8 mars 2004

Journée Internationale de la Femme : Contribution de la femme togolaise

par Pélagie Noussoukpoe , le 12 novembre 2003, publié sur ufctogo.com

La femme ne doit pas dormir en ce disant que quand l’UFC sera au pouvoir, puisque se sont des démocrates ils penseront à nous. Pour que l’UFC pense à la femme, il faut que cette dernière s’implique dès maintenant dans le combat pour la liberté. Nous ne devons pas nous complaire dans notre situation d’exilées ou de nanties. Nous devons penser à nos sœurs qui tombent chaque jour sous les balles de la dictature. Nous devons nous impliquer davantage dans la lutte pour l’indépendance véritable de notre chère Patrie.

 

LE ROLE DE LA FEMME A TRAVERS LE MONDE

Mesdames,Mesdemoiselles,Messieurs chers camarades.

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Jusqu’à la 2nd guerre mondiale, la femme avait un rôle traditionnel, s’occupant essentiellement de son foyer. Très peu d’entre elles étaient scolarisées. Elles n’avaient pas le droit de vote. Un fait retient notre attention : dans les années 1800, une femme en Europe eu la chance miraculeuse de devenir avocate. Mais n’ayant pas l’autorisation d’exercer, elle termina sa vie comme secrétaire d’un avocat avec qui ils avaient pourtant les mêmes diplômes. Cette situation allait changer. En effet, pendant la guerre les hommes étant au front, les femmes étaient contraintes de les remplacer dans les usines. C’est à partir de là qu’elles prirent conscience de la possibilité qu’elles avaient de faire comme les hommes. Cette prise de conscience sera concrétisée après la guerre par la naissance entre autre du mouvement féministe qui avait pour objectif l’émancipation de la femme. C’est ainsi que ce mouvement gagna les batailles tels que le droit de vote, le droit à la scolarisation, le droit de porte clé. L’un de leur succès éclatant fut l’adoption par les Nations Unies du 8 mars comme étant la Journée Internationale de la femme. Pourquoi le 8 mars ? Le 8 mars 1817, les roturières de Chicago, aux Etats Unis, qui revendiquaient les meilleurs salaires et les meilleures conditions de travail furent brûlées vives dans leur usine. Elles étaient au nombre de 102. La Journée du 8 mars rend donc hommage à la femme.

Après la 2nd guerre mondiale , les peuples africains réclamèrent leur indépendance. Le fait le plus marquant sera la guerre d’Algérie, où les femmes luttaient farouchement au côté des hommes. Il faut noter que parmi les pays colonisés, l’Algérie est l’un des rares pays à avoir conquit son indépendance les armes à la main. A la suite du conflit armé entre la France et l’Algérie, craignant que partout en Afrique naissent des mouvements nationalistes De Gaule décida d’octroyer leur indépendance à tous les pays colonisés. Il est important de souligner que ces indépendances étaient un leurre, car le gouverneur blanc a purement et simplement été remplacé par le gouverneur noir c’est à dire les présidents africains qui sont là pour assurer les intérêts de la France.

LA FEMME TOGOLAISE

La lutte de la femme togolaise aux côtés des hommes en ce moment là mérite d’être évoquée.

Laissons parler Mr TETE GODWIN dans son livre histoire du TOGO 1940-1960 : Assurément, la participation des femmes à la lutte pour l’indépendance du Togo constitue un phénomène sociologique curieux, digne d’une attention particulière. A vrai dire, avec la naissance des partis politiques à compter de 1946 les femmes togolaises, notamment les revendeuses de Lomé vont livrer au monde un extraordinaire exemple de patriotisme. Elles vont apparaître comme un véritable pivot du combat ; les incontournables animatrices et pourvoyeuses de fonds des partis et de la vie politique du pays.

LE ROLE POLITIQUE ECONOMIQUE ET SOCIAL DE LA FEMME TOGOLAISE

Nos braves grand-mères, mères, aînées n’avaient pas attendu 1946 pour s’attaquer à la citadelle impérialo-colonialiste française. Souvenons-nous que la mémorable révolte des 24 et 25 janvier 1933 à Lomé fut essentiellement le fait des femmes. En effet, les femmes se sont révoltées contre l’administration coloniale française, parce que la grande crise économique qui a démarré aux Etats Unis en 1929 avait touché tous les pays y compris les colonies. C’est justement cette crise qui conduira à la 2nd guerre mondiale. Le Gouverneur français du nom de DE GUISE cru bon de résoudre les problèmes financiers du territoire en créant de nouveaux impôts et en augmentant le taux de ceux existants, parmi lesquels les taxes que les vendeuses devaient payer.

