Explications

Interview de Gilchrist Olympio à L’Autre Afrique

par L'Autre Afrique , le 4 août 1999, publié sur ufctogo.com

 

Le 26 juillet dernier, le fils de l’ancien président togolais Sylvanus Olympio a été ouvertement rabroué par ses camarades des partis "dits d’opposition", comme il les qualifie désormais.
A l’origine de cette crise ouverte dont on se réjouit discrètement au sein de l’ex-parti unique, la demande, formulée par Gilchrist Olympio, de rencontrer, en dehors des autres formations de l’opposition, le général Eyadéma (ou ses représentants), dans le but de revendiquer sa victoire (à la présidentielle de juin 1998). N’ayant pas obtenu satisfaction, l’intéressé a, selon sa propre formule, regagné son domicile, à Accra, au Ghana. Sur cet incident qui lui a valu quelques commentaires peu élogieux dans la presse, le leader de l’Union des forces de changement (UFC) s’explique.

L’autre Afrique : Arrivé à Lomé, le 26 juillet, pour assister au dialogue intertogolais, vous en êtes reparti précipitamment, après le refus d’une rencontre bilatérale avec le parti présidentiel. Qu’aviez-vous à dire que les autres partis de l’opposition ne peuvent entendre ?

Gilchrist Olympio : C’était bien mon intention de participer au dialogue intertogolais à Lomé du 19 au 29 juillet 1999. Arrivé la veille à la frontière d’Aflao, j’ai constaté que les dispositions qui devaient être prises, pour ma sécurité entre autres, conformément à l’Accord de Paris, n’étaient pas en place. J’ai dû reprendre la route vers Accra (la capitale ghanéenne où il réside, ndlr). C’est de là que j’ai suivi, en communication avec les négociateurs désignés de l’UFC, les travaux de la première semaine qui n’étaient que des exposés de thèmes sans débats contradictoires, qui plus est entrecoupés par la visite du président Chirac.
La deuxième semaine étant consacrée aux négociations, avec le contentieux né de l’élection présidentielle du 21 juin 1998 comme premier point de l’ordre du jour, je me suis rendu dans la salle de réunion à l’heure prévue. D’entente avec les facilitateurs, j’ai demandé, dès l’ouverture de la séance, une suspension pour avoir un dialogue bilatéral avec la délégation du RPT (Rassemblement du peuple togolais, ex-parti unique, ndlr) sur le point en examen, à savoir le contentieux né de l’élection présidentielle. J’ai fait cette démarche après avoir constaté que les autres partis de l’opposition avaient exprimé leur satisfaction à la proposition faite par le président Chirac et confirmée par le chef de l’Etat togolais pour résoudre la crise, à savoir que le président Eyadéma prenait l’engagement de ne pas briguer un troisième mandat en 2003 et de dissoudre l’Assemblée nationale en mars 2000 pour ouvrir la compétition à tous les partis politiques.
Il m’était ainsi apparu que les autres partis de l’opposition n’étaient pas désireux d’engager un débat visant à restituer la victoire du 21 juin 1998 au peuple togolais. C’est ainsi que, conformément aux dispositions prévues pour des rencontres bilatérales et après avoir étudié le scénario avec les facilitateurs, j’ai fait ma proposition en me disant qu’en provoquant une discussion sur la confrontation des résultats entre les deux protagonistes qui se disputaient la victoire, nous relancerions le vrai débat pour arriver à un accord politique acceptable pour tous.

L’A.A. : Votre position était-elle arrêtée avant votre arrivée à Lomé ? Fallait-il, dans ces conditions, faire le déplacement, au risque de voir interpréter votre geste comme un coup d’éclat ?

G.0. : Oui, ma position était arrêtée avant mon arrivée à Lomé et j’en avais discuté avec les facilitateurs qui auraient reçu l’accord du chef de délégation du RPT avant la reprise de la séance. Mais la réaction négative des autres partis de l’opposition ne lui a pas permis de confirmer son accord.

L’A.A. : Comprenez-vous que si les autres partis de l’opposition ont réagi négativement, c’est parce qu’ils avaient le sentiment que vous vouliez les marginaliser ?

G.0. : Non, comme je l’ai dit, rien n’indique que ce débat les intéressait et qu’ils s’associeraient à ma démarche. Par exemple, le CAR, (Comité d’action pour le renouveau, ndlr) et le PDR (Parti pour la démocratie et le renouveau) avaient déclaré, à maintes reprises, que l’UFC n’a aucune preuve de sa victoire ; l’UTD (Union togolaise pour la démocratie) et ses partis associés n’avaient pas participé à l’élection présidentielle et ne se sentaient pas concernés. Quant à la CDPA (Convention démocratique des partis africains) qui, pourtant, avait une solution alternative, elle s’est déclarée satisfaite de la visite de M. Jacques Chirac.

