Interview RFI

Konaré demande le départ de Faure Gnassingbé

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 24 février 2005, publié sur ufctogo.com

Le président de la Commission de l’Union Africaine, Alpha Omar Konaré, a demandé dans une interview diffusée mercredi par RFI (Radio France Internationale), le départ de Faure Gnassingbé du pouvoir au Togo. Ecouter l’interview au format MediaPlayer (ou compatible)

 

Christophe Boisbouvier : que pouvez-vous faire si jamais le groupe du 5 février, comme vous l’appelez, campe sur ses positions ?

Alpha Omar Konaré : Aujourd’hui nous devons faire confiance au peuple togolais et aux très nombreux patriotes qui sont au sein de l’armée togolaise et à Faure lui-même pour arrêter cette aventure sans issue.

Il y a un schéma qui est mis en oeuvre, il faut le dire, par des mercenaires d’un genre nouveau, qu’on dit constitutionalistes, voulant nous faire croire que Faure va rester, il va faire des élections propres, ... mais il n’en est pas capable ! Sinon pourquoi toute cette précipitation ! Il veut être roi pendant les 2 mois pour rester président. Il faut dire les choses par leur nom. Et Faure demande à ce qu’on lui fasse confiance. Il prête serment ! Quelqu’un qui a violé une constitution la veille, il dit "je jure par la constitution", vous y croyez ? Qu’est ce qu’il a donné comme preuve pour qu’on lui fasse confiance ?

Tout le monde est prêt à aider nos frères togolais, tout le monde sait que la succession Eyadema est difficile. Nous comprenons l’état d’âme de ceux qui sont là aujourd’hui et nous les aiderons. Mais il faut être clair sur la base du droit. Si Faure reste, il ne fera pas d’élections propres !
S’il reste pour organiser des élections, c’est pour garder le pouvoir.

Vous savez parfaitement bien qu’il faut aujourd’hui au Togo des élections ouvertes, des élections transparentes, des élections sans exclusives.

Evidemment nous devons les aider pour qu’il n’y ait pas de règlements de compte.
Les moments dramatiques que nous vivons ne peuvent pas être considérés comme la revanche d’une famille sur une autre, jamais ! Comprenons que nous devons les aider aujourd’hui et la seule chose : Faure doit partir ! C’est ce que tout le monde demande aujourd’hui.

La présidence de l’assemblée doit retrouver sa légitimité. Une fois cela réalisé, la majorité et l’opposition devraient se retrouver sous la houlette de la CEDEAO et de l’Union Africaine pour établir un consensus pour la suite. Nous sommes prêts à aider nos frères togolais. Nous, nous ne pouvons les aider que dans le droit. Il faut qu’une transition s’organise et qu’on veille à ce que les règles du jeu soient claires : se présente qui veut.

Christophe Boisbouvier : Mais Monsieur le président, si Faure reste, en promettant des élections propres aux quelles Gilchrist Olympio pourra se présenter, vous le croirez ou vous ne le croirez pas ?

Alpha Omar Konaré : Je ne croirais pas. Sur quelle base Faure va rester ? Ce n’est pas sur la base du droit. C’est sur la base de la force. Pourquoi s’il reste, il n’organiserait pas des élections pour gagner ? Il n’y a aucune raison aujourd’hui qui me fonde à faire confiance à Faure et au groupe du 5 février. Tous les actes qu’ils ont posés n’inspirent aucune confiance et appellent simplement à leur condamnation.

Christophe Boisbouvier : Et si Faure s’en va ? Et si Natchaba, ancien ami également du président défunt, organise des élections truquées, a quoi aura servi le retour à la légalité constitutionnelle ?

Alpha Omar Konaré : Ce n’est pas possible avec la CEDEAO et l’Union Africaine, ce n’est pas possible que le président de l’assemblée nationale, si c’était lui, vienne organiser des élections trucquées. Nous ne pouvons pas l’accepter. Il faut être clair. Les conditions d’organisation des élections seront établies dans la transparence entre majorité et opposition et toutes les garanties seront données par tous nos partenaires. Mais je
pense que certains ne réalisent pas que le monde change. Et que l’Afrique ne peut pas rester en arrière. Et ce qui s’est passé il y a quelques années, ça n’est plus possible aujourd’hui. Même si nous le voulions, les peuples ne l’accepteront pas. Et ce sera une tragédie.

