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L’Afrique a mal à la France

par Le Figaro (France) , le 28 avril 2005, publié sur ufctogo.com

 

Hier, la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, le Togo. Et demain, à la mort du président Omar Bongo, 70 ans et quarante-trois années de pouvoir, vraisemblablement le Gabon... En Côte d’Ivoire et au Togo, des images identiques : violence sur fond d’émeutes tournant au pillage, des foules de jeunes vouant Paris aux gémonies, des ressortissants français agressés au nom d’une politique dont certains ont pu abuser mais qu’ils n’ont, globalement, pas initiée. Et, à chaque fois, un décalage observé entre la réalité du terrain et le discours tenu à Paris. Comme si les racines africaines de la France n’étaient plus qu’un lointain souvenir. Un simple trophée de chasse, vieilli et poussiéreux, tout juste bon à être exhibé lors de rituels sommets France-Afrique.

Les crises ivoirienne et togolaise viennent de le démontrer : l’Afrique a mal à la France. Et - cela est moins probant, mais réel - la France a mal à l’Afrique. Car Paris voudrait bien. Il ne faut pas en douter. Mais Paris est dépassé. Au point de ne plus se rendre compte des répercussions que peuvent avoir en Afrique les mots prononcés sur les bords de la Seine. En qualifiant de « succès » un scrutin togolais à la légitimité douteuse, le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, a paru nourrir la crise et semblé contribuer à exacerber un ressentiment antifrançais déjà présent, de longue date, à Lomé.

En appelant hier à la « réconciliation » tout en ajoutant qu’« en cas de contentieux » il existait au Togo « des mécanismes légaux auxquels il peut être fait recours », le Quai d’Orsay a confirmé ce sentiment d’un discours tenu en marge de la réalité. Au même moment, de premiers bilans faisaient état d’au moins onze morts, d’une centaine de blessés par balles et de la fuite dans les pays voisins de centaines de Togolais.

Quelques années plus tôt, sur le dossier ivoirien, Paris eut une attitude similaire, en cherchant à imposer au forceps les accords de Marcoussis. Sans l’ultime recours à la récente médiation de Thabo Mbeki, le président sud-africain, ces accords - réaménagés depuis - seraient probablement restés lettre morte.

Qu’il s’agisse de la Côte d’Ivoire ou du Togo, le constat est flagrant : coupée de ses traditionnels piliers d’influence (Houphouët-Boigny à Abidjan, Mobutu à Kinshasa, Eyadéma à Lomé...), l’ancienne puissance tutélaire est comme privée de boussole sur l’Afrique. Ce n’est pas faute d’avoir été avertie sur les évolutions enclenchées au début des années 90. Ce n’est pas faute d’avoir déjà commis de tragiques erreurs, comme en 1994, au Rwanda. Il faudra attendre plus de dix ans avant qu’il ne soit possible - pour reprendre les mots de l’ambassadeur de France à Kigali - de « parler d’une véritable maturation des esprits » en France.

Patrick de Saint-Exupéry

 

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