Esclavage moderne

L’exploitation ordinaire d’une jeune Togolaise

par Le Figaro (France) , le 4 novembre 2003, publié sur ufctogo.com

Le tribunal correctionnel de Versailles juge aujourd’hui un couple soupçonné d’avoir exploité une jeune Togolaise pendant plus d’un an. Des faits que les prévenus nient vigoureusement. Cette affaire illustre le drame que vivent nombre de jeunes filles, souvent rapatriées d’Asie ou d’Afrique pour servir de bonne à tout faire en France.

 

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Afi Géné est devenue Jeanne. Affublée de ce nouveau prénom par ses employeurs, cette jeune Togolaise s’est vu aussi imposer une nouvelle vie. Celle d’esclave domestique.

Entre 2001 et 2002, à Elancourt (Yvelines), Afi Géné aurait été la docile petite bonne des D., un couple originaire du Togo comme elle. Le mari est technicien, la femme est secrétaire. Afi Géné, qui n’est pas payée, est de corvée dès 5 h 30 du matin jusqu’à tard le soir, absorbée dans des tâches ménagères et à s’occuper des deux enfants de la famille, a-t-elle raconté. Classique dans ce genre de dossier, son passeport - établi d’ailleurs à partir de faux papiers qui empêchent de connaître son âge, qui oscillerait entre 18 et 25 ans - et son billet d’avion lui ont été confisqués. Au cas où Afi Géné aurait eu envie de s’enfuir...

Mais de toute son existence, Afi Géné ne s’est jamais révoltée, prenant docilement le chemin de la vie que l’on traçait pour elle. Ainsi, ce séjour en France, c’est une autre qui l’a choisi pour elle. Lorsqu’elle était domestique à Lomé, son employeuse l’avait prévenue qu’elle irait travailler chez sa fille à Elancourt. Elle, la petite bonne analphabète, s’est donc retrouvée un jour en région parisienne. « Au début, ça allait. Mais, très vite, j’étais comme encombrante. Tout ce que je faisais c’était mal », raconte-t-elle, gardant plus en mémoire la souffrance de ne pas avoir été appréciée que ses conditions de vie.

En comparaison avec le sort de certaines esclaves dormant à la cave sur une paillasse miteuse, sa situation matérielle passe pour décente. Afi Géné n’a pas sa chambre, dormant avec les enfants, partageant son lit avec un bric-à-brac permanent jeté sur son matelas. Pour le reste, son quotidien est dans le droit-fil de ce qui est réservé à ces petites bonnes exploitées à qui on promet une scolarité qu’elles ne connaîtront jamais, à qui on dit, quand elles vont chercher les enfants à l’école, de ne parler à personne ou de mentir sur leur identité. Afi Géné devait dire qu’elle était la fille de celle chez qui elle vivait. Mais le mieux était qu’elle ne dise rien. Quand le couple recevait, elle devait ne pas se montrer, a-t-elle expliqué.

La jeune Togolaise aurait été à ce point résignée, semble-t-il, que, durant l’été 2002, le couple part aux Etats-Unis durant trois semaines, la laissant seule dans l’appartement, munie des clés. Elle aurait pu fuir. « Mais elle n’est pas de ceux qui bravent l’interdit », selon son avocat, Me David Desgranges. Néanmoins, elle se lie avec un habitant du quartier. Celui-ci ne la croit pas quand elle est raconte qu’elle est la fille de sa prétendue mère qu’il connaît. Ces conversations vont être le déclic. Le mois suivant, Afi Géné tente de fuir. Mais elle est rattrapée dans les escaliers de l’immeuble par le mari qui, dit-elle, la malmène. Une voisine assiste à la scène. Quelques jours plus tard, la police alertée frappe à la porte du couple. Afi Géné est libérée.

Depuis cet épisode, les époux D. ne comprennent pas ce qu’on leur reproche. Afi Géné, qu’ils disent avoir voulu adopter, était bien traitée chez eux, affirment-ils. « En conséquence, entre eux et cette jeune fille qui allait devenir leur enfant, il ne pouvait être question d’argent. Afi Géné travaillait, mais comme la fille de la maison. Et mes clients ne l’ont jamais appelée que par son prénom », signale leur avocat, Me Adoté Blivi.

Selon lui, toute l’affaire ne serait qu’élucubrations lancées par cet habitant avec lequel Afi Géné s’était entretenue. « Il s’était amouraché d’Afi Géné. Le couple, qui voyait d’un mauvais oeil cette liaison, avait empêché qu’elle se poursuive. Alors, cet habitant s’est rendu auteur de dénonciation calomnieuse auprès de la police. Afi Géné qui a voulu le rejoindre a tenté de quitter le domicile de mes clients », ajoute-t-il.

Après le procès, Afi Géné devra se préoccuper de son avenir. En situation irrégulière, elle ignore si elle pourra rester en France. « Je veux y vivre », dit-elle. Après avoir été ballottée dans des foyers d’urgence, elle habite aujourd’hui dans le Jura. Ironie du sort, elle vit à Champagney, « l’un des premiers villages à avoir demandé la fin de l’esclavage dans les cahiers de doléances de 1789 », souligne son avocat. Et c’est là, désormais, qu’elle aimerait organiser sa vie.

Angélique Négroni

 

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