en recourir à une insurrection populaire : « Quand nous aurons tué cinq cents de vos partisans, et que certains auront choisi de fuir vers les pays voisins, le problème sera réglé. Nous y sommes habitués. »

Un sinistre scénario qui, malheureusement, n’est pas demeuré cantonné dans le domaine de la théorie. Tout s’est passé comme le pouvoir l’avait prévu. Face à des “jeunes” supporters de l’opposition - ou simplement des Togolais en colère -, l’armée s’est dressée, comme au bon vieux temps, lorsque Gnassingbé Eyadéma envoyait sa machine à tuer rétablir dans la rue et dans le pays le silence des cimetières. Reviennent soudain dans la mémoire les scènes horribles de la répression des manifestations de 1991 et de 1993... Mais cette fois, la machine à tuer ne s’est pas laissé un instant surprendre : la répression a été soigneusement planifiée en même temps que la programmation méthodique de “l’élection” de Faure Gnassingbé. Qui, en se propulsant d’abord par un putsch à la tête de l’Etat, puis en choisissant, sous la pression internationale, d’y revenir par la voie des urnes, prenait le parti du chaos et de la terreur. La terreur en héritage. Depuis la mort de Gnassingbé Eyadéma, l’irruption de son fils au devant de la scène politique aura déjà provoqué au Togo près de mille morts et des milliers de blessés. A l’image de son père, il semble considérer une tragédie de cette nature comme de vulgaires dommages collatéraux inhérents à la réalisation d’un dessein autrement prépondérant : la pérennisation d’un système qui se nourrit du sang, de la colère et du désespoir des citoyens du pays où il s’est niché. Triste Togo !

A la veille de ladite élection, un autre affidé du régime, sous l’empire d’une soudaine lucidité, avait préconisé, lors d’une réunion dans une villa à Lomé : « Il est peut-être temps de calmer le jeu. Nous tenons l’occasion de transformer cette armée dont la seule mission, depuis des années, a été de tuer les nôtres... Le moment est venu de la changer, d’en faire une armée au service de la population. Il faut saisir l’occasion. » Mais le miracle d’un ralliement salutaire des tenants du pouvoir à cet accès de sagesse relève pour l’heure, au Togo, du domaine de l’utopie. Autre proche du pouvoir qui a espéré transformer le cours des choses : le ministre de l’Intérieur en charge de l’administration électorale, François Esso Boko, qui, le 22 avril dernier, à deux jours de l’élection, a convoqué journalistes et diplomates à trois heures du matin pour réclamer la suspension du processus électoral. Lors de cette sortie plus qu’inattendue - un véritable coup de théâtre-, le ministre, au demeurant chef d’escadron dans la gendarmerie, a évoqué les risques de troubles sérieux consécutifs au scrutin, et réclamé la mise en place sans délai d’une période de transition prolongée sous la présidence du président par intérim, Abass Bonfoh, avec un gouvernement ayant à sa tête un Premier ministre de l’opposition. Et d’affirmer que la poursuite du processus électoral en cours était “suicidaire” pour le régime en place. (Lire aussi l’article : « L’ex-ministre togolais de l’Intérieur craint pour sa vie »)
Immédiatement limogé - même s’il affirme avoir de lui-même présenté sa démission -, Esso Boko, quelques heures après ses déclarations, trouvera refuge à l’ambassade d’Allemagne. En guise de “représailles” contre l’Allemagne accusée par le pouvoir de sympathie pour l’opposition, le Centre culturel allemand - l’Institut Goethe - sera, quelques jours plus tard, mis à sac et incendié par la milice cagoulée du pouvoir... François Esso Boko déclarera dans une interview au quotidien français Le Monde : « Soyons clair : les résultats proclamés suite à cette élection au forceps ne refléteront pas la volonté populaire. D’abord parce que les conditions politiques de cette élection ne sont pas réunies. Ensuite parce que j’ai eu des preuves, durant la deuxième semaine de la campagne électorale, que les principaux protagonistes du jeu politique togolais voulaient en découdre par des moyens illégaux pour s’assurer la victoire et la gérer soit par la force, soit par l’épreuve de la rue. » Le 5 mai, vêtu d’un gilet pare-balles, c’est par un avion affrété par l’Allemagne que l’ex-ministre de l’intérieur sera exfiltré vers la France...

