Destinées

L’axe Lomé-Bangui, cités poubelles de dictateurs en cavale

par Marc K. Satchivi , le 15 mars 2004, publié sur ufctogo.com

A leur quête du pouvoir politique, ils étaient l’espoir de leurs compatriotes. Une fois parvenus, et grisés par les prérogatives et autres attributs dûs à leurs rangs, ils oublient très vite tout des personnes électorales faites à leurs peuples. On ne se soucie guère de la misère au quotidien des populations. Et il faut faire feu de tout bois pour s’agripper et s’éterniser à ce pouvoir. Ayant trahi leurs idéaux et leurs peuples, le Centrafricain Ange-Félix Patassé, l’homme au nœud papillon, et l’Haïtien Jean-Bertrand Aristide, le « prêtre combattant », ont été écartés du pouvoir et contraints à l’exil.

 

Précédé d’un passé d’opposant, Ange-Félix Patassé, connut l’exil dans les années 1980 à Lomé, capitale du Togo. Il y avait été contraint par le régime du Général André Kolingba, tombeur en septembre 1981 de celui de David Dacko, cousin de l’autre dictateur Jean-Bedel Bokassa. Il vécut alors sous l’ombre tutélaire de son hôte, Etienne Gnassingbé Eyadema, aux affaires depuis 1967 et dont le régime despotique est dans les bonnes grâces de la France, plutôt de Jacques Chirac. L’opposant Patassé avait dans un premier temps laissé croire qu’il allait se retirer de la politique pour se convertir dans les affaires. Bon viveur, l’homme ne mit jamais à exécution son projet de création d’une ferme avicole. Réputé pour sa propension d’admirateur de belles morphologies féminines, Patassé se maria à une togolaise de la Kozah, région natale de son hôte. Puis il retourna à Bangui, guidé par les conseils de toutes parts pour gagner des élections présidentielles organisées en 1993.

Le pouvoir patassiste qui dura une décennie, aura laissé un goût amer à de nombreux Centrafricains qui ont cru que le « vieux » routier de la politique centrafricaine allait améliorer leur quotidien. Pendant dix ans, Ange-Félix Patassé a trop parlé sans vraiment aller à l’essentiel. Après avoir essuyé moult tentatives de déstabilisation, son régime sera déposé le 15 mars 2003 par son ancien chef d’Etat major entré en « rébellion », le Général François Bozizé, l’actuel homme lige de Chirac et compagnie en RCA (République Centrafricaine). Après une période d’errance à Yaoundé, Ange-Félix Patassé qui, revenait ce jour-là de Niamey où il était parti assister à un sommet de la CEN-SAD (Communauté Economique des Etats Sahelo-Sahéliens, a vu son avion essuyer des coups de feu (à l’aéroport de Bangui) et obligé de redécoller pour finalement atterrir en terre camerounaise.

« Sésé » et « Titid », même destinée

Le sort réservé à Ange-Félix Patassé est aujourd’hui celui de Jean-Bertrand Aristide, « Titid ». Les deux anciens dirigeants centrafricain et haïtien partagent en commun, le mérite d’être parvenus au pouvoir par le biais d’élections régulièrement tenues et d’avoir connu les affres de l’exil. Le premier a vécu pendant de très longues années en séjour à Lomé ; le second a fait son expérience au Vénézuela et aux Etats-Unis avant d’arpenter les marches du pouvoir politique. Au pouvoir, Patassé et Aristide ont déçu leurs compatriotes. Comme pris entre le marteau et l’enclume, ils se sont trouvés à égale distance entre les promesses électorales et les exigences de la haute finance internationale. Le jeu était alors faussé pour eux. Et tous les moyens étaient devenus bons pour l’Occident de les écarter au moyen d’un coup d’Etat ou d’un enlèvement forcé et les contraindre à l’exil.

Lomé, passage obligé pour les roitelets détrônés (?)

Dans l’accueil des anciens chefs d’Etat déchus, il est reconnu par les fins observateurs de la scène politique africaine que Lomé jouit d’une étiquette fort singulière pour avoir accepté tous ces dirigeants reclus qui ont fait le tort à leurs compatriotes en servant plutôt les intérêts du clan occidental. Déchu au moment où il assistait au sommet annuel de la défunte OUA à Kampala en Ouganda, le Général nigérian Yakubu Gowon avait vécu quelques instants à Lomé avant de retrouver en Grande-Bretagne. Le Sergent libérien Samuel Kanyon Doe aurait émis le vœu de venir vivre à Lomé où il était arrivé à bord d’un avion plein de vivres. Mal conseillé, il sera assassiné par les hommes de son rival, Prince Johnson, à Monrovia où il était retourné. Après lui, Joseph-Désiré Mobutu de l’ex-Zaïre, rongé par la maladie et pourchassé par les forces de Mzee Laurent Désiré Kabila, a fait un tour à Lomé avant de se retrouver au Maroc où il s’est éteint. Après son éviction, l’ex-président ivoirien, Henri Konan Bédié, avait, lui aussi, transité par Lomé d’où, muni d’un passeport diplomatique togolais, il regagna la France.

Des exemples de ce genre, il y en a à foison. Mais, limitons ici seulement à ceux-ci. Toutefois, il fait souligner qu’il est tout à fait normal que tous ces dirigeants se retrouvent au finish en face de cette situation à laquelle ils n’ont jamais songé. Surtout lorsqu’ils étaient encore au faîte de leur gloire. En effet, quand on est porté au pouvoir dans son pays et qu’on ne peut arriver après à réaliser les promesses tenues au moment où on battait campagne, il est clair qu’on s’attende à la furie des populations, ou à la pression des maîtres impérialistes. Quand le constat est fait, dans le deuxième cas, que les clauses des contrats par lesquels ils sont intronisés ne sont pas respectées « comme cela se doit ». Et ceci, Patassé et Aristide l’ont appris à leurs dépens. Eux qui, comme l’autre bouffon, Idi Amin Dada, ont dû céder le pouvoir et prendre le chemin de l’exil. Laissant derrière eux une misère révoltante et une situation politique pleine d’incertitudes.

Marc K. Satchivi - Belgique, le 15 mars 2004

 

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