Rapport de l’ONU

L’Onu dénonce une « stratégie de la répression »

par RFI (France) , le 27 septembre 2005, publié sur ufctogo.com

La présidentielle du 24 avril a vu une tempête de violence inégalée faire « entre 400 et 500 morts » entre le 5 février et le 5 mai 2005, c’est-à-dire entre l’annonce du décès de Gnassingbé Eyadéma et la proclamation de la victoire électorale de son fils, Faure Gnassingbé. Entre ces deux dates, le rapport d’une mission du Haut-Commissariat des des Nations unies aux droits de l’Homme pointe un « montage juridique...illustration de la prégnance d’une culture d’impunité et de violations des droits de l’Homme » instaurée sous le long règne du général-président Eyadéma. Ce que démontre en effet le rapport, chronologie et description des faits à l’appui, ce n’est pas seulement un excès de violence, c’est surtout « l’existence d’une stratégie de la répression » érigée en système de gouvernement. Et ce qu’il reproche à l’opposition, c’est au contraire un manque d’organisation et d’encadrement de militants livrés à la rue.

 

C’est en définitive un scrutin invalide et une légitimité présidentielle usurpée à la hussarde que dépeint le rapport de la mission conduite par le rapporteur spécial des Nations unies sur le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, Doudou Diène. Avant d’en arriver à l’examen détaillé des exactions commises avant et après l’élection du 24 avril, il fournit du reste un « aperçu de la gestion ethnique et clanique du pouvoir » et des exactions récurrentes commises pendant les 38 ans de règne de feu Gnassingbé Eyadéma.

La suite du rapport est à l’avenant, avec, comme par le passé, le « rôle douteux d’experts étrangers compétents dans le domaine du droit constitutionnel » comme le « professeur Charles Debbash », « l’utilisation des unités d’élites de combat » et l’organisation « de commandos de l’armée chargés...non seulement d’écraser les manifestants, mais aussi de faire disparaître les cadavres », ou bien encore l’instrumentalisation ethnique de « centaines de militants ou de miliciens de la région Nord acheminés vers les agglomérations du Sud » pour faire le vide des électeurs suspects, machettes et gourdins hérissés de clous à la main.

« Exécutions sommaires, utilisation à grande échelle de la torture et des traitements inhumains et dégradants, destructions systématiques, emprisonnements arbitraires », le clan militarisé au pouvoir a employé la plus grande brutalité pour parvenir à imposer Faure Gnassingbé dans le fauteuil de son père. « 2 500 coupe-coupe auraient été achetés » pour armer les militants de l’ancien parti unique, le Rassemblement du peuple togolais (RPT) encadrés par quelque « 2 500 soldats habillés en civils, armés de coupe-coupe, machettes et gourdins cloutés et organisés en unités de 200 » hommes. A défaut de tromper grand monde au Togo, la mise en scène était surtout à usage international.

Des urnes sous surveillance militaire

Troublés en février 2005 par l’intronisation de Faure Gnassingbé imposé par la garde prétorienne du régime, les bailleurs de fonds l’avaient pressé de passer devant les urnes. Comme d’habitude, celles-ci étaient placées sous haute surveillance militaire, toute voix discordante interdite avec en particulier le verrouillage des radios indiscrètes. Les récalcitrants n’ont eu d’autre choix que de subir ou de partir en exil où ils sont encore des milliers. Le rapport confirme que des dignitaires isolés et surtout des ressortissants étrangers accusés de complicité avec le pouvoir ont effectivement eux-aussi payé un tribut sanglant à la fureur populaire. Mais il démontre que la répression et les représailles orchestrées par les autorités ont été le vecteur principal d’une violence politique érigée en « méthode privilégiée de conservation ou de conquête du pouvoir ».

Tablant sans doute sur la force d’inertie qui lui a si bien réussi ces dernières décennies, le pouvoir se défend mollement. « Le gouvernement togolais a pris acte, avec intérêt » du rapport car, selon le communiqué officiel, « même si cette mission n’a mené aucune investigation détaillée et approfondie permettant d’établir la véracité des allégations portées à sa connaissance, [elle] est parvenue à des conclusions qui confortent [le gouvernement] dans ses propres convictions ». Nul doute en effet que la commission d’enquête nationale écrira en conséquence le rapport commandité par le pouvoir.

En guise de recommandations au autorités, le rapport de Doudou Diène remet sur le tapis la question du « gouvernement d’union nationale représentatif de toutes les composantes politiques et de la société civile » escamoté par Faure Gnassingbé avec la nomination du Premier ministre Edem Kodjo. Il estime aussi crucial « le principe de la réforme démocratique en profondeur de l’armée ». Enfin, à défaut de justice, souligne-t-il, l’impunité éteindra les dernières étincelles démocratiques du Togo. C’est sans doute justement ce que souhaite le président Gnassingbé.

Monique MAS - RFI

 

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