Que s’est-il produit au Togo après la disparition du dictateur Gnassingbé Eyadéma, le 5 février dernier ? D’abord un putsch militaire qui installa le fils du défunt président au sommet de l’Etat. Puis un deuxième coup d’Etat, le 24 avril, au moyen d’une abjecte parodie électorale à l’issue programmée. Rien de plus. Des bureaux de vote pris d’assaut par des soldats qui emportent les urnes, des cartes d’électeurs distribuées par endroits aux seuls partisans du pouvoir, des électeurs fictifs et des enfants autorisés à voter - parfois à plusieurs reprises - pour le compte du même pouvoir, les frontières fermées, les réseaux téléphoniques et une radio à diffusion internationale interrompus, une milice dressée pour tuer dans les rues, dans les maisons... Autant de dispositions prises par le régime et qui ont donné du Togo en cette journée électorale l’image d’un pays en état de siège. Autant de dispositions, non pas pour prévenir une très improbable “menace extérieure”, mais simplement pour conforter les contours d’un énorme cambriolage politique organisé sous le vocable “élection”. Un vol à main armée. Quelles que soient les positions prises par les uns et les autres - ceux qui contestent la “victoire” proclamée de Faure Gnassingbé, et ceux qui tentent avec peine de la soutenir -, une chose reste sûre : compte tenu des conditions de déroulement du scrutin, du comportement du pouvoir et des actes commis par sa soldatesque dans ce contexte, aucun observateur ne pourra jamais prétendre détenir les véritables résultats de cette affligeante et criminelle pantalonnade. Et tous ceux qui se perdent en conjectures pour justifier l’injustifiable, reprenant à leur compte les thèses du pouvoir, en s’appuyant, parfois, à coups de fallacieuses démonstrations sur une supposée “réalité togolaise”, devraient méditer cette parole de Bertold Brecht : « Qui ne connaît pas la vérité n’est qu’un ignorant... Mais qui, la connaissant, la dissimule, celui-là est un criminel. »

Le scénario est désormais connu. Le 26 février dernier, Faure Gnassingbé se retire de la présidence, cédant à la pression de l’Union africaine, de la Cedeao, et d’une partie notable de la communauté internationale. Mais si un certain Abass Bonfoh assure la présidence par intérim en attendant les élections prévues soixante jours plus tard, il n’échappe à personne que Faure Gnassingbé n’a jamais réellement quitté le palais présidentiel. D’ailleurs, c’est avec les moyens de l’Etat qu’il bat campagne, et tous les barons du pouvoir se pressent auprès de lui pour s’enquérir de la bonne marche de l’Etat. Il sillonne au pas de charge des capitales africaines, pour se rendre auprès de certains chefs d’Etat qui, in petto, n’avaient que très modérément apprécié le courroux de l’Union africaine et de la Cedeao contre le putsch du 6 février. Faure Gnassingbé se dépense sans compter pour multiplier les gestes d’allégeance à l’égard des moins regardants sur les modes d’accession au pouvoir. Il devient le “neveu” d’Omar Bongo Ondimba et de Blaise Compaoré qui, d’ailleurs, le reçoit à Ouagadougou après sa démission selon le protocole réservé aux chefs d’Etat. Le guide libyen Mouammar Kadhafi lui manifeste ostensiblement son soutien en le considérant comme “son fils”. Les autres se taisent, complices ou tétanisés par un scénario dans lequel leur marge d’action se trouve de plus en plus réduite. En fait, l’affaire était scellée par les nouveaux parrains de Faure Gnassingbé avant même sa démission. Leur conseil : « Comme ils insistent tant, tu démissionnes comme ils te le demandent, puisque tu peux revenir avec les élections qu’ils réclament, et tout le monde sera satisfait. » Un tour de passe-passe.
Les actes que va poser la Cedeao dans le cadre de sa mission de supervision du scrutin vont contredire systématiquement ses positions antérieures, quand elle condamnait fermement le coup d’Etat du 6 février. Quant au chef d’Etat nigérian, Olusegun Obasanjo, président en exercice de l’Union africaine, il découvre les singularités de la Françafrique, et parle en privé de ses contacts répétés avec l’Elysée, qui se montre plutôt bien disposé à l’égard du jeune Faure. Invité à prendre en compte “certaines réalités” et la “spécificité” de l’Afrique francophone, Obasanjo, qui, quelques semaines plus tôt, rappelait énergiquement qu’il était un “adepte de la tolérance zéro à l’égard des coups d’Etat”, et menaçait d’envoyer des troupes au Togo pour mettre fin au putsch de Faure Gnassingbé, commence à manifester son “embarras”. Puis il infléchit soudain sa position.

