Blocage du processus

Isabelle Ameganvi : « Nous allons droit vers une aggravation de la crise actuelle »

par Le Républicain (Togo) , le 10 février 2009, publié sur ufctogo.com

A quelques mois de la présidentielle de 2010, les états-majors des partis politiques s’agitent tant du côté de l’opposition que du pouvoir en place. Dans cette interview qu’elle a bien voulu accordée à l’Hebdomadaire LE REPUBLICAIN, Me AMEGANVI Manavi Isabelle Djigbodi, 3ème Vice-Présidente de l’Union des Forces de Changement, UFC, et Députée à l’Assemblée Nationale, revient sur la situation socio-politique du pays marquée par « un blocage du processus de sortie de crise du fait que le gouvernement et le régime RPT ont tourné le dos à l’Accord Politique Global (APG) ».

En dénonçant l’unilatéralisme du RPT, Me AMEGANVI Isabelle parle des ratés du pouvoir RPT et surtout des « turpitudes du gouvernement Houngbo ». La 3ème Vice-Présidente de l’UFC évoque également le rapprochement UFC-CAR ainsi que les stratégies à adoptées par l’opposition pour la victoire de la présidentielle de 2010.

 

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Isabelle Ameganvi
3ème Vice-Présidente de l’Union des Forces de Changement (UFC) et Députée à l’Assemblée Nationale

Le Républicain : Quelle lecture faites-vous aujourd’hui de la situation socio-politique de notre pays le Togo ?

Me AMEGANVI M. Isabelle : Depuis les élections législatives d’Octobre 2007, la situation politique au Togo est marquée par un blocage du processus de sortie de crise du fait que le gouvernement et le régime RPT ont tourné le dos à l’Accord Politique Global (APG) et se sont enfermés dans un unilatéralisme et un radicalisme préjudiciables au devenir de notre pays. Notre parti, l’Union des Forces de Changement (UFC), n’a pourtant pas manqué d’appeler à plusieurs reprises les autorités togolaises à l’adoption et à la mise en œuvre rapides et consensuelles des réformes politiques indispensables au règlement juste et durable de la crise togolaise, notamment :
- celles prévues par l’APG,
- celles recommandées par les missions d’observation des dernières élections législatives (Commission et Parlement européens),
- celles recommandées par différents rapports de missions internationales, notamment la mission Doudou Diene,
- celles nécessaires au parachèvement des 22 engagements.

Ces derniers temps, on a l’impression que le gouvernement, dont le manque de volonté politique est patent, se voit contraint de prendre certaines initiatives qu’il tente, avec beaucoup de maladresses, d’imposer à sa guise, au moment où le processus de sortie de crise exige ententes politiques et décisions consensuelles entre les partis représentés à l’Assemblée nationale.

Nous observons et suivons l’évolution actuelle avec beaucoup d’attention et de vigilance tout en gardant une distance critique mais constructive. Je peux vous dire que nous n’entendons pas laisser ce régime piétiner les intérêts du peuple togolais. Surtout que les populations togolaises, qu’elles résident à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire national, nous assurent chaque jour de leur détermination à se mobiliser massivement avec nous, pour empêcher toute mascarade électorale.

De l’accord politique global (APG), en passant par les 100 jours de Gilbert Houngbo à la primature et à quelques mois de la présidentielle de 2010, quels ratés avez-vous constaté et que redoutez-vous le plus pour notre pays ?

Me AMEGANVI M.I. : Vous parlez certainement des ratés du pouvoir RPT. Oh ! ma foi, il y en a tellement... Tenez :

- trois premiers ministres en trois ans avec trois programmes de gouvernement, et l’APG est toujours pratiquement intact, à part des législatives aux résultats biaisés ;
- trois cadres de concertation, également en trois ans, témoignent de l’improvisation, du cafouillage et de la confusion qui caractérisent les actions d’un régime qui refuse toute démarche consensuelle, en violation de l’APG ;
- trois projets de loi (statut de l’opposition, HAAC, et code électoral) bricolés unilatéralement à la hâte, alors qu’ils relèvent de l’APG et, à ce titre, appellent une concertation préalable et un consensus entre les principales forces politiques représentées à l’Assemblée nationale. Le Bureau National de l’UFC a, du reste, publié ses observations sur le projet de code électoral inique et rétrograde adopté par le gouvernement...

Je peux ajouter les turpitudes du gouvernement HOUNGBO quant au mode de répartition de la dotation budgétaire prévue au titre du financement public des partis politiques pour l’année 2008. Non seulement il manque d’honorer son engagement à libérer ces fonds à fin Octobre 2008, mais en plus il fait procéder, fin Janvier 2009, à une répartition partisane, inique et arbitraire, qui favorise indûment le RPT au détriment des autres partis éligibles à ce financement.

En outre, notre Groupe parlementaire a pris part à l’examen de deux projets de loi de finances qui nous ont confirmé le caractère désastreux de la gouvernance économique et financière de notre pays. Malgré les propositions et recommandations des députés UFC, le gouvernement continue d’exposer les ressources publiques à la corruption, à la gabegie et aux détournements. Les dépenses fantaisistes sans cesse croissantes empêchent une allocation adéquate de ressources en faveur des secteurs sociaux et des infrastructures de base. Si bien que depuis l’APG, comme vous dites, on assiste à une aggravation de la pauvreté, de la précarité et de la misère, sur toute l’étendue du territoire national. Le dernier rapport du Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP), publié en Décembre 2008, indique que l’incidence de pauvreté dépasse 90% dans certaines localités de notre pays !

