UE-Togo

Interview de Marie-Arlette Carlotti, députée Socialiste Française au Parlement Européen

par RFI (France) , le 20 juin 2003, publié sur ufctogo.com

Marie-Arlette Carlotti, députée socialiste française au parlement européen, est également vice-présidente de l’assemblée parlementaire paritaire ACP-Union européenne. Fallait-il envoyer des observateurs au Togo, le jour de la présidentielle, le 1er juin dernier ? Question qui fait débat en Afrique, en Europe et même jusqu’aux Nation Unies. Marie-Arlette Carlotti pense que NON et elle explique pourquoi au micro de Christophe Boisbouvier.

 

Christophe Boisbouvier : Marie-Arlette Carlotti , Bonjour !

Marie-Arlette Carlotti : Bonjour !

Christophe Boisbouvier : Pourquoi le parlement européen n’a-t-il envoyé aucun observateur à la présidentielle du 1er juin dernier au Togo ?

Marie-Arlette Carlotti : Parce que nous avons demandé au gouvernement togolais de pouvoir envoyer une observation deux mois à l’avance de manière à faire une réelle observation sérieuse :
comment fonctionnent les commissions électorales, comment sont distribuées les listes électorales, cela nous a été refusé. Donc ni la commission européenne, ni le parlement européen, a souhaité aller uniquement trois jours avant pour finalement prendre le risque d’être caution de ce que préparait Eyadema.

Christophe Boisbouvier : Et avec le recul, aujourd’hui, trois semaines plus tard, est-ce que vous regrettez ou est-ce que, finalement, vous vous félicitez de ne pas y être allé ?

Marie-Arlette Carlotti : Je ne me félicite pas mais je ne le regrette pas ! Je ne le regrette pas parce que je crois que Eyadema est en train de réaliser son troisième coup de force dans ce pays et que je pense qu’on aurait pas observé sur le moment même les choses qui étaient observables. Je constate que certains y sont allés. Je le respecte, mais qu’est-ce qu’ils ont dit ? Ils n’ont rien vu, ils ont visité trois bureaux de votes. Ils ont déclaré que tout se passait bien et au même moment Amnesty International faisait des déclarations pour dire :
- que les choses allaient plutot mal
- qu’il y avait une escalade de la violence dans le pays quelques jours avant
- qu’une quarantaine de personnes avaient été arrêtées
- ils signalent une personne tuée, une autre blessée...

Voilà, donc ce n’est pas forcement sur qu’un parlement européen qui aille trois jours avant, se rende compte de tout ça !

Christophe Boisbouvier : Et que répondez-vous à ceux qui disent que quand on y est, on peut voir des choses que l’on peut dénoncer ensuite ?

Marie-Arlette Carlotti : Bien sûr, j’espère qu’ils le dénoncent. Enfin , je pense que ceux qui y sont doivent faire leur travail, mais qu’on ne fait forcement bien son travail et qu’on risque de porter une vraie caution au pouvoir en place surtout avec quelqu’un comme Eyadema qui est fort pour récupérer les situations.

Christophe Boisbouvier : Il y a un autre deputé européen de gauche, un autre français comme vous, le communiste Fodé Sylla, qui est allé observer ces élections. Qu’est-ce que vous pensez de sa démarche ?

Marie-Arlette Carlotti : Je pense qu’elle est tout à fait personnelle, je respecte ce collègue, je pense qu’il s’est trompé, il a fait effectivement là-bas ... il déclare même qu’il a visité six bureaux et qu’il n’a pas vu grand chose, il dit que tout s’est passé dans un bon climat. Ce n’est pas ce que disent les ONG. Donc je pense qu’il n’aurait pas du le faire mais maintenant chacun assume ses responsabilités... Au togo très peu d’ONG y sont allées, très peu d’organisatons internationales, les Nations Unies ont refusé d’y aller, le Parlement européen a refusé d’y aller, donc il y avait un risque : en ce qui nous concerne, notre groupe n’a pas voulu prendre le risque de cautionner Eyadema. Je regrète d’ailleurs que, dans la précipitation, alors que la cour constitutionnelle togolaise, elle même n’a pas encore fait sa déclaration définitive pour proclammer les résultats, ce soit le président Chirac qui ait félicité Eyadema.. Ca me pose un vrai problème, moi, en tant que française.

