Presse

Jean Hélène, l’Afrique au coeur : revue de presse

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 25 octobre 2003, publié sur ufctogo.com

Soucieux de mieux comprendre, il était attentif à toutes les explications, se demandait avec ses interlocuteurs ce que valait telle ou telle grille de lecture, appliquée à un pays qui n’était pas le plus cher à son cœur, mais auprès duquel il accomplissait sans arrière-pensée sa mission, qu’il souhaitait avant tout rigoureuse et honnête. Sa famille, ses amis, ses nombreux copains l’ont perdu. La Côte d’Ivoire aurait bien des raisons, elle aussi, de le regretter. (Thierry Perret - 22/10/2003)

 

Jean Hélène : un meurtre qui interpelle les dictateurs africains

Le Phare (Kinshasa) - 23 Octobre 2003

Publié sur le web le 23 Octobre 2003 ( www.allafrica.com )

Notre confrère Jean Hélène de RFI a été lâchement abattu en Côte d’Ivoire, pays voisin du Burkina Faso, autre jungle où un autre confrère, Norbert Zongo, avait également connu l’enfer.

Jean Hélène tué par un policier en service et non loin du QG de la Police. C’est le reflet du chaos créé par des régimes fascistes qui vivent par le sang du peuple. Tuer et renforcer la terreur et donc la dictature est leur devise. Le pouvoir ivoirien vient ainsi allonger cette liste qui était déjà funestement longue en Afrique.

Locomotive de l’économie ouest-africaine sous Félix Houphouët-Boigny, la Côte d’Ivoire n’est plus aujourd’hui qu’un empire sectaire où l’homme, devenu un loup pour ses semblables, sème partout la mort et la désolation.

Jean Hélène est mort, abattu, comme c’est toujours le cas sur le continent africain, par des individus dont la seule force réside dans la répression des hommes aux mains nues. Il est tombé sur le champ d’honneur caméra à la main, comme pour rappeler à ses bourreaux que là où il est parti, il sera toujours prêt à témoigner.

C’est ici et maintenant le moment de dire à tous les dictateurs qui écument et déshonorent l’Afrique qu’on ne peut pas bâillonner la vérité. Jean Hélène est mort certes, mais nul ne pourra plus jamais se détacher de ses vérités.

Puisse ce sacrifice suprême contribuer à une prise de conscience non seulement en Côte d’Ivoire mais sur l’ensemble du continent en vue de transformer les états policiers en démocratie ainsi que le souhaitent les populations africaines ! C’est à cette seule condition que notre distingué confrère, Jean Hélène, pourrait reposer définitivement en paix

Kandolo M. - Kinshasa


Selon Reporters sans frontières - L’Afrique est un coupe-gorge pour la presse

AFP - Édition du jeudi 23 octobre 2003

Paris - La mort du correspondant de Radio France internationale (RFI) en Côte-d’Ivoire, Jean Hélène, tué mardi soir par un policier à Abidjan, rappelle les difficultés croissantes d’informer sur le continent africain, où le métier de journaliste est de moins en moins respecté.

« Dans les conflits menés par des groupes de plus en plus éclatés, la vie des journalistes pèse de moins en moins aux yeux des combattants », fait observer Jean-François Julliard, responsable pour l’Afrique de Reporters sans frontières (RSF). « C’est vrai au Liberia, où plusieurs journalistes étrangers ont été blessés récemment, comme dans le pays voisin, la Côte-d’Ivoire. » En Côte-d’Ivoire, les correspondants des médias étrangers, notamment francophones, ont été particulièrement exposés ces dernières années.

« La situation de la presse se dégrade considérablement. Les médias locaux désertent le terrain de l’information au profit de commentaires et d’éditoriaux partisans », note RSF. Menaces, agressions et arrestations constituent le quotidien de ceux qui poursuivent leur mission d’informer, et certains journalistes locaux doivent s’exiler.

En République démocratique du Congo, la situation reste difficile dans l’est, tenu par les rebelles. Ainsi, à Bunia, un collaborateur occasionnel de l’AFP, Acquitté Kisembo, a disparu depuis le 26 juin dernier.

L’Érythrée, pourtant un petit pays de trois millions d’habitants, a le triste privilège de battre tous les records : 15 journalistes sont emprisonnés. « À notre connaissance, l’Érythrée est le seul pays au monde à avoir supprimé la presse privée. »

Au Zimbabwe, le président Robert Mugabe a pratiquement étouffé la presse libre. Une loi oblige tous les journalistes à être accrédités par une commission dont les membres sont désignés par le gouvernement, et tous les médias écrits à obtenir auprès d’elle une licence d’exploitation.
Dans plusieurs pays, les journalistes, s’ils ne sont pas emprisonnés, sont régulièrement intimidés en étant convoqués après un article déplaisant au pouvoir. En Algérie, des envoyés spéciaux de télévisions étrangères ont été expulsés pour « atteinte à la souveraineté de l’État ».

