Présidentielle 2003

Interview de Gilchrist Olympio, Président national de l’UFC

par Crocodile (Togo) , le 3 avril 2003, publié sur ufctogo.com

 

1- La Constitution et le Code Electoral modifiés vous excluent de la course électorale. Pourtant, vous venez d’annoncer votre candidature pour la présidentielle de juin 2003. Sur quels arguments juridiques comptez-vous pour faire accepter votre candidature ?

Gilchrist Olympio : Je voudrais être clair, une fois pour toutes. Comme j’ai eu déjà à le dire, ma position repose sur une argumentation à deux volets :

Le volet politique selon lequel, mon parti l’UFC ne se soumettra jamais aux lois scélérates adoptées par le régime Eyadéma pour écarter ma candidature. Il est inacceptable que le chef de l’Etat, qui, lui, est exclu pour cause de limitation de mandats, ait modifié les textes pour se présenter, alors que par d’autres modifications, l’on cherche à m’exclure parce que les populations me font toujours confiance et que je risque de réediter la même performance qu’en 1998. Est-il acceptable que le vainqueur de la présidentielle de 1998 soit exclu pour on ne sait quelle raison ? Tout cela ne semble pas ébranler mes collègues de l’opposition. Bien au contraire !

De plus, cette volonté d’exclusion est contraire à l’esprit et à la lettre de l’Accord-Cadre de Lomé, préconisés pour permettre l’apaisement dans notre pays, après le choc provoqué par le hold-up électoral de juin 1998. Voilà pourquoi, mon parti met tout en oeuvre pour que la prochaine élection présidentielle soit libre, équitable, transparente et sans exclusion. Ou n’ait pas lieu.
Le volet juridique, selon lequel la loi par laquelle le régime tente de m’exclure, est juridiquement irrecevable. Le législateur togolais a eu l’intention de m’exclure de la prochaine présidentielle, mais la loi qu’il a adoptée à cet effet ne m’exclut pas, même à supposer que nous ayons envie de nous y soumettre. Mes arguments sont simples et irréfutables. Je les ai exposés en d’autres circonstances. La loi du 30 décembre 2002, relative à l’obligation de résidence de 12 mois consécutifs des candidats dans le pays, en sa forme actuelle, ne peut pas être appliquée à l’élection présidentielle de cette année. Elle le serait si elle était assortie d’une clause de rétroactivité. Le régime et les institutions qui lui sont inféodées s’en aperçoivent certainement maintenant. Car, au moment où la loi entre en application, le 31 décembre 2002, même si je voulais m’y conformer, je ne le pourrais pas. Elle ne saurait par conséquent, être appliquée pour la prochaine présidentielle. Pressé de m’exclure, le régime a oublié le simple bon sens.
De plus, lors de la présidentielle de 1993, le chef de l’Etat qui avait déjà accompli deux mandats (Constitution du parti unique) hormis les douze ans du régime d’exception, de 1967 à 1979, n’a pas été empêché de briguer un nouveau mandat, les nouvelles dispositions constitutionnelles de 1992 ne pouvant être rétroactives.

En conséquence, pour toutes ces raisons, à tout point de vue, aussi bien au plan politique qu’au plan juridique, je suis en droit de poser ma candidature.

2- La grande surprise, c’est qu’aucun parti dit de l’opposition n’a relevé ces points pourtant si fondamentaux de la CFD ?

Gilchrist Olympio : Je ne me suis jamais opposé à la stratégie d’une candidature unique de l’opposition démocratique.

J’étais plus que disposé à l’examiner au sein de la CFD quand le moment viendra. Nous avons toujours dit qu’à chaque étape de la lutte correspond sa stratégie. Seulement, au sein de cette coalition et dans une certaine presse, on a délibérément faussé le débat en prétendant qu’il y avait une opposition entre les « participationnistes » et les « non participationnistes » à la prochaine élection présidentielle.

Ce faisant, on voulait cacher la vérité qui était une opposition entre ceux qui veulent combattre les lois scélérates du 30 décembre 2002 pour qu’il y ait une élection présidentielle démocratique et ceux qui veulent carrément aller à cette élection aux conditions des dites lois, parce que ça les arrange que je sois exclu.