Sous l’instigation du Mouvement DUWAWU (ensemble du peuple),
les femmes se soulevèrent et cela donna lieu à une tuerie camouflée de la part de l’Administration coloniale qui fit venir les tirailleurs. Il y a eu 20 morts parmi les populations civiles.

Il faut noter que le patriotisme ardent et agissant des femmes togolaises ne se limite point aux revendeuses de la capitale. A la vérité l’engagement politique actif ou la simple sympathie des femmes de chez nous n’aura guère été la chasse gardée d’une seule région ou catégorie socioprofessionnelle. Le patriotisme aura gagné toutes les couches féminines de notre pays.

En remontant dans le temps nous voyons que dès 1940 elles ont pris une part très active dans la création du Comité de l’Unité Togolaise et le combat pour l’Ablode ! Leurs cotisations servaient les dirigeants politiques à payer leurs voyages et leurs séjours en Europe et aux Etats Unis comme pétitionnaires pour la cause de l’indépendance. Elle ont par leur intelligence créé des slogans et les chants qui évoquaient les stratégies et les objectifs pour l’indépendance. Et quand il fallait faire preuve de courage pour affronter l’appareil répressif de l’Administration coloniale, elles étaient au devant de la scène.

Ecoutons notre sœur Ginette kponton par le biais de Mr TETE GODWIN : l’action soutenue, courageuse et réellement désintéressée des femmes a été le gage du succès des partis nationalistes. Leur détermination et leur fidélité ont été inébranlables : bastonnades, morts, répudiations par leur époux qui, appartenant à la fonction publique craignaient d’éventuelles représailles ; rien ne les fit fléchir jusqu’à la victoire de 1958. Le respect scrupuleux des consignes des partis, surtout en ce qui concerne les partis d’opposition s’est traduit dans l’expression du vote féminin.

S’il est vrai que l’argent est le nerf de la guerre, alors il devient réel que la guerre libératrice du Togo pour s’affranchir du joug colonial aura été très largement la guerre des togolaises. Essentiellement pour l’envoi des pétitionnaires à la tribune des Nations Unies. Et pour bien apprécier cet autre volet de la part prise par les femmes dans la lutte il apparaît intéressant de connaître les grandes lignes des différentes catégories des commerçantes qui l’ont consenti : Ce sont les femmes détaillantes, semi grossistes et grossistes. Le climat d’émulation qui présidait à toutes leurs activités à l’intérieur des partis a favorisé la rentrée des fonds à tel point que certains hommes ne reconnaissent aux femmes que le rôle de soutien financier dans la lutte pour l’indépendance. Il est admis que le plus gros effort financier a été fait par les femmes.
Un exemple de cette détermination : Il est arrivé une fois entre autres que les cotisations statutaires régulières ne suffisant pas, les femmes ont été obligées de faire une cotisation spéciale pour permettre à Mr Sylvanus OLYMPIO de payer 5 050 992 francs CFA en 2 jours. C’était le montant d’une amende due à l’administration coloniale pour « non déclaration d’avoir à l’étranger » en Gold Coast, l’actuel Ghana.

Quelques anecdotes : La délégation onusienne était arrivée à Lomé. Les nationalistes avaient préparé une pétition d’une haute importance à leur remettre mais l’Administration coloniale s’était farouchement opposée à cette initiative. Les leaders politiques se sont réunis pour trouver une solution. Ils ne savaient quoi faire ; c’est ainsi qu’une femme du nom de BAYI demanda qu’on lui remette la pétition au grand étonnement de tout le monde. Elle s’habilla déguisée en folle et réussit à remettre le courrier aux responsables des Nations Unies. Cette histoire fera couler beaucoup d’encre.

Le 13 janvier 1963, envahi par une insondable affliction, notre regretté Kwami Bonito Herbert (fils de Sylvanus OLYMPIO) interpellait les femmes dans les rues de Lomé.
Lorsque les femmes sont venues aux obsèques de Sylvanus OLYMPIO en délégation, Mme OLYMPIO leur a demandé comment se portaient leurs époux ? la porte parole répondit qu’ils se portaient bien et Mme OLYMPIO d’ajouter sont-ils venus avec vous ? la porte parole répondit qu’elles étaient venues en éclaireuses pour s’assurer que le chemin est libre et sans danger.