A son “ami”, l’opposant historique togolais Gilchrist Olympio, qui lui rend visite début mars, il affirme que tout en reconnaissant que le seul retour à la “légalité constitutionnelle” ne suffit pas à régler la question togolaise, son action se limite désormais à cette seule exigence, quand bien même l’issue de l’élection serait écrite d’avance. Obasanjo se rallie alors contre toute attente à l’“arrangement” qui devrait ramener, par le moyen d’une curieuse élection, l’héritier Faure à la tête du Togo. En accueillant à Abuja, avant la proclamation des résultats du scrutin, Gilchrist Olympio et Faure Gnassingbé, il proclame dans une consternante mise en scène la “réconciliation” entre toutes les parties togolaises et propose, “quelle que soit l’issue de l’élection”, d’envisager “la constitution d’un gouvernement d’union nationale”. Avec, sous-entendu, Faure Gnassingbé en tant que président élu par anticipation !
Pendant que se déroule l’infernal scénario, une voix manque à l’appel : celle d’Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l’Union africaine, celui dont le rôle fut déterminant pour le dénouement du putsch du 6 février. Jusqu’à la fin du processus électoral, Konaré choisira de ne pas mêler sa voix au concert de toutes les personnalités impliquées dans l’affaire togolaise (voir ci-contre). Résultat, la gestion des positions de l’Union africaine est assurée par Olusegun Obasanjo, dont les actes semblent étonnamment s’inscrire dans le sens du tour de passe-passe qui se prépare pour le Togo. Un sombre arrangement qui indique de fermer les yeux sur les errements récurrents du régime togolais, sur les violences programmées au lendemain de ladite élection. Un scénario dont l’objectif cardinal est d’assurer, quel qu’en soit le coût, la continuité du système, en excluant définitivement l’idée de l’accession au pouvoir d’une opposition jugée “non fiable”. Vu la suite des événements, certains ont été tentés de dire que, plutôt que de voir des institutions africaines et internationales cautionner une farce électorale criminogène, il eût été préférable d’entériner le coup d’Etat du 6 février, qui s’inscrivait dans la nature du régime. On aurait alors, au moins, épargné aux Togolais de devoir, une fois encore, pleurer leurs morts, soigner les blessés et choisir l’exil pour se mettre à l’abri des soldats tueurs, violeurs et d’autres tortionnaires ou coupe-jarrets professionnels...

Pour des raisons qui échappent certainement à la politique ordinaire, et au nom d’intérêts particuliers et de mystères non encore élucidés, des institutions régionales et internationales n’auront donc pas hésité à franchir le mur de l’infamie. Et ce ne sont pas les manœuvres habituelles et éculées suggérant un “gouvernement d’union nationale” ou l’on ne sait quelle forme de “réconciliation”, qui rétabliront l’honneur perdu de ceux dont les énergies conjuguées ont servi à entériner l’ignominie sur le sol togolais, au prix du massacre d’un peuple désarmé. Propos éclairants de Rodrigue Kpogli, secrétaire général de la Jeunesse unie pour la démocratie en Afrique (JUDA), résumant le sentiment de ses compatriotes : “Le Togo est victime d’une sorte de conspiration internationale. Reconnaître les résultats, de surcroît fictifs, issus de ce processus électoral très heurté, relève du blasphème démocratique. C’est une injure grave à l’intelligence du peuple togolais, qui n’a connu que des souffrances sous le régime RPT [Rassemblement du peuple togolais, au pouvoir, ndrl]. Mais la diplomatie étant ce qu’elle est, les Etats ont préféré le cynisme et l’hypocrisie à la justice en se réfugiant derrière la Cedeao. [...] La JUDA n’a jamais compté sur la communauté internationale [...]. Elle a toujours plaidé pour une solution authentique, si vous voulez, endogène pour le Togo. C’est quand même étonnant de voir toute la communauté internationale s’aligner derrière la position de la Cedeao, ce syndicat des chefs d’Etat majoritairement acquis à la cause française [...]. C’est un unanimisme assassin.” [1]