Dans ces conditions, je cherche en vain, ce que les 100 jours de Gilbert HOUNGBO ont apporté aux Togolais, aux plans politique, économique et social. Je constate par contre, qu’avec ce premier ministre, ressurgissent les mauvaises pratiques du parti unique, telles que les grandes messes dispendieuses, l’exploitation de la misère des populations, les distributions de prébendes, les harcèlements et intimidations des militants et sympathisants de l’opposition, le culte de la personnalité avec des portraits géants aux effigies du chef de l’Etat et de son défunt père, etc.

Voyez-vous, si en plus de cette situation calamiteuse, le gouvernement refuse de renouer avec l’esprit de l’APG en ne recherchant pas le consensus indispensable à l’adoption et à la mise en œuvre rapides des réformes politiques, eh bien nous allons droit vers une aggravation de la crise actuelle, et le régime RPT et son gouvernement seront rendus responsables des conséquences qui en découleront.

Votre parti l’UFC et le CAR ont décidé depuis le 28 janvier 2009 « d’unir leur force » afin de combattre l’unilatéralement du parti RPT au pouvoir et « son refus de respecter l’APG ». Bien que ce soit une initiative louable, la énième, des observateurs avertis de la politique togolaise estiment que c’est une fois de plus un ‘’travail de Sisyphe’’.Que répondez-vous à ses pessimistes éclairés ?

Me AMEGANVI M.I. : Travail de Sisyphe ? Un parti politique comme l’UFC, qui n’a d’autres ambitions que de répondre aux aspirations légitimes des populations, ne craint pas de remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier. Le combat pour l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit dans notre pays mérite des efforts soutenus et toujours renouvelés.

Qu’est ce qui motive une telle initiative quand on sait que le CAR se dit toujours ‘’victime de manœuvres dilatoires de l’UFC et son leader Gilchrist Olympio’’, illustrent les guerres de communiqués auxquelles nous avons assisté surtout pendant les moments forts de notre histoire politique ?

Me AMEGANVI M.I. : Quelles que soient nos divergences avec le CAR, elles ne sauraient nous conduire à nous tromper d’adversaire au point de nous distraire des objectifs de notre lutte commune pour un Togo libre, démocratique et prospère.

Dans le communiqué conjoint rendu public par l’UFC et le CAR le mercredi 28 janvier, le CAR demande à l’UFC « le retour de l’ascenseur » sous entendu votre soutien de son candidat à la présidentielle de 2010. L’UFC est-elle prête à faire cette concession ?

Me AMEGANVI M.I. : Chaque chose en son temps. Le moment venu, nous conviendrons de la direction à prendre. Pour l’heure, il est évident que le changement auquel aspire le peuple togolais se cristallise autour de l’UFC et de son Président national. C’est donc à juste titre que notre congrès de Juillet 2008 a désigné M. Gilchrist Olympio, comme candidat à la présidentielle de 2010.

Qu’adviendra-t-il si le pouvoir RPT ne venait pas à réaliser des réformes constitutionnelles pouvant permettre à votre leader Gilchrist Olympio de se présenter à la présidentielle 2010 ?

Me AMEGANVI M.I. : Si le pouvoir RPT, comme vous dites, choisit de ne pas réaliser les réformes politiques prévues par l’APG, c’est qu’il choisit ipso facto, de ne pas organiser des élections honnêtes, transparentes et démocratiques. Dans ce cas, il n’y aura pas d’élection du tout parce que les populations togolaises sont déterminées à se mobiliser ensemble avec toutes les forces en lutte pour le changement, afin d’empêcher par tous les moyens, une énième mascarade électorale.

Bon nombre de Togolais doute de la capacité de Gilchrist Olympio à mener à terme le mouvement politique pour une alternance au Togo. Comment comptez-vous arracher la ‘’victoire’’ de l’opposition à la présidentielle de 2010 ?

Me AMEGANVI M.I. : (...rires) Voilà le genre de mauvaises questions qui appellent de mauvaises réponses. Je viens de vous dire, et je le répète pour la troisième fois au cours de cette interview, que les Togolaises et les Togolais sont déterminés à se mobiliser massivement pour empêcher toute mascarade électorale.

Quelques mots pour conclure ?

Me AMEGANVI M.I. : En conclusion, je voudrais dire qu’à l’UFC nous sommes soucieux au plus haut point, d’éviter à notre pays la réédition des dérives innommables de la présidentielle de 2005. C’est pourquoi, nous restons très vigilants et invitons nos compatriotes à rester mobilisés. Nous en appelons aux partenaires du Togo pour qu’ils accompagnent notre pays dans la préparation et l’organisation des prochaines élections, et usent de leur influence pour amener le gouvernement togolais à renouer avec l’esprit de l’APG en recherchant le consensus indispensable à l’adoption et à la mise en œuvre rapides des réformes politiques.

Je vous remercie

Me AMEGANVI M.I. : C’est plutôt moi qui vous remercie.

Interview réalisée par Ben KITEGI

 

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