Droits de l’homme

Journée mondiale de la liberté de la presse 2004

par Reporters Sans Frontières (RSF) , le 3 mai 2004, publié sur ufctogo.com

Gnassingbé Eyadéma compte bien au nombre des prédateurs de la liberté de la presse. La méthode qui consiste à acheter des journalistes avec des espèces sonnantes et trébuchantes ne fait pas illusion... A cet égard, le rapport de Reporters sans frontières est on ne peut plus édifiant.

 

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Afrique

La presse indépendante en danger

L’année 2003 n’a pas été particulièrement bénéfique à la liberté de la presse en Afrique. Deux journalistes ont été tués en Côte d’Ivoire, un troisième a probablement été exécuté en République démocratique du Congo. Les arrestations se sont multipliées et la presse indépendante est en voie de disparition dans plusieurs pays.

Les guerres et conflits qui perdurent dans certains Etats africains sont pour beaucoup dans cette dégradation de la situation. En Côte d’Ivoire, au Liberia et à l’est de la République démocratique du Congo, les dangers se sont amplifiés pour les professionnels de la presse. Les armées régulières, les nombreux mouvements rebelles ou les milices à l’œuvre dans ces pays, qui accordent une importance accrue au contrôle de l’information, se sont montrés particulièrement menaçants envers les reporters de la presse locale ou internationale. Couvrir un conflit en Afrique s’avère de plus en plus dangereux.

Les journalistes ont, par ailleurs, fait les frais de la répression systématique de régimes vieillissants et de dirigeants qui s’accrochent au pouvoir. Dans le Cameroun de Paul Biya, le Gabon d’Omar Bongo, la Guinée de Lansana Conté, la Guinée équatoriale d’Obiang Nguema, le Rwanda de Paul Kagame, le Togo de Gnassingbé Eyadéma et le Zimbabwe de Robert Mugabe, la presse est victime de l’immobilisme politique et de l’autoritarisme. Ces chefs d’Etat, toujours plus intolérants envers la presse indépendante ou d’opposition, mettent tout en œuvre pour garder la mainmise sur l’information. Qu’ils utilisent la manière forte, comme au Zimbabwe, ou des procédés plus insidieux, comme au Gabon ou au Rwanda. Alors qu’ils ont déjà souffert, depuis le début des années 90, de l’obstination des journaux indépendants à prôner l’alternance démocratique, tous freinent des quatre fers, aujourd’hui, devant la libéralisation du secteur audiovisuel. L’Etat conserve un monopole sur la radio et la télévision dans une dizaine de pays d’Afrique subsaharienne.

Ces médias d’Etat sont étroitement surveillés. Leurs journalistes sont soumis à de fortes pressions, de la part de leurs responsables ou de représentants du gouvernement. Chaque année, plusieurs d’entre eux sont licenciés abusivement pour ne pas s’être conformés à la ligne éditoriale définie par le ministère en charge de l’information. Ainsi, au Swaziland, les employés de la radio-télévision nationale n’ont pas le droit de donner la parole à l’opposition ou de critiquer le roi, sous peine d’être immédiatement renvoyés. Au Zimbabwe, la presse publique est aux ordres du puissant ministre de l’Information, Jonathan Moyo, et n’hésite pas à attaquer avec virulence les médias privés. Dans de nombreux pays, les radios et télévisions d’Etat se montrent particulièrement dociles et favorables aux dirigeants en place en période de campagne électorale.

Le pluralisme de l’information menacé

La presse indépendante se raréfie sur le continent africain. Entre autres exemples inquiétants : la fermeture du Daily News au Zimbabwe, la suspension de plusieurs médias au Gabon, le maintien de l’interdiction de la presse privée en Erythrée, le harcèlement intense du seul journal d’opposition à Djibouti ou la censure momentanément imposée aux radios du Burundi et du Tchad. A la censure directe et brutale, sont venues s’ajouter des méthodes plus sournoises pour faire taire les voix discordantes. Des journaux d’opposition ont été rachetés par le pouvoir, d’autres ont été créés par ces mêmes dirigeants pour faire croire à une diversité de la presse, des boycotts publicitaires des médias les plus critiques ont été initiés par les gouvernements de plusieurs pays.

Par ailleurs, l’exode des journalistes africains se poursuit. Ils sont chaque année de plus en plus nombreux à fuir devant les menaces et les représailles qui rendent leur travail impossible. Ainsi, le Cameroun ou la République démocratique du Congo se vident, peu à peu, de leurs reporters, entraînant souvent la fermeture de journaux ou de radios.

Parallèlement, la situation de la liberté de la presse s’est durcie dans des pays traditionnellement cités en exemple pour leur modernité et leur respect de l’Etat de droit. Au Niger et au Sénégal, la liberté d’expression a subi de sérieux revers en 2003. L’expulsion de la correspondante de RFI à Dakar, la fermeture d’une dizaine de radios privées, puis l’emprisonnement à Niamey de l’un des journalistes les plus connus du pays sont des indices forts de ce durcissement de la répression envers la presse. Dans une moindre mesure, au Mali, l’arrestation de trois journalistes, pour la première fois depuis de longues années, est venue rappeler que la liberté de la presse n’est jamais un acquis.

Condamnation des médias de la haine

Les médias de la haine ont également été au cœur de l’actualité en 2003. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et les procès de Nuremberg, des journalistes ont été condamnés pour avoir incité au meurtre et à la violence. Trois anciens responsables de médias rwandais ont ainsi été condamnés à des peines de trente-cinq ans de prison ou à la perpétuité pour avoir "incité au génocide" de 1994. Ce jugement du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a consacré l’aboutissement de plusieurs années d’instruction et de procédure pour établir la responsabilité de certains médias dans la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes. Il est souhaitable que ce verdict résonne comme un avertissement pour ceux qui continuent de sévir sur le continent. En Côte d’Ivoire, par exemple, plusieurs journaux jettent régulièrement de l’huile sur le feu, attisant les haines envers les étrangers et dressant les communautés les unes contre les autres. Malgré plusieurs rappels à l’ordre des Nations unies et de l’Union européenne, la situation ne s’était pas améliorée au 1er janvier 2004.

Une seule bonne nouvelle néanmoins : la lutte contre l’impunité a porté ses fruits, pour la première fois, en Afrique. Fin janvier 2003, six personnes ont été condamnées à de lourdes peines de prison, à l’issue d’un procès exemplaire, pour l’assassinat du journaliste Carlos Cardoso, au Mozambique. Ce cas mérite d’être souligné. Il doit servir d’exemple à suivre pour les autres Etats africains et montrer aux assassins de journalistes qui sont toujours en liberté en Angola, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Nigeria ou ailleurs, que eux aussi devront, un jour, répondre de leurs actes.

Jean-François Julliard, responsable de l’information de Reporters sans frontières

Pour plus d’informations, lire : Togo - Rapport annuel 2004

 

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