Un jour prochain, peut-être comprendra-t-on mieux comment et pourquoi, malgré les multiples et grossières irrégularités, et un climat électoral périlleux, la Cedeao a continué à aller à contre-courant d’une réalité criante. Pourquoi, plus royaliste que le roi, le président en exercice de l’organisation, le numéro un nigérien Mamadou Tandja, s’est cru obligé de tancer le candidat de l’opposition, Bob Akitani, qui, après la proclamation de la “victoire” de Faure Gnassingbé, s’est, dans un geste pathétique, autoproclamé “président élu”, alors même que le sort du Togo était scellé. Pourquoi la même Cedeao a poursuivi sa logique autiste, en décidant d’ignorer les critiques de certains de ses observateurs qui se sont désolidarisés des conclusions officielles de l’organisation. Un jour prochain, peut-être comprendra-t-on les ressorts de la diplomatie française, qui a repris à son compte les errements avérés de la Cedeao, devenue soudain aux yeux de Paris un parangon de vertu. Reste aussi à expliquer pourquoi, après les “félicitations” attendues de Jacques Chirac à Faure Gnassingbé, on a dépêché à Lomé une équipe d’agents de la DGSE (Services secrets français) pour une mission, aussi spéciale que discrète, destinée à récupérer des documents dits “sensibles” sur les rapports franco-togolais durant l’ère Eyadéma [2]
. Quels sont donc ces lourds secrets dont le Togo serait devenu le réceptacle, et le système Eyadéma le gardien désigné ? Comment expliquer la discrétion et les communiqués laconiques du secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, mué en simple spectateur du sort du Togo ?

Par ailleurs, pourquoi la Commission de l’Union européenne, malgré un rapport en sa possession sur les conditions du scrutin concluant à son invalidation, a choisi de “prendre acte de l’élection de Faure Gnassingbé” ? Pourquoi cet empressement de l’UE à exprimer ses “félicitations” à Faure Gnassingbé, par la voix de l’étrange commissaire européen au développement, le Belge Louis Michel ? La même UE qui se cantonnera dans cette logique, alors même que son Parlement s’est ensuite démarqué de sa position à travers une résolution qui relève toutes les anomalies et les dérives observées durant et après le processus électoral. Extrait de la résolution du Parlement de l’UE : « Le Parlement considère que les conditions dans lesquelles s’est déroulée l’élection du 24 avril ne respectent pas les principes de transparence, de pluralisme et de libre détermination du peuple, garantis par les instruments régionaux et internationaux en la matière, et ne permet pas de reconnaître la légitimité des autorités issues de ce scrutin ; souligne que ces élections ne répondent pas aux engagements préalables à la reprise de la coopération entre le Togo et l’Union européenne [3] ; considère que les autorités togolaises doivent assumer la pleine responsabilité de toute agression qui serait perpétrée contre l’intégrité physique des civils et en particulier des représentants des partis politiques d’opposition, des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes... » [4] Une résolution qui n’a donc modifié en rien la position initiale de l’UE, à savoir, la validation de l’élection de Faure Gnassingbé. Alors, une question, une seule, se pose, de manière têtue, au sein de l’opinion publique : quels sont donc ces intérêts dont l’importance est telle que tant d’hommes et même d’honorables institutions n’hésitent pas à mettre en péril leur réputation pour sauver le système Eyadéma ? Autrement dit, au nom de quels objectifs majeurs et stratégiques le peuple de ce “petit pays” se trouve-t-il livré à la merci de ce système, à la manière d’une fatalité ? Comme si le sort du pays se jouait ailleurs que dans son seul espace géographique, hors de sa visible réalité.

Par Francis Lalupo

Où est donc passé Konaré ?
Alors que se profile à l’horizon l’inexorable braquage électoral du 24 avril, une voix se fait absente du concert médiatique, celle d’Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l’Union africaine (photo), celui-là même qui fut le premier à condamner, avec une remarquable intransigeance, le coup d’Etat du 6 février, et dont l’action fut essentielle pour réaliser ce fait inédit dans le règlement des crises sur le continent : le renoncement au pouvoir d’un président putschiste. Où est donc passé Konaré durant les soixante jours précédant le scrutin du 24 avril ? Certaines sources bien informées affirment que le président gabonais lui a “ordonné de se taire”. D’autres rapportent qu’il a pensé un temps démissionner de son poste, mais a finalement renoncé à cette idée, en estimant que cela “ferait trop plaisir à certains”. En tout cas, l’acteur africain qui s’est situé durant l’un des plus chauds épisodes de la crise togolaise sur le terrain des principes “non négociables” aura préféré, par dépit ou lucidité, ne plus mêler sa voix à celles des architectes de ce qui est apparu au fil des jours comme un véritable complot perpétré contre le Togo.