Le correspondant de RFI en Côte-d’Ivoire, Jean Hélène, a été tué « de façon volontaire », a déclaré hier Ange Kessi, le commissaire du gouvernement ivoirien (équivalent du procureur général militaire).

Hélène s’était rendu mardi à la Direction générale de la Police nationale, à Abidjan, pour interviewer des militants du RDR (principal parti d’opposition) récemment interpellés, dont il avait appris la libération imminente.

Le policier impliqué reconnaît avoir alors repoussé le journaliste à l’aide de sa kalachnikov, mais il affirme que le coup de feu mortel est parti involontairement. Selon Ange Kessi, l’autopsie pratiquée dans la matinée a au contraire démontré qu’il y avait eu volonté de donner la mort.

Le procureur du tribunal militaire a assuré que « l’enquête serait bouclée dans les 15 jours ».

AFP


Assassinat de Jean Hélène : La haine et l`impunité l`ont tué (presse française)

AFP - 10/23/2003 9:56:40 AM

Les journaux français ont tenu à rendre hommage jeudi à la mémoire et au professionnalisme du correspondant de RFI, Jean Hélène, assassiné mardi soir à Abidjan par un policier ivoirien, s’insurgant par ailleurs contre le climat d’impunité et de haine qui ont entouré ce crime.

Le titre barre jeudi la Une du quotidien Libération : "Côte d’Ivoire : la haine au pouvoir", et, le journal qui rend compte de l’assassinat de Jean Hélène assène dans ses colonnes : "Un journaliste victime du racisme d’Etat".

"Au commencement du malaise ivoirien est donc l’impunité. L’arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo reste entachée d’un péché originel, qui continue de peser aujourd’hui", écrit le journal, relatant le massacre impuni par des gendarmes d’une cinquantaine de militants présumés du Rassemblement des républicains (RDR) de l’ex-premier ministre Alassane Ouattara.

Pour Libération, à "l’impunité des forces de l’ordre s’ajoute un climat de haine, largement propagé par les médias. La haine de l’autre - du blanc, du musulman, de l’opposant, bref, du mauvais Ivoirien".

Le Monde rappelle que Jean Hélène "rendait compte avec sobriété et distance. Une exigence l’animait, celle de décrire avec honnêteté et impartialité ce qu’il voyait, qu’il s’agisse des grands comme des petits événements qui tissent la vie quotidienne des Africains."

"L’homme était d’une modestie rare, d’une humanité qui forçait l’admiration", ajoute le journal

Pour Le Figaro, c’est "la France qui est visée à travers l’assassinat de Jean Hélène". "Les médias français et RFI en particulier sont dans le collimateur, victimes d’une campagne de dénonciation (...) Les journaux de la haine sont dirigés par les milieux militants pour +l’ivoirité+", poursuit le journal.

La Croix estime que cet assassinat "illustre la précarité de la paix en Côte d’Ivoire", et "rappelle le rôle délicat de la France en Afrique et met en lumière le constant défi de l’information".

La fragilité du métier d’informer est aussi soulignée par Le Courrier Picard : "Un micro ne pèse pas lourd face à un revolver. L’ex-pays le plus développé du continent n’en finit pas de régler ses comptes avec la France et l’un de ses policiers a cru qu’à travers le meurtre d’un journaliste il allait pouvoir assouvir sa haine de l’ancien colonisateur".

La Presse de la Manche s’interroge enfin : "Reste à savoir s’il s’agit d’un geste solitaire alimenté par la propagande contre les journalistes internationaux ou d’un acte délibéré d’un gouvernement voyou, celui du président Gbagbo, qui ne serait sans doute plus en place sans la force d’interposition française".

AFP


Jean Hélène : leçons d’une mort gratuite

Le Phare (Kinshasa) - 24 Octobre 2003 -

L’Afrique s’est une nouvelle fois permise le mardi 21 octobre 2003, de faire une insulte à sa propre dignité. A travers l’assassinat du journaliste français Jean-Hélène, en terre ivoirienne, c’est l’ensemble de notre continent qui a rappelé au monde entier que nous avons encore du chemin à parcourir sur la voie de la démocratie, du respect des droits humains, du débat d’idées, de la gestion de nos états d’âmes. Notre regretté confrère de RFI a été arraché à jamais à l’affection des siens pour avoir tout simplement cherché à faire son travail, à rendre compte, à témoigner.