En 1946 nous assistons à l’élection de l’Assemblée Représentative du Togo. Il est dit ceci : pour être éligible tous les hommes et toutes les femmes doivent avoir plus de 23 ans d’âge, savoir lire et parler couramment français et domiciliés depuis au moins 3 ans au Togo. L’Assemblée Représentative du Togo était composée de 30 membres, 6 français et 24 non français. On notera l’absence des femmes dans cette Assemblée.

Tout au long de cet exposé nous avons démontré avec des exemples à l’appui comment la femme togolaise s’est sacrifiée pour l’indépendance de son pays. Est-il possible qu’après tant de sacrifices, son compagnon de lutte l’ait oublié ? Que s’est-il passé ? Nous constatons entre autres que les conditions d’éligibilité la condamnait d’avance (savoir lire et parler couramment français). Cependant un fait important est à noter : Le Togo a été tour à tour colonisé par les Allemands, les Anglais, les Français ne sont venus qu’après la défaite de HITLER.

Mais une chose est sûre ; Le père de l’indépendance du Togo avait un projet pour la femme togolaise comme le souligne les différents témoignages que nous venons de noter.
Nous pouvons avancer ici pour fermer ce volet que Sylvanus OLYMPIO fut un précurseur authentique du féminisme.
Il est entendu que le père de l’indépendance du Togo, Le Président Sylvanius OLYMPIO n’a pas eu le temps de mettre en pratique sa politique en faveur de la femme togolaise. Après son assassinat, le Gouverneur noir, qui n’est autre que son assassin s’empressa d’assujettir les quelques femmes lettrées ou intellectuelles. Elles étaient au service du parti unique. C’est ainsi que nous assistons comme à une ruée vers l’or, à l’implication de la femme dans les groupes d’animation. Les femmes idéologues zélées du RPT ont fait comprendre à la femme togolaise que son émancipation signifiait chanter les louanges du « guide éclairé » D’ailleurs qui plus que la femme intellectuelle togolaise pouvait mieux tromper sa sœur ? Ainsi, au temps du RPT triomphant, l’émancipation de la femme se résumait à chanter et à danser. Et tout ceci a eu pour conséquences la dépravation des mœurs, la délinquance juvénile, le taux élevé
d’analphabétisation surtout chez la jeune fille sans oublier la conséquence la plus importante de toutes à savoir le manque d’autorité dans la famille, qui entraînera à son tour un taux élevé de divorces ou de séparations. 40 ans après les conséquences de cette politique d’abrutissement sont énormes. La jeunesse dans son ensemble ne voyant aucun avenir au Togo, se lance de plus en plus sur le chemin de l’aventure, en espérant trouver un hypothétique travail. Certains n’hésitent pas à traverser des océans sur des embarcations de fortune. Tout cela nous l’avons dit est la conséquence d’un gouvernement incapable de trouver de véritables solutions aux problèmes du peuple ; un peuple pourtant travailleur.

Comme en 1960 pour les indépendances en Afrique, devant la dégradation de la situation politique économique et sociale et particulièrement au niveau des violations des droits de l’homme en Afrique, la France convoqua la Conférence de la Baule d’où émergea l’idée des conférences nationales souveraines. Suite à la manifestation de la jeunesse togolaise du 5 octobre 1990, une conférence nationale fut convoquée en 1991. Cette conférence donna naissance au multipartisme. C’est l’occasion de rendre un vibrant hommage à la jeunesse togolaise, toujours à l’avant garde du combat, à la femme togolaise, celle là qui se bat chaque jour pour faire sortir sa sœur de l’oubli, de l’analphabétisme, de l’ignorance, de l’humiliation, de la misère, du poids des traditions et des autres maux qui l’accablent.