F. L.

Le geste de l’ex-ministre François Esso Boko
L’acte posé par François Esso Boko, en demandant, à deux jours de la présidentielle, la suspension du processus électoral du fait de risques majeurs pour la paix dans le pays, est la première fêlure sérieuse dans le système Eyadéma. En effet, qui d’autre qu’un ministre de l’Intérieur, chargé de l’organisation des élections, était mieux placé pour apprécier la nature d’un scrutin, les conditions de son déroulement et les projections de résultats ? On sait que, lors de toutes les élections qui se sont déroulées sous l’ère Eyadéma, le ministre de l’Intérieur fut un personnage central, celui chargé d’endosser toutes les manipulations et d’orchestrer les braquages électoraux successifs depuis 1993, date du premier scrutin inscrit dans un processus démocratique toujours contrarié. On garde en mémoire l’image d’un ancien ministre de l’Intérieur qui, en 1998, mettant brutalement fin au dépouillement des bulletins, avait tout simplement “décrété” devant les micros “l’élection de Gnassingbé Eyadéma”...
C’est à toutes ces pratiques répétées au fil des années que François Esso Boko a voulu mettre un terme, avec l’espoir illusoire de voir le Togo enfin sortir du tunnel de la honte et de la violence pour rejoindre le concert des nations respectables. Le pouvoir a préféré anathématiser cet homme, et la communauté internationale, celle des observateurs et des médiateurs, a choisi de minorer la portée de cet acte pourtant révélateur de tous les dangers que renferme l’hallucinante diagonale de la crise togolaise. On a préféré laisser le drame se dérouler jusqu’au bout.

F. L.

Solidarité béninoise
Quelque dix-huit mille Togolais ont trouvé refuge en l’espace d’une semaine au Bénin au lendemain du scrutin du 24 avril. Pour certains, il s’agit d’un voyage sans retour : munis de leurs diplômes, ils se sont mis à la recherche d’un emploi à travers la ville de Cotonou. Les Béninois revivent des scènes qu’ils ont déjà connues il y a douze ans, lors d’un premier exode massif des Togolais. A l’époque, ils avaient été nombreux à fuir également vers le Ghana, ou plus loin, en Allemagne. Mais c’est bien le Bénin qui, cette fois, a accueilli le plus grand nombre, compte tenu de la proximité des populations du Sud du Togo - les plus menacées par la soldatesque du pouvoir togolais - avec le Sud du Bénin. Nombreux sont les observateurs à noter la qualité de la logistique, promptement mise en place par les autorités béninoises, avec l’aide du Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés pour accueillir ce flux d’arrivants. Avec une application remarquée, le ministère de l’Intérieur béninois a appliqué les directives du ministre d’Etat, Pierre Osho, qui a su faire face à cette situation avec sang-froid et une belle efficacité.
Dans la rue, les Béninois se sont adaptés plutôt sereinement à cette arrivée massive de Togolais. Spectateurs bien plus qu’ailleurs des événements qui se déroulent au Togo, ils ont, sans ostentation, manifesté à l’égard de ces voisins un accueil admirable. “Nous devons aider nos frères et sœurs et partager avec eux le peu que nous avons”, entend-on dire dans les rues de Cotonou.
On perçoit aussi dans cette attitude une manière détournée de signifier l’immense réprobation des Béninois vis-à-vis des événements qui, depuis des années, n’ont cessé de polluer l’espace commun bénino-togolais, cette continuité culturelle qui a de tout temps existé entre les habitants des deux pays.

F. L.

 

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Notes

[1] In Togoforum.com

[2] Voir Le Canard enchaîné du 4 mai 2005.

[3] L’UE a suspendu toute coopération avec le Togo depuis 1993, au motif de “déficit démocratique”.

[4] Texte complet de la résolution disponible sur le site du Parlement européen. A noter que les résolutions du Parlement européen ne sont pas contraignantes. In fine, seules sont prises en compte les positions de la Commission de l’UE.

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