Titid

Jean-Bertrand Aristide : du fric au froc

par Le Canard Enchainé (France) , le 7 janvier 2004, publié sur ufctogo.com

Lecture proposée par Marc K. Satchivi, Bruxelles, le 7 février 2004.

A l’occasion du bicentenaire de son indépendance (1804-2004), Haïti se demande comment se débarrasser d’un président qui semble plus près de Bokassa que de Mandela.

 

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En septembre 2002, Jean-Bertrand Aristide accuse les médias de vouloir déstabiliser son gouvernement et les assimile aux auteurs du coup d’Etat de 1991. Pour la profession, ces déclarations sont un message destiné aux "organisations populaires", ces milices paralégales chargées de régler leur compte aux détracteurs du Président. En 2002, une quarantaine de journalistes ont été menacés ou agressés. Une spirale de la violence qui repose sur l’impunité dont bénéficient ses auteurs. A commencer par les assassins des journalistes Jean Dominique et Brignol Lindor. © RSF

« Aveuglé par l’argent ou obnubilé par le pouvoir, on perd toute pudeur ». Ainsi parlait l’ex-curé des bidonvilles en 1994 [1]. Aujourd’hui, on cherche après Titid... A cinquante ans, avec son éternel demi-sourire, parlant volontiers les paumes des mains tournées vers le ciel en bon serviteur de Dieu, ce prêtre défroqué est-il victime de la « névrose vétéro-testamentaire [2] ? Est-ce son exil de trois ans aux Etats-Unis ? Ou l’influence de son épouse Milfred Trouillot, avocate touchée par la grâce du business ?

En tout cas, Aristide a battu un record. Passant en quelques années de théologie de la libération à l’apologie de l’exploitation, de Dieu le Père au « père Lebrun » (surnom du pneu enflammé passé au cou des gêneurs), ce rescapé des Tontons macoutes a créé sans états d’âme ses propres milices (les « Chimères »), pour mieux châtier ces « frères de l’opposition » qu’il « faut aimer ». Le voici apôtre d’une eucharistie en version armée : « Haïti crie sang ! », « Le sans appelle le sang », il faut « supprimer le mauvais sang », hurle-t-il [3]. Quand il prône la « formule tolérance zéro », ses « attachés » et autres gangs à sa dévotion comprennent qu’ils peuvent en toute impunité lyncher et « déchouquer » les opposants gênants (tel le journaliste Jean Dominique assassiné en avril 2000). Le nouveau credo d’Aristide « Paix dans les têtes, paix dans les ventres » se récite à l’envers : non seulement le président a la grosse tête mais les ventres sont vides.

Grâce à lui, cette terre de huit millions d’habitants qui connut vingt ans d’occupation américaine et trente ans de dictature duvaliériste est un vrai cas d’école. Cumuler ainsi tous les maux de la pauvreté ! Même les trafiquants de coke colombiens hésitant à transiter par cette île maudite, pourtant idéalement située à mi-chemin en direction de la Floride. Car Haïti a aussi une réputation de narco-Etat à défendre ! Le citoyen de là-bas qui a échappé à la typhoïde (par manque d’eau potable), au sida, à la malnutrition, aux cyclones (rendus plus meurtriers par la déforestation et les sols ravinés) a toutes ses chances de finir noyé s’il tente de rejoindre Miami par les moyens du bord. C’est d’ailleurs l’obsession de George Bush : éviter un afflux de boat-people haïtiens en période électorale. C’est pourquoi les Etats-Unis préfèrent Aristide. D’accord, il fabrique trop de pauvres, mais au moins il les garde chez lui !

Pour galvaniser les bidonvilles qui se lassent de « Lavalas » (le nom de son parti), Titid a trouvé les coupables : non seulement les « grosses zouzounes » (les riches), mais, depuis quelques mois, la France.
C’est ainsi qu’il demande « restitution » du tribut extorqué à Haïti par Charles X pour dédommager les anciens colons esclavagistes. La première république noire de l’Histoire accepta la punition de 150 millions de francs-or et paya rubis sur l’ongle jusqu’en 1893 (ou 1972 selon certains), devenant le premier pays du Sud accablé par une dette internationale. Par un calcul connu de lui seul, Aristide présente aujourd’hui à Paris une facture de 21 milliards de dollars et quelques cents, intérêts compris. Soit un demi-siècle du budget annuel de l’Etat haïtien... Seuls Titid et sa femme savent ce qu’ils en feraient.
Officiellement saisie de rien du tout, la France vient de prendre une initiative spectaculaire : dépêcher Régis Debray en mission d’observation à Port-au-Prince. Aide conceptuelle d’urgence ? Chirac, l’auteur de cette bonne idée, devrait craindre que l’ex-copain du Che ne donne raison à Aristide-la grosse-dette et ne se prononce pour la « restitution ». La Chiraquie serait obligée de créer un « impôt Haïti » ou un jour chômé ? pour apaiser un tyranneau sans pétrole ni devises qui vient de proclamer : « Nos ancêtres ont fait 1804, il nous faut faire 2004 ». Malgré cette forte pensée, Aristide reste plus près du roi des Huns que de Raffarin.

Le Canard Enchaîné n°4341 du 7 janvier 2004

 

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Notes

[1] Cité par Christophe Wargny, « Haïti n’existe pas », éditions autrement.

[2] « Névrose vétéro-testamentaire » est le titre de sa thèse de doctorat en théologie (Les éditions du Cidihca, Montréal, 1994). »

[3] Discours du 17/10/2003, cité par Laennec Hurbon dans « Le Monde » (31/12/2003).

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