Tout au long de cet exposé nous avons montré à travers l’histoire le rôle joué par la femme pour son émancipation. L’avènement du multipartisme nous donne une seconde chance. La femme togolaise a un rôle à jouer pour elle même et pour le développement du Togo surtout à l’heure où nous traversons une crise sans précédent. En effet un parti comme l’UFC accorde une place importante aux droits de la femme. Voici ce que l’UFC préconise pour la femme :

OBJECTIFS

-  Garantir une Société où la femme et l’homme seront à égalité de véritables partenaires du développement et de l’action politique à tous les niveaux.
-  Problèmes : malgré le rôle important que les femmes togolaises ont joué et jouent encore sur le plan politique économique et sociale dans leur pays, elles demeurent la catégorie sociale la plus affectée par l’analphabétisme et l’extrême pauvreté. Aujourd’hui, l’Assemblée Nationale compte 4 % de femmes et le Gouvernement 7 % alors que 53 % participent aux activités économiques.


PROGRAMME D’ACTION

-  Eliminer la discrimination dont souffre la femme ; à cette fin :
-  Inscrire la question d’égalité des sexes dans les programmes scolaires pour faire connaître les droits de la femme ;
-  Promouvoir l’accès des femmes aux emplois rémunérateurs de niveau social élevé ;
-  Réformer les lois pour sauvegarder la dignité de la femme ;
-  Encourager les Institutions Gouvernementales à mener des actions positives en faveur des femmes ;
-  Valoriser le statut socio-économique de la femme ; à cette fin :
-  Faciliter l’accès des femmes aux ressources productives grâce à des facilités de crédit et à la technologie (micro crédit et coopérative) ;
-  Favoriser le recrutement et le succès des femmes à tous les niveaux d’éducation ;
-  Améliorer l’état de santé et la nutrition de la femme ;
-  Renforcer les Institutions susceptibles de promouvoir l’égalité des sexes, à cette fin :
-  Consolider les structures de coordination des activités des femmes, y compris à l’échelon des collectivités locales ;
-  Sensibiliser les décideurs politiques.

Mais la femme ne doit pas dormir en ce disant que quand l’UFC sera au pouvoir, puisque se sont des démocrates ils penseront à nous. Pour que l’UFC pense à la femme, il faut que cette dernière s’implique dès maintenant dans le combat pour la liberté. Nous ne devons pas nous complaire dans notre situation d’exilées ou de nanties. Nous devons penser à nos sœurs qui tombent chaque jour sous les balles de la dictature .Nous devons nous impliquer davantage dans la lutte pour l’indépendance véritable de notre chère Patrie.

Nous n’attendrons pas que notre pays se vide de toute sa jeunesse, que les vieux meurent de faim et de soif, que nos sœurs meurent en donnant la vie ! Réveillons nous car il y a urgence. C’est grâce à Winnie NONZAMO MANDELA que le système hideux d’apartheid a été abolit, que MANDELA a accédé au pouvoir dans une Afrique du Sud libre. Cette femme est un exemple de détermination, de sacrifice ; elle aura puisé dans son génie pour que le cri de détresse des Sud Africains noirs traverse les océans.

Cette femme est un monument vivant. Chacune d’entre nous peut être une Winnie MANDELA ou une BAYI et bien d’autres combattantes, il suffit de le vouloir. Que la femme togolaise soit paysanne, vendeuse ou intellectuelle le pays a besoin de toutes ses forces vives pour se libérer de la tyrannie et de l’oppression ; car en réalité plus que l’homme, ce sont les femmes qui souffrent le plus. Mobilisons nous derrière le projet de société de l’UFC pour lui accorder toutes les chances de se réaliser un jour.

En conclusion, pour que la femme togolaise joue un rôle important dans le développement politique économique et sociale de son pays elle a plusieurs défis à relever ; elle doit travailler pour améliorer le niveau scolaire de la jeune fille, elle doit se former politiquement cela lui permettra de savoir qui est véritablement l’ennemi du peuple. Nous devons nous rappeler que du temps de Sylvanus OLYMPIO, avec son soutien les femmes avaient formé l’UFEMTO (L’union des femmes du Togo). Cette Organisation qui réunissait les vaillantes combattantes d’Ablode a joué un rôle déterminant de fer de lance dans les derniers corps à corps décisifs qui précédèrent la saisissante victoire du 27 avril 1958.

VIVE LA FEMME

VIVE LA FEMME TOGOLAISE

VIVE LA LUTTE POUR LA DEMOCRATIE

ABLODE GBADZA !!!

Je vous remercie.

Pélagie Noussoukpoe - 8 NOVEMBRE 2003 à la bourse du travail 29 bld du Temple 75003 Paris Métro République

 

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