En effet, notre ingrat métier nous expose aux humeurs de ceux qui estiment, pour des raisons diverses, que tantôt nous avons le devoir d’informer, que tantôt nous avons le tort de déformer. Lorsque des acteurs politiques, des opérateurs économiques des acteurs sportifs ou culturels ont des choses à cacher, ils aimeraient que les journalistes se taisent ou tout au moins, qu’ils se rendent complices de leurs forfaitures ou vices.

Pourtant, les sociétés modernes considèrent désormais la liberté de presse comme un des principaux critères d’appréciation de l’état de santé de la démocratie. Pourquoi a-t-on tué Jean Hélène ? Voilà une question qui devrait interpeller aussi bien la classe dirigeante africaine que ses parrains occidentaux.

Hommes forts : une race purement africaine

L’expression "homme fort" n’est plus usitée que pour désigner des chefs d’Etat, de gouvernement, des armées, des milices armées en Afrique. Elle traduit en fait une triste et pénible réalité, celle mettant à l’avant-plan des gestionnaires d’un pouvoir politique ou militaire pas très loin de la barbarie. Ces "hommes forts" répondent pour la plupart au profil de dictateurs sanguinaires, de chefs militaires sans foi ni loi, de pilleurs des patrimoines collectifs, de violateurs invétérés des droits de la personne humaine, de criminels.

A cause de ces "hommes forts" l’Afrique assiste régulièrement à la naissance d’Etats éclatés en républiquettes se réclamant toutes de la légitimité populaire et soutenues par les occidentaux tantôt ouvertement, mais souvent en secret. Jean-Hélène a certainement fait les frais des luttes internes en Côte d’Ivoire pour le contrôle d’un pouvoir partagé. Le policier qui a décidé de mettre un terme à son existence a peut-être vu en lui un gêneur, un apprenti-sorcier prêt à causer du tort à ses favoris. Même si telle était sa perception du travail du feu confrère de RFI, son acte est inexcusable.

Alors qu’il n’y a plus d’hommes forts à Washington ni à Londres, ni à Paris, ni à Tokyo depuis des décennies, les occidentaux trouvent paradoxalement du plaisir à les installer et à les entretenir à travers les capitales africaines. C’est fort dommage pour ces mêmes grandes puissances de notre planète qui n’ont de cesse de nous accuser de ne pas posséder de culture démocratique de ne pas appliquer les règles de bonne gouvernance, d’ignorer la diversité d’opinions. Est-il possible d’attendre un régime démocratique de quelqu’un qui aura accédé au pouvoir par des armes ou qui aura triché aux négociations ou aux élections pour damer le pion à ses adversaires politiques ? C’est là tout le drame de l’Afrique et des Africains.

Démocratie : la valeur des valeurs

Les parrains occidentaux des "hommes forts" de l’Afrique devraient se sentir interpellés par ce qui est arrivé au malheureux Jean-Hélène. Il y a là une troublante interpellation sur les difficultés de mise en route de l’Accord de Marcoussis entre "frères ennemis" ivoiriens. La vie de notre confrère français aurait peut-être été épargnée si l’après Marcoussis n’avait pas été torpillé par la race d’hommes forts qui se disputent le pouvoir en Côte d’Ivoire, sur fond d’une réconciliation de façade.

S’il y a une valeur à cultiver en Côte d’Ivoire comme dans d’autres Etats Africains en crise politique, c’est d’abord et avant tout la démocratie. Et s’il y a des structures fort bien placées pour passer les africains vers cette voie, ce sont justement les puissances planétaires qui continuent de fabriquer, directement ou indirectement, des dirigeants africains réfractaires aux mécanismes d’accession au pouvoir par des voies démocratiques. Il n’est pas possible d’amener des dictateurs potentiels et des rebelles à l’exercice démocratique des charges publiques avec des compliments et des discours paternalistes. Il faut absolument que ceux qui détiennent des moyens suffisants de pression sur nos gouvernants et prétendants à la direction des affaires publiques en fassent usage pour sortir le continent des sentiers du barbarisme étatique.

Dans un Etat démocratique, où gouvernants et gouvernés connaissent leurs droits et devoirs autant vis à vis de leur patrie que les uns à l’égard des autres, les risques de violation des droits de l’homme, d’installation de régime dictatoriaux, d’abus des biens sociaux, d’atteinte à la liberté d’expression et surtout à celle, sacrée, de la presse, sont considérablement réduits. Qui penserait supprimer la vie d’un journaliste, envoyer un professionnel des médias en prison ou lui proférer des menaces de mort dans un Etat de droit ?

Kimpozo Mayala - Kinshasa

 

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