Interview

Jean-Pierre Fabre : " La parité exclut le vote "

par Le Crocodile (Togo) , le 6 décembre 1999, publié sur ufctogo.com

 

Crocodile : Vous venez de refuser la prise des décisions à la CENI avec une majorité des 4/5 initialement acceptée. Quelles sont vos motivations.

Jean-Pierre Fabre : C’est en plénière que les propositions des commissions sont adoptées et c’est en plénière que nous avons marqué notre désaccord sur la majorité des 4/5. Il n’y a rien de très surprenant. Nous ne voyons aucune remise en cause d’aucun engagement pris.

Crocodile : Vous avez refusé en plénière mais dans le sous-comité du CPS, votre parti a accepté cette solution des 4/5 et n’a jamais émis des réserves.

Jean-Pierre Fabre : Le vote est incompatible avec le principe de parité sur lequel repose le CPS et sur lequel reposera la CENI. Nous disons que la parité exclut le vote. Une décision procédant d’un vote ne satisfera pas tout le monde et ce n’est pas bon dans la situation actuelle. Voilà pourquoi, nous disons : le consensus, encore le consensus, toujours le consensus. Si ce consensus s’avère introuvable, il faut recourir à l’arbitrage d’un organe neutre. Et dans notre cas, l’arbitrage est tout désigné : la facilitation. Mais il faut éviter à tout prix de recourir au vote.

Crocodile : J’ai l’impression que vous vous dédisez.

Jean-Pierre Fabre : Pas du tout ! C’est en plénière, au moment de nous prononcer définitivement sur la question, que nous avons refusé cette majorité des 4/5 et demandé l’arbitrage de la facilitation.

Crocodile : Entre le vote du texte au niveau du sous-comité et au niveau de la plénière du CPS, qu’est-ce qui a pu se passer et qui a poussé l’UFC à cette volte-face ?

Jean-Pierre Fabre : Je vous répète qu’il n’y a pas eu revirement. Vous pourriez parler de volte-face si nous revenons sur un engagement donné en plénière. Est-il difficile de comprendre que le vote est incompatible avec la parité et qu’il peut être source de tension ?

Crocodile : Oui mais, ce n’est pas maintenant que vous connaissez ce principe dont vous parlez. Pourquoi ne pas l’avoir dit au niveau du sous-comité du CPS ?

Jean-Pierre Fabre : Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Surtout lorsqu’on en a encore la possibilité que réserve la plénière. D’autant plus qu’aujourd’hui, cette histoire de parité, avec la configuration actuelle de l’opposition ne signifie plus rien.
Certains partis, aujourd’hui, ne sont d’opposition que de nom. Leur opposition s’exerce plutôt à l’égard de l’opposition. Lors des séances du CPS en novembre, en présence des Facilitateurs, leur jeu était très clair. Certains, qui ne sont plus jamais d’accord avec nous, ont par exemple combattu le principe d’un nouveau découpage électoral, appuyant la mouvance présidentielle dans son refus, alors que tout le monde s’accorde à reconnaître que l’actuel découpage est tout honteusement inéquitable. Les exemples sont nombreux.
Nous devons donc faire preuve d’une extrême prudence et d’une vigilance de tous les instants. Chacun doit savoir que nous ne nous laisserons pas piéger par la sournoiserie d’un parti qui refuse d’assumer publiquement sa nouvelle orientation . Ceux qui ont changé de camp doivent l’assumer avec courage comme Joseph KOFFIGOH ! Qu’ils ne croient pas pouvoir se dissimule dans nos rangs pour nous nuire.

Crocodile : Selon nos informations, la rencontre en catimini de trois responsables de partis de l’opposition avec le RPT à Paris, est un élément déterminant de cette nouvelle position de l’UFC.

Jean-Pierre Fabre : Notre position serait nouvelle si on l’avait exprimée après la plénière destinée à l’adopter. Je dois reconnaître qu’effectivement la rencontre de Paris nous oblige à plus de vigilance. Nous avons le devoir d’ouvrir les yeux pour que les prochaines élections ne se jouent pas sur des " combinaziones ". Il faut tout faire pour éviter la réédition de 1998.

Crocodile : Parlant des élections, peut-on connaître la position de l’ UFC par rapport au calendrier électoral ?

Jean-Pierre Fabre : C’est très simple : le Dialogue intertogolais avait pour mission essentielle de régler le contentieux de l’élection présidentielle du 21 juin 1999. On a cru pouvoir régler ce contentieux par des élections législatives. Il n’est un secret pour personne que nous ne sommes pas d’accord, mais nous acceptons de relever le défi, sans renoncer à nos revendications sur les présidentielles.
Que chacun tienne parole. Que celui qui s’est engagé à dissoudre l’Assemblée illégitime actuelle respecte cet engagement. Cela veut dire en clair que les législatives devraient avoir lieu en mai. Tout doit donc être mis en œuvre pour que ces élections se déroulent au plus tard fin mai. Qu’on ne nous parle pas de problèmes techniques. Les élections doivent se dérouler dans les délais légaux après la dissolution promise en mars.

Crocodile : Croyez-vous que la CENI puisse être prête à la date indiquée ?

Jean-Pierre Fabre : Bien sûr, la CENI doit être prête à la date indiquée. Le bon sens recommande que dans un système paritaire, on ne recourt pas au vote et que la recherche permanente du consensus soit la règle. Puisque tout le monde le comprend, la Facilitation devrait régler ce problème rapidement.

Crocodile : Donc, vous croyez qu’administrativement, la CENI peut être prête et organiser des élections normales en mai, alors qu’il faut revoir le fichier électoral, procéder à l’installation et à l’équipement des CELI.

Jean-Pierre Fabre : Tout à fait. Il ne faut pas se tromper en additionnant les temps d’exécution des opérations électorales pour aboutir à la conclusion que des élections sont impossibles dans les délais prévus. Car plusieurs opérations se font simultanément. Nous avons largement le temps d’organiser de bonnes élections en mai. Le tout est affaire de volonté politique. Ceux qui sont favorables à un report des élections législatives sous prétexte de difficultés techniques ont d’autres idées derrière la tête.

Propos recueillis par Tata Hounkanli

 

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