C’est la raison pour laquelle certains membres de la coalition voulaient que la question de la candidature unique soit débattue avant toute chose. Et ils se sont précipités d’envoyer des noms au gouvernement pour la représentation de la CFD à la CENI, ce qui prouve leur intention de ne pas combattre les lois scélérates du 30 décembre 2002.

Concernant la participation à la prochaine élection présidentielle, si vous vous reférez à toutes mes déclarations jusqu’à ce jour, vous ne verrez nulle part où j’ai dit que nous ne participerons pas à l’ élection présidentielle. Au contraire, j’ai dit et répété que nous irons à cette élection, et j’ai même ajouté parfois, que nous irons et nous gagnerons, sinon cette élection n’aura pas de sens.

Enfin, quand nous avons quitté la CFD en raison du mauvais et faux débat qui s’y était instauré, nous avons dit que nous mènerons notre combat comme nous l’entendons et ce dans l’intérêt du Peuple, et que nous sommes disposés à accueillir tous ceux qui voudront se joindre à nous. Ma candidature, qui dans les circonstances normales, aurait due être celle de la coalition, a été proposée et annoncée par mon parti, l’UFC, et je l’ ai confirmée. Et poursuivant notre logique, je l’ai assortie de 12 propositions simples visant à engager tout de suite, des négociations pour obtenir des conditions d’une élection démocratique.

Je sais que je ne me bats pas seulement contre le régime RPT, mais contre tous ceux qui veulent m’exclure du débat politique et des compétitions électorales au Togo. Mais ma candidature est là, conformément au droit, à la volonté du Peuple, et pour la bonne cause, celle du changement. Y adhère qui voudra.

En dehors du fait qu’aucun obstacle juridique ne s’oppose à ma candidature, comme je viens de vous l’exposer, elle doit être surtout considérée comme un acte d’insurrection contre l’arbitraire, en vue d’obtenir l’amélioration des conditions d’organisation de la présidentielle. Ce n’ est pas en nous soumettant au diktat du régime, en acceptant les conditions qu’il nous impose, que nous le battrons lors de la prochaine présidentielle.

La candidature unique est loin d’être la panacée au problème que nous pose le régime par la dénonciation de l’Accord-cadre de Lomé. La candidature unique, telle que posée dans le contexte de notre pays, procède de la culture de la soumission qui nous fait toujours refuser d’affronter le régime et qui nous fait rechercher une mauvaise solution de facilité.

La candidature unique dans ces conditions donc, est l’acceptation du fait accompli de la réécriture de la Constitution et du Code Electoral. C’est la manœuvre de contournement que l’opposition tente d’appliquer face à un coup de force du régime, au lieu d’y faire face en le combattant. Je ne suis pas convaincu de son efficacité, comme je n’ai jamais été convaincu de l’efficacité du contournement. N’oublions pas l’échec du contournement qui a consisté à accepter contre la volonté de mon parti que des législatives anticipées soient organisées à la place de la reprise de la présidentielle. Nous devons tirer des leçons de cette mauvaise expérience.

Le seul combat qui vaille la peine, c’est la lutte pour la restauration des acquis de l’Accord-cadre de Lomé.
De plus, il n’existe nulle part dans le monde, d’exemple de candidature unique recherchée comme solution aux mauvaises conditions d’organisation des élections. Le choix de la stratégie de la candidature unique ne remplace pas la lutte pour l’amélioration des conditions des élections. Rappelez-vous l’exemple du Zimbabwé, où l’insécurité et les conditions d’organisation de l’élection étaient telles que même l’existence d’un candidat dominant n’a pu permettre de battre le régime de Robert Mugabé.

Au Kénya, la lutte pour l’amélioration des conditions de l’élection a précédé le choix de la stratégie de la candidature unique.

3- L’opposition est muselée. Pas de manifestation publique. Pas de débats pluriels. Des militants sont pourchassés et arrêtés. Comment comptez-vous mener des actions sur le terrain et battre campagne ?