Christophe Boisbouvier : Alors justement Fodé Sylla, est allé à Lomé à la demande de Jacques Chirac. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Marie-Arlette Carlotti : Je n’en pense rien, je l’ai lu dans la presse. Je n’ose pas le croire.. Moi, je ne cautionne pas cette délégation qui a été montée par Jacques Chirac. Il monte une organisation par delà les organisations internationales, il monte une délégation sans mandat précis, et je trouve que ce n’est pas très bien, et pas très correct. Cela ne donne une bonne image de la France et je ne pense pas que Fodé Sylla se soit prêté à ce petit jeu.

Christophe Boisbouvier : Alors la question maintenant, c’est : faut-il ou non reprendre la coopération européenne avec le Togo, voilà dix ans qu’elle est arrêtée, quelle est votre position ?

Marie-Arlette Carlotti : Je pense que c’est trop tôt. On ne peut pas après ces élections, encore me semble-t-il trucquées, après qu’on ait modifié la constitution , le code électoral, que Eyadema ai promis, y compris au président de la république qu’il ne se représenterait plus, que finalement, il modifie tout, pour pouvoir à nouveau se représenter. Je pense que ce n’est pas aider la démocratie au Togo que de faire comme si de rien n’était. Je tiens à vous dire que le président de Acat-Togo est toujours en train de se cacher, Yannick Bigah, simplement parce que nous l’avions invité au parlement européen pour parler de la situation de son pays.

Donc, il est nécessaire que la communauté internationale réagisse, que l’on fasse pression, la France doit faire pression, il faut que l’on cesse de prendre les gens pour des imbéciles et de faire croire que tout va bien dans ce pays alors qu’on nous annonce des gens qui sont dans la pire difficulté, une presse qui ne peut plus s’exprimer, des candidats aux élections qui ne peuvent même pas se présenter, et les problèmes sur les atteintes personnelles aux droits de l’homme.

Christophe Boisbouvier : Vous savez que les Européens ne sont pas d’accord entre eux sur le Togo et qu’actuellement, il y a deux textes qui circulent parmi les quinze : un texte britanique qui propose de maintenir les sanctions et un texte français qui propose semble-t-il au contraire de revenir sur ces sanctions. Quels est à votre avis le texte qui va l’emporter dans les jours qui viennent auprès de l’Union Européenne ?

Marie-Arlette Carlotti : Moi je ne peux pas vous parler du Conseil. Et la France est égale à elle-même, bien sûr elle veut reprendre des relations tout à fait normales. Je ne peux pas vous dire ce que fera le Conseil, je ne connais pas les rapports de force sur cette question au sein du Conseil. Je connais les rapports de force au sein du parlement européen, il me semble que les parlementaires européens sont pour le fait que nous ne reprenions pas l’aide et que maintenions les sanctions parce qu’aucun signe n’est donné de ce côté là. Vous savez, on a été à deux doigts de vouloir, y compris moi, de vouloir reprendre l’aide en direction du Togo parce qu’il y avait un processus de réconsiliation nationale, on y a cru !

Christophe Boisbouvier : C’était quand ?

Marie-Arlette Carlotti : C’était il y a un an, deux ans de ça, parce qu’il y a eu des émissaires qui ont été envoyés, Stasi en faisait parti pour la France, les choses évoluaient, autour d’une table étaient enfin admis les partis de l’opposition, les partis au pouvoir, et puis Eyadema a rompu cela pour pouvoir se représenter, il a même fait un clash au sein de son propre parti,
puisque Monsieur Péré s’est présenté contre lui, il était quand même ancien président de l’assemblée nationale.
Au lieu de savoir si l’on reprend l’aide ou pas, on ferrait mieu de savoir comment on va aider ce pays à sortir de cette impasse, et l’aide va avec !

Christophe Boisbouvier : Marie-Arlette Carlotti, merci !

Marie-Arlette Carlotti : Merci

Interview réalisée par Christophe Boisbouvier, RFI

 

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