Soudan

John Garang assassiné ?

par La Nouvelle Expression (Cameroun) , le 1er août 2005, publié sur ufctogo.com

Question de la rédaction : avec une forte odeur de pétrole et de Françafrique dans la région, faut-il établir un lien entre l’accident d’avion dont a été victime John Garang et les autres accidents d’avions célèbres sur le continent africain ?

 

De retour d’une visite officielle en Ouganda samedi dernier, le vice-président soudanais a trouvé la mort à la suite du crash de l’hélicoptère qui le transportait.

John Garang, ex-chef rebelle du Sud du Soudan devenu premier vice-président de la République, est mort trois semaines exactement après sa prise de fonction au palais présidentiel de Khartoum. Sa disparition plonge le Soudan dans la tristesse et ses anciens camarades d’armes dans un profond désarroi. C’est comme si le ciel tombait sur la tête du peuple soudanais. C’est une population en émoi qui réalise soudain que l’un des principaux artisans de l’accord global de paix et de la réconciliation nationale n’est plus. Le communiqué du président de la République soudanaise, Omar El-Bechir, qui a été lu à la télévision nationale le jour du drame est formel : “ l’appareil du premier vice-président John Garang s’est écrasé après avoir percuté la chaîne de montagne des Amatonj au sud du Soudan, en raison de problèmes de visibilité et il en a résulté la mort de John Garang et de six personnes qui l’accompagnaient aussi que les sept membres de l’équipage de l’appareil ougandais ”.

Cruel destin.

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John Garang, leader de l’Armée de libération populaire du Soudan (SPLA) a-t-il été assassiné ?

Agé de 60 ans, John Garang se retire de la scène politico-militaire du Soudan qu’il a marquée de son empreinte d’ardent militant et combattant de la cause des populations noires martyrisées du sud du Soudan. Après pratiquement 22 ans (1983-2005, voir encadré) de jeunes opposant les troupes gouvernementales à l’armée populaire de libération du Soudan (Spla), encore appelé Mouvement de libération du peuple du Soudan (Splm), un accord global de paix historique a été signé le 9 janvier 2005 à Naïrobi, au Kenya. C’est dans le cadre de cet accord de paix que John Garang a prêté serment le 9 juillet dernier à Khartoum comme premier-vice président du Soudan. Leader charismatique et stratège militaire, John Garang a fait ses études en Grande Bretagne, avant de les parachever dans les écoles civiles et militaires des Etats-Unis. Après avoir appris le métier des armes et reçu une formation en économie dans l’Iowa, il entre dans les rangs des révoltés Anyaya, en 1970. Il intègre deux ans plus tard, l’armée régulière. Il devient vite colonel et reçoit une formation dans l’infanterie américaine, à Fort Benning, en Georgie. En septembre 1983, il déserte l’armée régulière et refuse de réprimer les mécontents sudistes qui s’opposent à l’application de la loi islamique (la charia) imposée par le général Jaafar Nimeyri. Des années durant, il a dirigé la résistance et organisé la rébellion sudiste. Ceci, jusqu’à la signature de l’accord de paix du 9 janvier 2005 qui lui garantissait à lui et à son successeur au sein du Splm/Spla les justes de premier vice-président de la République et de président du gouvernement autonome du Sud du Soudan. Sa succession risque de reveiller bien des convoitises, des blessures et donner lieu à des batailles fratricides de leadership. Sous l’arbitrage plus ou moins intéressé du président Omar el Béchir. Déjà, l’annonce et la confirmation de la mort de John Garang et des treize personnes présentes dans l’hélicoptère ont provoqué des violences et émeutes dans le sud du pays.

Quel destin cruel pour ce révolutionnaire qui disparaît, comme l’ex-premier président Mozambicain Samora Machel, dans un étrange accident d’avion ! Quel destin tragique pour ce héros de la libération qui meurt également comme Barthélemy Boganda, le père de la nation centrafricaine dont l’aéronef s’est crashé sur les hauteurs de Berberati ! Faut-il établir un lien entre l’accident d’avion dont a été victime John Garang et les autres accidents d’avions célèbres sur le continent africain : l’ancien secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu), le suédois Dag Hammarskjöld est mort dans un accident d’avion en septembre 1961, à Ndola, au nord de la Zambie. Dans des conditions non encore élucidées, alors qu’il s’attelait à trouver une solution aux crises de l’ex-Congo-Belge (actuelle République démocratique du Congo). On peut également citer l’accident d’avion (vraisemblablement un attentat) qui a provoqué le 6 avril 1994 la mort des présidents Juveanal Hobyarimana du Rwanda et cyprien Ntaryamira de Burundi. Accident ayant servi de “ prétexte ” ou de “ coup d’envoi ” d’atroces massacres. La minorité Tutsi rwandaise allait être victime d’un véritable génocide organisé par les milices extrémistes Hutu et des génocidaires du régime. Lesquels étaient opposés à la mise en œuvre de l’accord de paix conclu en 1993 entre le gouvernement rwandais et les rebelles tutsi du Front patriotique rwandais (Fpr).

Au Burundi, la disparition tragique du président cyprien Ntaryamira, qui succédait au président démocratiquement élu Melchior Ndadaye assassiné le 21 octobre 1993, a favorise une série d’affrontements intercommunautaires permanents. Ces exemples historiques tendent à démontrer qu’aucune piste ne doit être écartée dans l’enquête relative au crash de l’hélicoptère du vice-président John Garang. Les enjeux sont énormes dans le processus de paix qui pourrait éventuellement déboucher sur l’indépendance du sud du Soudan. Or, les provinces pétrolifères sont situées au sud. Il n’y a pas de pétrole au Nord. Comment réagirait le gouvernement de Khartoum si dans six ans les populations du sud choisissent l’indépendance et non pas le maintien dans la confédération ? La disparition de John Garang est-elle la résultante d’une “ équation ” autour de la question du pétrole ? Qui succèdera à John Garang et à quelle tendance du mouvement appartiendra-t-il ? A qui profite la mort de John Garang ? Le président Omar El Béchir a affirmé que la mort du premier vice-président renforçait sa détermination à poursuivre le processus de paix. Au-delà des pleurs, de la compassion et des regrets sur l’événement qui attriste le Soudan, il faut s’interroger sur la capacité des collaborateurs de John Garang à demeurer soudés autour des positons que défendait le chef défunt. Ainsi que sur les chances et les menaces à la paix susceptibles de ruiner les espérances. Les conflits du Darfour et à l’Est du Soudan rappellent sans cesse l’urgence qu’il y a à sauvegarder la paix dans ce pays déchiré.

Edmond Kamguia K.

 

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