Transitions démocratiques

L’Afrique bouge Transition 2000

par La Croix (France) , le 23 mai 2000, publié sur ufctogo.com

En Afrique, la démocratisation avance de guingois. A une « cuvée » 1999 médiocre a succédé un début 2000 plus encourageant. Plusieurs coups d’Etat ont eu lieu en effet l’an dernier au sud du Sahara.

 

Les deux plus marquants ont sans doute été ceux du Niger, le 9 avril, et de Côte d’Ivoire le 24 décembre. Le premier a vu le continent renouer avec une sombre tradition qui semblait en voie d’extinction, l’assassinat du chef d’Etat par des membres de la garde présidentielle. Les vertus démocratiques de la victime n’étaient, il est vrai, pas totalement garanties. Le général Ibrahim Baré Maïnassara avait lui-même accédé au pouvoir à l’issue d’un coup d’Etat, trois ans plus tôt.

Autre changement, positif celui-là par rapport aux époques antérieures, les putschistes nigériens ont organisé des élections dans un délai court. Et ce scrutin, qui s’est tenu à la fin de l’année, a permis l’arrivée au pouvoir d’un civil, Mamadou Tandja.

Ce faisant, les militaires de Niamey ont peu ou prou suivi la voie tracée par leurs homologues nigérians. Après le décès du dictateur Sani Abacha, le général Abubakar a décidé que des élections se tiendraient, qui ont permis la fin du régime militaire et l’accession au pouvoir d’Olusegun Obasanjo en mars 1999.

Peut-on espérer une transition en douceur pour la Côte d’Ivoire ? Le renversement du président Henri Konan Bédié, le 24 décembre 1999, par la junte que conduit le général Gueï, a surpris une bonne partie de l’Afrique et encore plus les Etats occidentaux. La Côte d’Ivoire apparaissait comme un Etat moyennement démocratique peut-être, mais aux institutions stables. A Abidjan, la rue n’a pas bougé pour soutenir le chef d’Etat régulièrement élu, mais qui s’était largement discrédité en mettant l’unité nationale en péril et aussi par l’étendue de la corruption qui minait les cercles du pouvoir. Devant l’opinion publique et sous la pression des bailleurs de fonds, la junte du général Gueï s’est engagée à mettre en place des institutions démocratiques avant le 31 octobre prochain. Le 12 mai, le pouvoir a donc annoncé un calendrier électoral qui fixe au 23 juillet un référendum sur un projet de Constitution. L’élection présidentielle se déroulerait les 17 septembre et 8 octobre. Elle devrait être suivie par des législatives le 29 octobre et des municipales le 19 novembre. Du respect de ce calendrier et de la transparence du scrutin dépendra la crédibilité des auteurs du coup d’Etat qui se sont présentés comme les redresseurs d’un Etat de droit en péril.

Zimbabwe

Le Zimbabwe, s’il est aujourd’hui au bord de l’implosion, a néanmoins donné discrètement un signal démocratique au reste du continent en février. Consultés par référendum, les citoyens ont purement et simplement rejeté les propositions du chef de l’Etat, Robert Mugabe, l’un des caciques africains au pouvoir depuis vingt ans. L’une des modifications institutionnelles proposées aurait notamment accru les pouvoirs du président. Il reste à savoir si ce premier désaveu sera suivi ou pas d’une défaite de Robert Mugabe au scrutin législatif des 24 et 25 juin.

Sénégal

Les Sénégalais, de leur côté, ont congédié sans violence un autre vétéran du pouvoir. Dauphin et successeur de Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf, qui briguait un quatrième mandat, a perdu à la régulière le scrutin présidentiel. En permettant une réelle alternance au sommet de l’Etat, le Sénégal, souvent cité en exemple, a gagné un brevet de démocratie que jusque-là il ne détenait que de façon relativement théorique.

Les réussites du Sénégal, mais aussi du Bénin, du Mali, du Botswana, et bien sûr de l’Afrique du Sud... ne doivent certes pas occulter l’impasse politique dans laquelle vivent de nombreux pays africains.

Impasses

Le vent qui, à la fin des années 80, avait balayé les dictatures communistes d’Europe de l’Est avait aussi soufflé au sud du Sahara. Mais les conférences nationales, qui avaient alors soulevé de grands espoirs, ont été souvent détournées de leur véritable objet par des potentats habiles.

De même, des scrutins truqués ont permis à ces gouvernants sans scrupules de se maintenir au pouvoir, quitte à jeter le discrédit dans l’opinion publique sur le principe même du recours aux urnes. Véritables « dinosaures » de la politique africaine, le Togolais Gnassingbé Eyadema, le Camerounais Paul Biya, le Gabonais Omar Bongo... ont en outre su tirer profit des incessantes divisions de leurs adversaires politiques et de la vénalité de certains de leurs opposants. Mais ce sont aussi les urnes qui ont parfois permis à d’anciens dictateurs, plus ou moins bien convertis aux vertus de la démocratie, de reprendre la tête de l’Etat. Témoin, Mathieu Kérékou au Bénin. Ou encore Didier Ratsiraka à Madagascar.

Les vieilles méthodes faisant toujours recette, la guerre et la manipulation des identités régionales ou ethniques donnent toujours à des dirigeants africains le moyen, politique et financier, de garder le pouvoir. Exemple, l’Afrique centrale. Dans la région des Grands Lacs, le Rwanda, l’Ouganda et la République démocratique du Congo se disputent des territoires, et surtout les richesses minérales qu’ils contiennent. Au Congo-Brazzaville, c’est un conflit sanglant qui a permis le retour aux affaires de l’ancien chef de l’Etat, Denis Sassou Nguesso. De même les gouvernants éthiopiens n’ont-ils pas hésité à lancer mi-mai une offensive contre l’Erythrée voisine à la veille d’une élection législative. Le pouvoir des urnes est ainsi formellement reconnu mais concrètement contourné.

L’accession à la présidence du Liberia de l’ancien guérillero Charles Taylor symbolise tristement la victoire des prédateurs sur les démocrates. Quelle est la réelle liberté de choix des électeurs lorsque des prétoriens se présentent à un scrutin en menaçant de relancer la guerre civile s’ils ne sont pas élus ?

Yann MENS - La Croix

 

© Copyright La Croix (France) - Visiter le site

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
dimanche
30 avril 2017
Lomé 27°C (à 08h)