Françafrique

L’autre sommet de Bamako

par L'Humanité (France) , le 6 décembre 2005, publié sur ufctogo.com

France-Afrique . En prélude au sommet officiel, une rencontre citoyenne a attesté d’une mobilisation grandissante, avivée par la provocation sur les « bienfaits » de la colonisation.

 

Bamako vient de vivre deux jours dans l’atmosphère ouatée du 23e sommet France-Afrique, occasion pour Jacques Chirac de rencontrer tous les deux ans ses homologues africains afin de réaffirmer spectaculairement son influence sur le continent. Remontant à Georges Pompidou, cette tradition soulève l’irritation d’une fraction grandissante des sociétés concernées, si l’on en juge par l’indiscutable mobilisation suscitée par le « sommet alternatif citoyen Afrique-France », à l’initiative notamment de la CAD Mali (Coalition des alternatives dette et développement), partie prenante du prochain Forum social mondial, prévu lui aussi dans la capitale malienne : plus de 200 participants venus d’une douzaine de pays et représentant une bonne centaine d’organisations de la société civile. Une diversité qui illustre la représentativité de cette rencontre ignorée par le discours officiel et la plupart des médias.

« Quarante-cinq ans de coopération et vingt-deux sommets n’ont apporté aucun remède aux maux qui minent l’Afrique - dictatures, dette, corruption, échange inégal, violations massives des droits de l’homme, impunité, pillages -, relèvent les organisateurs à l’issue des travaux qui se sont déroulés, les 30 novembre et 1er décembre, à la Maison des jeunes de Bamako. Le sommet Afrique alternatif constate que « la coopération françafricaine n’a servi que les intérêts économiques et politiques des seuls dirigeants français et africains, au mépris des peuples qu’ils sont censés représenter ». Exemple, la privatisation de la société EDM (Énergie du Mali), bradée en 2000 au consortium SAUR International (du groupe français Bouygues) et IPS (du prince Aga Khan). SAUR s’était engagé à investir 141 milliards de francs CFA les cinq premières années. Début 2004, on en était à 41 milliards. Une confirmation de la désinvolture des sociétés privées qui accumulent la rente de la privatisation.

Jeu trouble en Côte d’Ivoire

En cette année 2005, Paris a validé le coup d’État électoral de Faure Gnassingbé au Togo et poursuivi son jeu trouble en Côte d’Ivoire, enchaînent les mêmes. « Et ce n’est pas le nouvel habillage européen et multilatéral auquel la France essaie de faire croire qui changera la nature du système dont la logique conduit à la pauvreté, à la désespérance et, par ricochet, à l’exode et à l’émigration forcée des jeunes. »

La jeunesse africaine est justement le thème central retenu par le 23e sommet de Bamako. « C’est lui faire injure, estime Odile Tobner, présidente de Survie France. La jeunesse africaine n’a cessé d’être sacrifiée à tous les niveaux. Elle n’a jamais été une priorité. Tout l’argent qui s’enfuit d’Afrique aurait dû être utilisé pour l’éducation. »

Un fait, ici, est encore venu faire monter la température, le vote par le Parlement français d’une loi vantant les « bienfaits » de la période coloniale. « La France n’a laissé au Mali, au moment de l’indépendance, que 6 % de lettrés », observe Aminata Barry, présidente de la CAD Mali, ripostant au discours affirmant qu’« en tout cas, on leur a construit des écoles » toujours de règle chez les nostalgiques du bon vieux temps des colonies, chanté par Michel Sardou et pleuré par les inconsolables de l’OAS. « Si au Parlement français d’aucuns s’obstinent à parler des bienfaits de la colonisation, je n’ai qu’une chose à dire : c’est la honte du Parlement français ! »

Jean Chatain

 

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