Guerre en Irak

L’Afrique s’inquiète des conséquences de la guerre

par RFI (France) , le 20 mars 2003, publié sur ufctogo.com

 

Au nom de l’Union africaine, le président de la commission par intérim, Amara Essy exprime regrets et inquiétude. Alger dénonce « un précédent grave dans les relations internationales ». En revanche l’Erythrée et l’Ethiopie soutiennent les Etats-Unis. De son côté, le président camerounais Paul Biya est l’hôte de la Maison Blanche au soir de l’intervention militaire américaine contre l’Irak. La veille, le ministre angolais des Affaires étrangères, Joao Pinto de Miranda était en discussion avec le secrétaire d’Etat, Colin Powell, au moment même où se tenait la réunion du Conseil de sécurité de l’Onu. Et à Dakar, le président Abdoulaye Wade estime que « l’Amérique a décidé d’aller en guerre (et) personne ne peut l’empêcher ». Si l’Union africaine, institution continentale, affiche son légalisme onusien et le souci économique de ses peuples, l’Afrique des Etats laisse percer des préoccupations très bilatérales vis-à-vis de Washington et aussi, déjà, de l’après-guerre.

Pour Amara Essy, le début des opérations militaires marque « l’échec de la diplomatie » internationale. Il rappelle que le 3 février dernier l’Union africaine avait produit une résolution réaffirmant la confiance de ses membres aux inspecteurs de l’Onu. Certes, dit-il, le « désarmement de l’Irak est une nécessité impérieuse », mais il fallait poursuivre le travail d’inspection et surtout rester dans le cadre onusien. C’est aussi ce qu’avaient préconisé les 45 chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Paris fin février au sommet France-Afrique, sur le papier de ses communiqués du moins puisque le président du Rwanda avait alors affirmé qu’il n’y avait eu ni vote ni véritable consultation. Quoi qu’il en soit, l’heure était alors à la mobilisation des troupes, pour ou contre l’entrée en guerre, derrière Washington ou Paris. Ces derniers avaient ensuite poursuivi de leurs assauts diplomatiques les trois Africains membres non permanents du Conseil de sécurité : l’Angola, le Cameroun et la Guinée-Conakry finalement rangés pudiquement dans le camp des indécis. Un camp qui n’a plus lieu d’être.

Aujourd’hui, Amara Essy estime que la guerre contre l’Irak risque d’aggraver l’insécurité sur la planète, Afrique comprise. Mais surtout, il redoute qu’elle réduise à la portion congrue l’intérêt international pour un continent en quête d’investisseurs et de développement économique. Comme en son temps la chute du Mur de Berlin avait détourné les regards vers l’Europe de l’Est, la déconstruction-reconstruction de l’Irak s’annonce accaparante, au détriment du Nepad (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique). L’Algérie s’indigne de voir un chef d’Etat ordonner le départ d’un autre. « Les espoirs de convaincre les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne d’arrêter la guerre sont faibles », poursuit le ministre algérien des Affaires étrangères, maintenant, il s’agit « d’en atténuer les conséquences ». Son homologue marocain appelle au « respect de l’intégrité territoriale de l’Irak ». L’Afrique du Sud regrette elle aussi que « la guerre soit déclenchée en dehors du mandat du Conseil de sécurité ». Pretoria demande aux Nations unies de « faire valoir leur autorité afin de s’assurer que l’action militaire est conduite selon les règles humanitaires ». Position morale également du côté du prix Nobel de la Paix 1984, le Sud-africain Desmond Tutu qui voit là une « guerre du mal » parce que, dit-il, « Une des conditions d’une guerre juste est qu’elle soit déclarée par une autorité légitime. Les Etats-Unis ne sont pas une autorité légitime ». Ce n’est pas l’avis officiel de l’Erythrée ou officieux de quelques autres.

Enjeux bilatéraux

Sur la liste des trente pays considérés par Washington comme membres de la coalition contre l’Irak figurent deux pays africains, l’Erythrée et l’Ethiopie. Colin Powell explique que 15 autres Etats sont sur la même ligne mais ne souhaitent pas trop s’afficher. A la fin de l’année dernière, Asmara avait offert les services du port d’Assab dans le cadre de la lutte antiterroriste. Washington n’a pas donné suite. Aujourd’hui, l’Erythrée soutient l’intervention américaine sans s’impliquer directement, déclare son ministre des Affaires étrangères faute, selon lui, de « contribution à offrir au regard de ce que les autres pays de la coalition peuvent fournir ». Clin d’œil vers Djibouti peut-être, où 1 300 soldats américains sont positionnés. Mais les bases militaires ne sont pas le seul souci de l’Amérique en guerre. La diplomatie aussi continue de battre son plein.

Invité de la Maison Blanche, le Camerounais Paul Biya est attaché comme son homologue américain à « faire avancer la sécurité régionale africaine et la sécurité internationale », selon le porte-parole du président Bush. C’est sûrement le meilleur moment de le dire pour relever le niveau très modeste jusqu’à aujourd’hui de « l’amitié et des relations bilatérales » entre les deux pays. Du pétrole irakien au pétrole camerounais, les sujets de conversations ne manqueront pas. Tout petit producteur avec 100 000 barils par jour, le Cameroun du président Biya compte beaucoup sur les potentialités de la presqu’île de Bakassi que le Nigeria continue de lui disputer malgré le verdict de la Cour internationale de justice en faveur de Yaoundé.

MONIQUE MAS - RFI

 

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