Agriculture

L’Afrique de l’ouest invitée à s’ouvrir aux OGM par le gouvernement américain

par AFP , le 20 juin 2004, publié sur ufctogo.com

 

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Photo : www.enel.it

Quinze pays d’Afrique de l’ouest participent du 21 au 23 juin à Ouagadougou à une conférence internationale organisée par le gouvernement américain pour leur présenter les avantages de la biotechnologie et des Organismes génétiquement modifiés (OGM).

"Maîtriser la science et la technologie en vue d’accroître la productivité agricole : perspective ouest-africaine", indique l’annonce officielle de cette réunion qui doit rassembler 3 à 400 délégués et quatre chefs d’Etat. Le terme toujours polémique d’"OGM" n’est pas explicitement évoqué. Mais le but de cette conférence, initiée par les Etats-Unis, grands utilisateurs et promoteurs des cultures transgéniques qui seront représentés par leur vice-ministre de l’Agriculture, est bien de "combler le déficit d’informations et de combattre les préjugés sur la biotechnologie, notamment les OGM", a expliqué un des organisateurs burkinabè à l’AFP.

Fréquemment confrontés aux pénuries céréalières et à la disette provoquée par les aléas climatiques, les 15 Etats-membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) conviés à la conférence restent cependant toujours méfiants vis-à-vis des OGM et de leurs risques potentiels pour la santé humaine et l’environnement.

"Objets de tous les débats, les OGM ne pourront pas être escamotés à cette conférence", a affirmé à l’AFP Marie-Noëlle Koraya, représentante de l’Organisation de l’Onu pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) au Burkina. "C’est dans ce genre de rencontre qu’on arrive à un compromis : si chacun campe sur ses positions on peut se fermer à ce qui peut être une solution à la lutte contre la faim", estime-t-elle.

Le Burkina Faso, l’un des rares pays de la CEDEAO à avoir entrepris avec la firme américaine Monsanto des essais d’OGM dans le domaine du coton, compte parmi les défenseurs de ces nouvelles techniques. "Ce serait une erreur monumentale de ne pas participer à l’évolution biotechnologique et on a intérêt à prendre le train en marche même si ce n’est pas en première classe", a récemment lancé Salif Diallo, ministre burkinabè de l’Agriculture, lors d’un point de presse.

Une des trois journées de cette conférence sera ainsi consacrée aux "biotechnologies" à travers des ateliers et des expositions sur "les cultures de plein champ, la lutte contre les maladies végétales et la résistance à la sécheresse", ainsi qu’aux "cadres règlementaires et institutionnelles sur le transfert des technologies". Le programme officiel prévoit également une table-ronde sur "la maîtrise de la science et de la technologie" pour accroître les rendements agricoles et une autre sur "les technologies de conservation de l’eau" en Afrique de l’ouest.

Depuis des années, la FAO tire la sonnette d’alarme sur l’"urgence" pour l’Afrique d’améliorer sa productivité céréalière, trois fois moindre que celle de l’Asie et deux fois moindre qu’en Amérique du Sud. Le mois dernier, l’organisation onusienne a estimé que la "révolution génétique" pouvait résoudre certains problèmes dans les pays pauvres. "La controverse sur les cultures transgéniques ne devrait pas détourner l’attention du potentiel offert par d’autres applications des biotechnologies", écrit la FAO dans son rapport annuel sur la sécurité alimentaire.

La sous-alimentation n’a reculé que de 36% à 33% sur les vingt dernières années en Afrique subsaharienne, où le nombre de "sous-alimentés" atteindra 205 millions en 2015, précise la FAO. Dans cette région du monde, la production céréalière annuelle par habitant est la plus faible au monde avec 128 kg, pour des rendements à l’hectare inférieurs à une tonne. Globalement, l’Afrique reste dépendante de l’assistance internationale et a reçu en 2000 quelque 2,8 millions de tonnes d’aide alimentaire, soit plus du quart du volume mondial total.

L’Afrique, dernier territoire quasiment vierge d’OGM avec l’Europe, subit de fortes pressions américaines pour adopter des variétés transgéniques, sans qu’elles soient vraiment adaptées à ses besoins, selon des experts interrogés par l’AFP.

A ce jour, seule l’Afrique du Sud compte des surfaces significatives en OGM sur le continent. Selon l’ISAAA, qui regroupe les firmes de biotechnologies, 400.000 hectares en coton et maïs OGM y ont été plantés en 2003 (moins de 1% des OGM dans le monde). "Il y a des pressions très importantes pour conduire des essais sur le coton en Afrique de l’Ouest, qui est une zone jusqu’à présent indemne d’OGM", a indiqué à l’AFP Alain Weil, du comité scientifique du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). "L’Afrique est un enjeu commercial important pour les firmes américaines, qui se sont cassées le nez sur le marché européen", explique Eric Gall de Greenpeace.

"Le réveil pour les Américains a été l’affaire du refus par la Zambie de leur aide alimentaire sous forme de maïs OGM en 2002", ajoute-t-il. "Ils ont pris conscience que d’autres pays risquaient d’adopter, comme les Européens, des législations strictes sur l’étiquetage et la traçabilité des OGM". "Ils ont alors développé un discours sur les OGM pour résoudre la faim dans le monde, ce qui est pure propagande", dénonce-t-il. "La première cause de malnutrition, ce sont les conflits armés", rappelle M. Gall. "Les OGM ne peuvent que renforcer la dépendance des paysans vis-à-vis des grandes firmes de biotechnologies," ajoute-t-il.

Pour Alain Weil, les OGM peuvent "apporter beaucoup", mais à des conditions précises. "Un des principaux risques, c’est qu’on force l’Afrique à accepter des produits qui n’ont pas été développés pour elle, et qui peuvent présenter des risques pour son écologie fragile, alors que ces pays sont mal armés pour les maîtriser", observe-t-il. Aujourd’hui, la quasi-totalité des OGM (maïs, soja, coton) ont été fabriqués pour les pays industrialisés. 73% sont conçus par les sociétés de biotechnologie pour résister à leur propre herbicide, 8% intègrent à la fois la résistance à un herbicide et un insecticide.

"La recherche intéressant l’Afrique est tout à fait marginale", estime M. Weil : "plus d’efforts sont faits pour améliorer le maïs que le mil, c’est une évidence". Le maïs, justement, fait depuis peu une percée en Afrique, notamment à travers l’aide alimentaire américaine. "Un certain nombre de gens s’inquiètent du fait qu’on améliore un peu trop exclusivement le maïs au détriment de cultures locales mieux maîtrisées, avec plus de variétés, et correspondant mieux aux habitudes de consommation", constate le chercheur. Si le maïs vorace en eau est mal adapté à l’Afrique, la génétique pourrait utilement accroître la résistance des cultures locales à la sècheresse, selon Alain Weil.

"C’est incontestablement une piste intéressante, pour limiter les risques en cas d’aléas climatique fort et de retard de la saison des pluies par exemple", explique-t-il. Mais rien n’est encore prêt à être diffusé. Parmi les autres pistes, figurent la résistance aux virus ou la protection des stocks. "25 à 50% des récoltes sont perdues au moment du stockage", observe M. Weil.

Les Américains ont fourni un exemple de résistance aux virus en terrain tropical à Hawaï. "Tout le verger de papaye était en passe d’être détruit par un virus, et la seule voie trouvée a été de transformer la plante avec une résistance au virus : c’est un exemple de succès de la technologie quand il n’y avait pas d’alternatives techniques", souligne M. Weil.

AFP

 

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