Interview

Jean-Pierre Fabre "La volonté de marginaliser l’UFC et d’organiser des élections frauduleuses est manifeste ! "

par Forum de la Semaine (Togo) , le 30 octobre 2006, publié sur ufctogo.com

« En ce qui nous concerne, nous sommes déterminés à poursuivre la lutte que nous avons commencée depuis des décennies pour restaurer la démocratie et l’Etat de droit dans notre pays. Voilà pourquoi nous demeurons dans le processus avec la conviction que la très grande majorité du peuple togolais épris de paix, de liberté et de justice comprend nos positions et soutient notre lutte ».

 

Monsieur le Secrétaire Général, quelle est la réaction de votre parti, l’Union des forces de changement suite à la désignation de M. Tozim Potopéré comme Président de la CENI ?

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Jean-Pierre FABRE : Bien entendu, nous sommes déçus. Nous sommes également très inquiets. Nous sommes déçus, parce que nous avions un très bon candidat au poste de président. Nous avons pu penser que la volonté d’ouverture et d’apaisement qui nous animait tous à la signature de l’Accord Politique Global (APG) aurait facilité, compte tenu du partage actuel du pouvoir au sein de l’exécutif, un consensus sur l’attribution de ce poste à l’UFC. Nous nous rendons une fois encore à l’évidence que la volonté d’exclusion de l’UFC est totale.

Nous sommes inquiets parce que nous avons l’impression qu’une alliance objective des participants au gouvernement, a tenté et réussi à imposer dans la désignation du président de la CENI, un schéma convenu à l’avance. Il est en effet incompréhensible qu’un aréopage aussi averti puisse choisir comme président un membre sans voix délibérative. Comment peut-on présider alors qu’on n’est pas habilité à prendre part à la prise de décision ? Car il s’agit bien de présider et non d’arbitrer.

Nous voulons préciser que la présence de représentants du gouvernement à la CENI a fait l’objet d’âpres discussions notamment entre l’UFC et le RPT et n’a finalement été acceptée par la facilitation qu’à condition que ces représentants du gouvernement n’aient pas voix délibérative. Et ceci nul ne l’ignore puisque cela a été invoqué, sans aucune contestation, par au moins deux délégations dont celle de l’UFC, pour désapprouver et rejeter le principe même de la présidence de la CENI par un représentant du gouvernement.
Naturellement nous sommes en total désaccord avec ce schéma et nous n’avons pas manqué de le faire savoir. Nos représentants à la CENI ont émis les plus vives réserves sur cette désignation et ont exigé que ces réserves soient consignées au procès-verbal. La délégation de l’UFC a également exigé que le communiqué de la CENI rendant publique la désignation de son président mentionne ses réserves. Elle s’est vue opposer une fin de non recevoir catégorique, au motif qu’il est loisible à l’UFC d’en faire état dans son propre communiqué. Voilà comment aujourd’hui, on prétend que le président a été désigné par consensus. Information tronquée relayée par toutes les agences de presse.

Notre inquiétude est d’autant plus grande que les manquements s’accumulent dans la mise en œuvre de l’Accord Politique Global sans que les signataires, en dehors de l’UFC, ne tirent la sonnette d’alarme. Nous ne voulons pas revenir sur les nombreux manquements déjà relevés par l’UFC. Par contre, nous nous interrogeons :

Quel motif peut justifier le silence des signataires de l’APG face à la présence à la CENI, d’un magistrat, en l’occurrence le président de la Cour d’Appel, en tant que représentant d’un parti politique, le RPT, en violation du statut des magistrats ?

Comment peut-on comprendre qu’une Cour Constitutionnelle discréditée du fait de se forfaitures répétées, et dont la réforme est demandée par l’APG, reçoive le serment des membres de la CENI, organe lui-même créé par cet APG ?

Sur toutes ces questions, l’UFC en ce qui la concerne, saisira le Comité de Suivi de l’APG, dès qu’il sera mis en place.

Pensez-vous être victime d’une manoeuvre du pouvoir pour écarter votre partie des instruments de surveillance du processus électoral ?

J-P F : Cet acharnement à nous empêcher de détenir un rôle significatif dans les institutions qui concourent à la mise en œuvre de l’APG et à l’organisation des élections, pose effectivement problème.

