Congo-Brazzaville

L’affaire du Beach relancée ?

par RFI (France) , le 22 mai 2004, publié sur ufctogo.com

Le quotidien le Monde dans son édition datée du 22 mai publie les déclarations d’un ancien proche du président du Congo, Denis Sassou Nguesso, faites au juge de Meaux il y a quelques mois. Cet homme s’appelle Marie-Nicodème Nganga. C’est un ancien conseiller du président congolais, aujourd’hui réfugié en France. Ces déclarations sont importantes puisqu’elles confirment les massacres du Beach, des réfugiés congolais à leur retour à Brazzaville, pendant la seconde quinzaine de mai 1999. C’est la première fois que les accusations d’un membre de l’entourage de l’époque du président Sassou Nguesso sont rendues publiques.

 

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J.F. Ndengue, mis en examen pour crimes contre l’humanité par un Juge d’Instruction de Meaux (France)

« J’ai constaté la présence de corps empilés et de brasiers qui servaient à incinérer de nombreux corps », a raconté au juge de Meaux Marie-Nicodème Nganga, estimant, « à première vue, qu’il y avait plus d’une centaine de corps ». Nicodème Nganga a été amené à déposer devant le juge français comme témoin clé. A l’époque des faits, en mai 1999, il est conseiller du président Sassou Nguesso. Il travaille à la présidence et son bureau est installé non loin du fleuve. Dans ses dépositions, il raconte ce qu’il a vu. Des odeurs nauséabondes et des fumées à proximité du cours d’eau l’intriguent. Il se rend alors sur place et constate, dit-il, la présence de corps empilés et de brasiers qui servaient à les incinérer. Il parle d’une centaine de corps et évoque aussi la présence sur les lieux de groupes militaires de la garde présidentielle.

Ces témoignages recoupent ceux des rescapés qui eux aussi ont parlé. Mais la déposition de Marie-Nicodème Nganga est capitale. Car il parle du rôle du chef de l’Etat quand il raconte que quelques jours plus tard, le président Sassou « m’a fait comprendre de ne pas m’occuper de ça, que ça ne relevait pas de ma compétence. Il a mis ces exactions sur le compte de règlements de compte entre ethnies ». Le soir même, Nicodème Nganga assure qu’il a été victime d’une tentative d’enlèvement menée par les milices du chef de l’Etat. Cette agression a été commanditée, selon lui, par le président en personne.

Des propos accablants

Depuis, ce conseiller est réfugié en France et il parle. Devant le juge français chargé de l’affaire, il évoque la responsabilité de Denis Sassou Nguesso. Sans être un donneur d’ordre, il dit être convaincu que le président congolais a « fermé les yeux et qu’il n’a rien fait pour faire cesser le massacre ». Ses propos accablants sont aujourd’hui mis au grand jour. Ils contredisent radicalement l’axe de défense du chef de l’Etat congolais qui a promis, jeudi (donc juste avant la publication du Monde) à Oyo, à plus de 400 km au nord de Brazzaville, qu’un procès libre serait organisé au Congo pour faire la lumière sur cette affaire du Beach. « Nous allons démontrer au cours d’un procès qu’il n’y a jamais eu de massacres. Le petit juge gauchiste de Meaux va savoir que le procès sera organisé. La manipulation et la subversion auront leur fin... »

C’est la première fois que le chef de l’Etat congolais s’exprime sur le fond de cette affaire qui, quoi qu’il en dise, dérange passablement le pouvoir à Brazzaville. Par la voix de ses ministres ou proches collaborateurs, le président Sassou a déjà fait savoir qu’il démentait l’existence d’un quelconque massacre. Il admet qu’il y a pu y avoir des bavures et des règlements de compte. Mais il attribue ces derniers aux Ninjas, les milices adverses. Selon Brazzaville : il n’y a pas de quoi parler de crime contre l’humanité.

Depuis le début, le Congo tente avec acharnement de dénier à la France le droit de juger cette affaire au nom de la compétence universelle. Dans un premier jugement, la Cour de justice internationale de la Haye lui a donné tort. Et malgré de récents incidents de parcours, l’instruction de la plainte pour actes de tortures et crimes contre l’humanité se poursuit à Meaux près de Paris. Mais elle piétine. Elle est suspendue depuis le 4 mai dernier, dans l’attente de l’annulation d’actes du Parquet de Meaux par la Cour d’appel de Paris.

Dans ce contexte, ceux qui suivent l’affaire s’interrogent sur cette « sortie » de Denis Sassou Nguesso. Pourquoi monter ainsi au créneau ? Le président serait-il irrité par la détermination des parties civiles ou celle du juge français qu’il a qualifié « de petit juge gauchiste » ? S’inquiéterait-il à ce point du contenu du dossier et des dépositions de certains de ses anciens conseillers qui le mettent directement en cause ?

Christine Muratet - RFI

Lire aussi : Libération de Jean François Ndengue : Paris, complice de crimes contre l’humanité ?

 

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