Chirac

L’amicale des dictateurs fans de la Corrèze

par Charlie Hebdo (France) , le 4 décembre 2003, publié sur ufctogo.com

Le voyage de Chirac en Tunisie et ses propos sur la démocratie offrent l’occasion au journal Charlie Hebdo d’exercer sa verve caustique. Avec beaucoup de sérieux, accompagné d’un sens de la dérision, l’auteur de l’article résume la situation politique en Afrique et livre un bréviaire de la dictature en Afrique.

 

CHIRAC EN TUNISIE : l’amicale des dictateurs fans de la Corrèze

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Cette semaine, ne dérangez pas Jacques Chirac. Il bronze au soleil tunisien et goûte à l’hospitalité du président Zine el-Abidine Ben Ali, qui dirige depuis 1987 un accueillant pays où les avocats cessent de s’alimenter pour qu’on respecte leurs droits les plus élémentaires : au moment où Chirac aura le pif plongé dans la tagine présidentielle, Radhia Nasraoui en sera à sa septième semaine de grève de la faim...La sympathie affichée de notre président envers Ben Ali est loin d’être exclusive. Les tyrans, surtout ceux qui exercent au-delà de la Méditerranée ont toujours eu ses faveurs. Passons sur Mobutu et Hassan II, trop tôt arrachés à son affection, et glissons pudiquement sur Saddam Hussein, dont il admirait le « courage ». Il reste dans le carnet d’adresses chiraquien, de quoi surpeupler le box des accusés de la Cour Pénale Internationale.

Muammar al-Kadhafi, Staline de Libye depuis 1969

Bien que la Libye refuse toujours d’indemniser les victimes de l’attentat contre le DC-10 de l’UTA en 1989, la France ne s’est pas opposée à la levée des sanctions internationales au Conseil de sécurité de l’ONU, demandée par la Grande-Bretagne le 12 septembre dernier. Et le collectif des familles des victimes « s’étonne du silence des autorités françaises ». Rien d’étonnant. En 1999, Kadhafi, également grand ami de Jérôme Monod, déclarait : « Si Jacques Chirac continue de diriger la France, il n’y aura absolument plus de problèmes pour nous »(Lire Noir Chirac de François-Xavier Verschave)

Idriss Déby, empereur du Tchad depuis 1990

Le Tchad est l’une des têtes de pont de la « coopération militaire » française. Idriss déby vient régulièrement à Paris, notamment pour se faire soigner et creuser le trou de la Sécu. En septembre dernier, cet amoureux des opposants enfermés et des élections truquées a encore déjeuné à l’Elysée, afin de renforcer « les liens de coopération entre les deux pays ». Indispensable, en effet : depuis juillet, le Tchad est entré dans le club des pays producteurs de pétrole, avec l’exploitation du gisement de Doba.

Omar Bongo, roi du Gabon depuis 1967

En juillet 1995, Chirac fêtait sa récente élection à Libreville, et déclarait : « Omar Bongo ...est pour moi un ami de longue date et qui...a témoigné de sa fidélité à nos idéaux communs et à notre engagement commun pour une certaine idée franco-africaine. » c’est le moins qu’on puisse dire : Bongo est cité à plusieurs reprises dans l’affaire Elf, et le Gabon est la plaque tournante de tous les trafics de la compagnie

Paul Biya, premier croupier du Cameroun depuis 1982

Biya dirige l’un des pays les plus corrompus de la planète, où il n’est prudent d’être journaliste ou défenseur des droits de l’homme. Il refuse obstinément les visites d’Amnesty, mais il reste hospitalier : en mai dernier, il a reçu Juppé. Qui n’a rien remarqué d’anormal.

Etienne Gnassingbé Eyadéma, sultan du Togo depuis 1967

En 1999, Amnesty International lui consacre un rapport -Togo, Etat de terreur - que jacques Chirac qualifiera d’ « opération de manipulation ». Il est régulièrement l’hôte de Chirac, à qui il donne du « grand ami » et du « grand chef d’Etat ». Vous en êtes un autre, lui répond notre président, qui l’a félicité pour sa dernière « réélection » en juin 2003, avant même la proclamation officielle des résultats. On ne sait pas qui a aussi bien renseigné Chirac, puisque aucun observateur européen n’était sur place : l’UE a coupé toutes ses relations avec le Togo depuis plus de dix ans.

Robert Mugabe, maton en chef du Zimbabwé depuis 1987

Reçu au sommet France-Afrique à paris en févier 2003, Mugabe est reparti ravi : « On s’est senti chez nous. Nous avons reçu un accueil extraordinaire. Nous repartons avec une bonne impression de la France. » C’est le principal. Le Zimbabwé est sous le coup de sanctions européennes pour « atteintes graves aux droits de l’homme » et a été aussi suspendu du Commonwealth. En 2002, Amnesty a répertorié au moins 58 assassinats politiques et plus de 1000 cas de torture. Les cibles préférées de Mugabe, outre les opposants, sont les enseignants, les étudiants, les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme . La semaine dernière, il a fait arrêter 360 syndicalistes qui manifestaient contre l’augmentation des prix.

Denis Sassou-Nguesso, premier charcuier-pompiste du Congo-Brazzaville de 1979 à 1992, puis de nouveau depuis 2002

En février 1987, Chirac, alors premier ministre, félicite ce grand homme d’Etat devant l’Organisation de l’Unité Africaine(OUA) : « Votre connaissance de l’Afrique, de ses hommes et de ses réalités, la perspicacité de ses analyses, la dignité, la sagesse de vos jugements m’ont convaincu que le Congo et l’Afrique pouvaient difficilement être mieux représentés. »

Dont acte : en juin 1997 et décembre 1999, avec l’aide des réseaux et des militaires français- et aussi un peu d’Elf -, Sassou N’guesso trempera dans deux guerres civiles, parmi les plus meurtrières du Continent. En mars 2002, il est élu avec un score chiraquien et les massacres reprennent de plus belle dans la province du Pool. En septembre dernier, il était reçu à l’Elysée. Il faut dire que Sassou Nguesso est le gendre d’Omar Bongo, ce qui crée des liens.

Lansana Conté, chef de la Commission électorale de Guinée depuis 1984

Sa spécialité : gagner les élections par forfait. En 1993, il truque les résultats du premier tour. En 1998, il n’attend même pas le résultat et fiche le candidat en tête, Alpha Condé, en taule. En visite officielle à Conakry, alors que le leader de l’opposition est toujours au trou, Chirac juge que les Guinéens « ont pu exprimer leur choix lors des scrutins qui, peu à peu enracinent la démocratie en Guinée ». Interdit de briguer un troisième mandat par la Constitution, Conté la fait modifier par « référendum » en novembre 2001. Il se représente donc à la présidentielle du 21 décembre prochain, et compte bien la gagner. Chirac a déjà mis le champagne au frais.

Par Gérard Biard - Charlie Hebdo

Lire aussi notre article :
La longévité du pouvoir dans le monde : Eyadéma "je suis un militaire, ma parole m’engage"...

 

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