Nous pensons que si toutes les parties avaient le souci de voir se tenir des élections réellement transparentes, libres, équitables et démocratiques, il n’y aurait aucune difficulté à nous confier des responsabilités de premier plan qui reflètent notre place sur l’échiquier politique national. En conséquence, cette obstination à nous exclure de ces institutions ne peut que traduire, à notre sens, une volonté d’organiser des élections frauduleuses.

Il y a lieu de faire remarquer que le RPT entend verrouiller le processus électoral soit lui-même soit par l’intermédiaire de ses chevaux de Troie que sont la CPP au ministère de l’administration territoriale et le PDR qu’il a tenté d’imposer sans succès à la présidence de la CENI.

A défaut d’imposer le PDR à la présidence de la CENI, le RPT a réussi avec le soutien de tous les autres à imposer une alternative qui lui permet de parvenir à ses fins.

Sur un autre plan, l’opposition du RPT et de ses satellites à la candidature du représentant de l’UFC à la présidence de la CENI, confirme s’il en est encore besoin que, contrairement à certaines déclarations, le pouvoir RPT n’a jamais eu l’intention de confier le poste de Premier Ministre à l’UFC.

Que comptez-vous faire actuellement ? Vous retirer du processus ou continuer malgré cet état de marginalisation ?

JP Fabre : Nous avons été candidat au poste de président de la CENI. Nous avions des chances d’être désigné comme de ne pas l’être. Face à l’hostilité à notre égard, nous avons même proposé, puisqu’il s’agissait de trouver un candidat de compromis, de rechercher celui-ci parmi les membres de la CENI ayant voix délibérative, et qui n’étaient pas en compétition. Cela nous a été refusé y compris par le parti que nous avons sollicité à cet effet, et qui visiblement n’était pas gêné de soutenir le choix d’un membre de la CENI sans voix délibérative comme président.

Nous ne contestons pas le choix d’un autre membre de la CENI que nous, comme président. Ce que nous n’acceptons pas c’est que ce choix se soit porté sur un un membre, représentant du gouvernement sans voix délibérative et donc non habilité à participer à la prise de décision. Il ne faut pas oublier que les représentants du gouvernement ont été unilatéralement désignés par le pouvoir RPT. Dans ces conditions, il est évident que ces représentants du gouvernement n’ont aucune neutralité politique !

La volonté de marginalisation est manifeste. Mais elle n’est pas nouvelle. Nous y sommes confrontés depuis longtemps. On aurait pu croire qu’avec la signature de l’APG qui a suscité des espoirs d’apaisement et de réconciliation nationale, les choses se passeront autrement.

En ce qui nous concerne, nous sommes déterminés à poursuivre la lutte que nous avons commencée depuis des décennies pour restaurer la démocratie et l’Etat de droit dans notre pays. Voilà pourquoi nous demeurons dans le processus avec la conviction que la très grande majorité du peuple togolais épris de paix, de liberté et de justice comprend nos positions et soutient notre lutte.

Voyez-vous, la marginalisation dont vous parlez vient de la classe politique et du pouvoir RPT. Je peux vous dire qu’elle ne nous effraie pas. Tant que nous ne nous sentirons pas en déphasage avec les aspirations des populations togolaises et donc marginalisées par celles-ci, nous demeurons confiants.

Vous évoquiez tantôt une candidature de compromis à la présidence de la CENI. Quel candidat de compromis avez-vous proposé ?

JP Fabre : Nos représentants ont demandé à la CDPA de proposer un de ses représentants comme candidat de compromis. Ce parti était à nos yeux le candidat de compromis idéal. Il avait l’avantage d’être un membre de plein droit avec voix délibérative. En outre il n’avait pas présenté de candidature et contrairement à la CPP qui présidait le bureau provisoire, il n’a jamais dirigé la CENI.

Où en est-on Monsieur le Secrétaire général, avec vos démarches pour rentrer dans le gouvernement ?

J-P Fabre : Le 13 octobre dernier à l’issue de la rencontre que nous avons eue avec le chef de l’Etat, celui-ci nous a laissé entendre que ses émissaires prendront contact avec nous pour la poursuite des discussions. Nous les attendons toujours.

 

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