L’A.A : On dit souvent que la politique, c’est aussi la négociation et le dialogue. Ne craignez-vous pas de voir certains de vos actes assimilés à un refus du dialogue et de la négociation ?

G.0. : Aucun parti politique togolais, sauf le RPT et ses satellites, ne peut dire que je n’ai pas négocié ou dialogué avec lui pour la recherche d’une solution commune et concertée au problème togolais. Je vous rappelle, à titre d’exemple, l’union CAR/PDR/UFC. Elle profitait au CAR dans la mesure où l’UFC était disposée à relayer dans la masse togolaise les propositions qu’il défendait à l’Assemblée nationale (où ne siégeait pas l’UFC, ndlr). Mais quand il s’était agi d’accorder une place à l’UFC à la Commission électorale nationale (CEN) pour l’élection présidentielle, le CAR, n’a pas joué le jeu. Si vous avez suivi le combat que nous avons mené depuis le début du processus de démocratisation, vous verrez que les autres partis de l’opposition n’ont pas toujours soutenu les propositions claires et fermes de l’UFC. Ils ont même parfois essayé de marginaliser, voire d’exclure mon parti. Les résultats de l’élection présidentielle de juin 1 998 ont montré la justesse de nos positions.

L’A.A. : Votre Intransigeance ne risque-t-elle pas, à terme, de vous isoler ?

G.0. : Du moment que les populations nous honorent toujours de leur confiance, parce qu’elles savent que notre cause est juste, je ne pense pas que mon parti et moi serons isolés. Avec les autres partis, il nous arrive de nous rejoindre et de nous battre pour la même cause.

L’A.A. : Votre parti a tout de même signé l’accord cadre de Lomé, le 29 juillet. Tout vous convient-il dans cet accord ? Quelles améliorations devrait-on y apporter ?

G.0. : Dans le cas de cet accord, l’UFC s’était retrouvée pratiquement seule à défendre la victoire du 21 juin 1998. Au contraire, s’agissant de la création d’une Commission électorale nationale indépendante (Ceni), elle était avec le CAP, et la CDPA dans le camp de ceux qui voulaient un organisme entièrement libre et sans aucun lien de subordination par rapport au ministère de l’intérieur. Bien entendu, tout ne me convient pas dans cet accord, mais mon parti l’a signé car il met en place des organes tels que le Comité paritaire de suivi dans lequel notre présence est nécessaire, notamment pour instituer la Ceni dans sa composition et son fonctionnement, pour élaborer les instruments de son fonctionnement, ainsi que le code de bonne conduite politique, le statut de l’opposition, le financement des partis politiques.

L’A.A. : Pensez-vous que cet accord pourra mettre fin définitivement à la crise politique dans votre pays ?

G.0. : l’Accord parle de la nécessité de trouver rapidement une solution politique au problème du contentieux électoral, dans le but d’établir un nouveau calendrier pour les élections présidentielles. Une solution politique rendrait l’Accord plus juste et constituera un acte mobilisateur de nos populations qui ne se sentiront plus frustrées.

L’A.A. : Le chef de l’Etat togolais a annoncé la tenue de nouvelles élections législatives, en mars 2000. Il a aussi affirmé qu’il ne briquerait pas un nouveau mandat en 2003. Comment avez vous accueilli ces déclarations ?

G.0. : Les déclarations du chef de l’Etat au sujet du terme du mandat qu’il a usurpé et de la dissolution de l’Assemblée nationale mal élue le concernent. Nous nous en tenons, en ce qui nous concerne, au paragraphe 4 (quatre) de la page six [1] de l’Accord cadre de Lomé, pour demander que soit établi un nouveau calendrier pour l’élection présidentielle.

I’A.A. : Qu’est-ce qui peut amener votre parti à ne pas participer aux prochaines législatives ?

G.0. : D’après les premières informations que j’ai reçues, il nous arrive de partout des témoignages indiquant la satisfaction des populations que l’UFC a signé cet accord. Si les conditions de transparence et de bonne organisation électorale qui y sont stipulées sont respectées, nous n’aurons aucune raison de ne pas aller aux prochaines élections législatives.

Interview écrite, recueillie par LUCIEN AHONTO
" L’AUTRE AFRIQUE N° 94 DU 4 AU 17 AOÛT 1999

 

© Copyright L'Autre Afrique

Notes

[1] l’Union des forces de changement a insisté sur la nécessité de trouver rapidement une solution politique à ce problème, dans le but d’établir un nouveau calendrier pour les élections présidentielles.

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
dimanche
19 novembre 2017
Lomé 28°C (à 17h)