Gilchrist Olympio : That is the question ! Que peut la candidature unique comme solution à la situation que vous décrivez. C’est pour toutes ces raisons que nous préconisons, avant toutes choses, la lutte pour l’amélioration des conditions de sécurité et d’organisation des élections. Nous venons de formuler douze propositions en vue de remédier à cette situation. Nous nous battons pour les faire aboutir. (lire aussi nos 12 propositions)

4- Au cas où votre candidature est rejetée, quelle est votre voie de recours ?

Gilchrist Olympio : Je n’ose pas imaginer une telle éventualité à cause des conséquences qui peuvent en découler pour nos populations qui ne l’accepteront pas.

5- S’il arrivait que Eyadéma présente sa candidature en violation de son engagement de 1999, accepterez-vous d’être son challenger ?

Gilchrist Olympio : Pour l’apaisement, pourquoi pas ? En contrepartie nous exigerons comme nous le demandons déjà, l’amélioration des conditions de sécurité et d’organisation des élections. Cela fera partie des concessions mutuelles globales.

6- Au regard des législatives d’octobre 2002, tout porte à croire que le pouvoir veut organiser la prochaine présidentielle sans un grain de transparence, sans observateurs étrangers crédibles. Comment entrevoyez-vous les actions de la communauté internationale et de l’ONU pour ramener le pouvoir togolais à adopter l’organisation consensuelle des élections au Togo ?

Gilchrist Olympio : L’UFC ainsi que certains partis de l’opposition démocratique se font le devoir d’informer régulièrement la communauté internationale de la situation qui prévaut dans notre pays. La communauté internationale dispose de moyens d’intervention conformément aux accords que le gouvernement togolais lui-même a signé avec ses organisations en ce qui concerne la bonne gouvernance, l’organisation des élections et le respect des Droits de l’Homme. Nous avons déjà reçu des assurances de certaines de ces organisations, qu’elles enverront des missions d’évaluation au Togo afin de décider ou non de leur soutien au processus électoral en cours. Tous nos efforts pour obtenir l’abrogation des modifications des textes rencontrent l’approbation non seulement de la très gande majorité des populations togolaises, mais également de cette communauté internationale.

7- Les tergiversations, les unions de façade, les coups bas, les calculs politiciens, les querelles de leadership au sein de l’opposition commencent à fatiguer les populations. Quelle ligne de conduite adopter pour que ces populations ne perdent pas totalement espoir.

Gilchrist Olympio : Notre lutte est de mettre un terme au régime de dictature qui sévit dans notre pays depuis une quarantaine d’années. Nous ne nous arrêtons pas aux manœuvres mesquines des partis politiques. Mais, nous nous battons contre l’injustice d’où qu’elle vienne. Nous avons un parti organisé et structuré, capable d’affronter le régime en place. Ceux qui partagent notre point de vue doivent se joindre à nous, pour mener cette lutte et mettre en place les institutions démocratiques en vue de l’exécution de notre programme de sauvetage économique et social de notre pays pour le bien-être de nos populations.

8- Vu le parcours calamiteux et abracadabrant du processus démocratique depuis 1990, vous paraît-il que la présidentielle de 2003 signifiera -t-elle le début de la vraie alternance politique au Togo ?

Gilchrist Olympio : En effet, le parcours est long et difficile. Raison de plus pour que nous agissions dans la clarté et la fermeté afin de mettre un terme définitif à ce régime et de voir l’aboutissement de notre lutte.

9- Quel message particulier avez-vous à l’endroit des populations togolaises à l’orée de cette élection décisive.

Gilchrist Olympio : Nous sommes candidat. Nous avons le Peuple et le droit avec nous. Nous irons aux élections et nous gagnerons comme en 1998. Nous disons à notre Peuple de ne pas baisser les bras et de ne pas perdre espoir. La victoire est à portée de notre main.

Crocodile N°623 du jeudi 3 avril au 9 avril 2003

Lire aussi : nos 12 propositions)

 

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