Christophe Boisbouvier : Alpha Omar Konaré, vous savez qu’au terme de la loi électorale togolaise actuelle et des conditions de résidence pour pouvoir se présenter, Gilchrist Olympio ne peut pas être candidat ?

Alpha Omar Konaré : Ecoutez, c’est une question que vous soulevez. Nous avons dit très clairement que quand la transition sera là, majorité-opposition doivent essayer de trouver ensemble, un consensus vers des élections ouvertes sans exclusives.

Christophe Boisbouvier : Si vous demandez des élections sans exclusives au Togo, les demanderez-vous partout aussi, y compris en Côte d’ivoire ?

Alpha Omar Konaré : En Côte d’Ivoire, les décisions de l’Union Africaine sont très claires. Nous avons toujours souhaité qu’il y ait des élections sans exclusives. Cela n’a jamais fait l’ombre d’aucun doute.
Je pense que le président Mbéki a ce dossier en main. Tout le monde devrait aujourd’hui l’aider pour que nos frères de la Côte d’Ivoire, dans la confiance retrouvée, évitent à ce pays d’autres aventures.

Christophe Boisbouvier : La porte-parole de la présidence nigérianne a évoqué la semaine dernière, une éventuelle intervention militaire du Nigéria au Togo. Au-delà des sanctions politiques, envisagez-vous une intervention militaire au Togo.

Alpha Omar Konaré : Je ne peux pas répondre à cette question parce que je pense qu’on en n’arrivera pas à ce niveau là. Nous faisons confiance au patriotisme des éléments du groupe du 5 février. Nous connaissons beaucoup d’entre eux. Nous sommes sur qu’ils se ressaisiront et accepteront que nous les accompagnions pour permettre au Togo de ne pas aller vers une catastrophe. Et ce que la porte-parole a indiqué : je pense simplement que quand vous lisez les textes de l’Union Africaine aujourd’hui, vous savez bien que les nouvelles dispositions que nous avons sont très claires.
C’est que : en cas de violence sur les civils, d’où que ces violences viennent, aujourd’hui notre organisation a des réponses appropriées.

Christophe Boisbouvier : Dernière question : pourquoi l’Union Africaine est-elle aussi ferme à l’égard du Togo et moins ferme sur d’autres pays ? Est-ce que c’est parce que le Togo est un petit pays sans enjeu ?

Alpha Omar Konaré : Non, surtout pas ! Il n’y a pas de petit pays en Afrique. Il n’y a pas de petit peuple en Afrique ! Et pas parce que le Togo est un petit pays comme vous le dite ! Je ne prends pas cette expression à mon compte mais soyez sur que si cela devait se faire ailleurs, vous verriez notre réaction, quelle que soit la taille du pays.
Parce que nous ne sommes pas seuls en cause, si la CEDEAO ne peut pas, l’Union Africaine est là, les autres régions sont là, et si le morceau est trop gros pour tout cela, la communauté internationale est avec nous.

Christophe Boisbouvier : Mais pour quoi ne vous battez-vous pas avec la même vigueur pour que la présidentielle ait lieu en octobre prochain en Côte d’Ivoire avec un accès libre pour tous les candidats ?

Alpha Omar Konaré : Chaque conflit a son histoire. Ce que je veux vous dire aujourd’hui clairement : c’est la tolérance zéro pour les coups d’Etat. Tout le monde avance et l’Afrique est en train de régresser. Une des raisons, ce sont ces conflits, c’est cette instabilité. Ce que je voudrais ajouter, c’est que nous devrions de plus en plus apprendre à appliquer le principe de non-indifférence. Je ne vous citerai pas de pays, je ne vous citerai pas de cas, mais cet exemple que nous sommes en train de vivre, peut se reproduire ailleurs, si nous n’usons pas du principe de non-indifférence, si nous ne veillons pas à ce que les régimes dit "légaux" se parent toujours de la légitimité, nous aurons toujours affaire à de telles situations.
Mais même dans ces cas, il ne faut pas permettre à des gens qui viennent au pouvoir par la force, d’organiser des élections et de rester là.

Christophe Boisbouvier : Pas d’élections truquées pour valider un coup d’Etat ?

Alpha Omar Konaré : Non, ne pas s’inscrire dans la logique où des gens qui font un coup d’état, font les élections. S’ils veulent une légitimité populaire, ils doivent permettre l’organisation correcte d’une transition pour ne pas fausser les règles d’une transition.

 

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