Interview

Interview de Gilchrist Olympio dans "Liberté Hebdo"

par Liberté Hebdo (Togo) , le 2 novembre 2005, publié sur ufctogo.com

Exclusif : Gilchrist Olympio parle de la Commission de Réhabilitation, de l’imminence de la rencontre de Rome et de l’impunité qui a cours au Togo.

 

Tout récemment, Faure Gnassingbé a rendu publique la liste des membres devant constituer la Commission de Réflexion pour la Réhabilitation de l’Histoire du Togo. La grande surprise était la présence au sein de cette Commission, du Président National de l’Union des Forces de Changement, Gilchrist Olympio. Cette désignation continue d’alimenter le débat tant dans la presse locale qu’internationale.

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Aujourd’hui, le leader de l’UFC rompt le silence en déclarant qu’il n’est pas consulté et que par conséquent il n’a donné un quelconque accord. Pour lui, cette initiative « n’est pas la priorité de l’heure ». Il est en outre revenu sur le dialogue inter togolais, la suite à donner au rapport de l’ONU, les pourparlers de Rome et l’agression de notre confrère Dimas Dzikodo.

Liberté Hebdo : Il y a deux semaines la Commission de Réflexion pour la Réhabilitation de l’Histoire du Togo a été officiellement installée. Pourquoi votre nom est maintenu malgré vos multiples objections ?

Gilchrist Olympio : C’est à ceux qui maintiennent mon nom « malgré mes multiples objections » comme vous dites, qu’il faut poser la question. En ce qui me concerne, je confirme que je n’ai jamais été consulté au sujet de cette Commission et que je n’ai pas, par conséquent, donné un quelconque accord pour y participer. De toute façon, même si j’avais été consulté, j’aurais refusé. Ce n’est pas la priorité de l’heure et ce n’est pas ainsi que l’on peut restituer la vérité historique.

Liberté Hebdo : Quelle est votre réaction par rapport à cette déclaration de Mgr Dosseh-Anyron selon laquelle « vous n’auriez pas totalement refusé de faire partie de la Commission » ?

Gilchrist Olympio : Si Mgr Dosseh a dit cela, je trouve que ce n’est pas correct de sa part et je le déplore. Je ne sais pas ce qui peut l’autoriser à parler ainsi. Je ne suis en contact ni avec lui, ni avec aucun autre membre de cette Commission. Et je n’ai jamais tenu aucun propos qui puisse laisser entendre ce qu’il avance. Tout cela est affligeant. Le peuple togolais qui consent des sacrifices innombrables pour l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit ne mérite pas ce folklore.

Liberté Hebdo : Ne pensez-vous pas que cette initiative est en déphasage avec les priorités de l’heure ?

Gilchrist Olympio : Je viens de vous dire qu’il s’agit d’une manœuvre de diversion, un subterfuge visant à masquer l’absence d’une réelle volonté politique de rechercher une solution juste et durable à la crise togolaise.

Liberté Hebdo : On a l’impression que les autorités tournent en rond au lieu d’engager avec l’opposition traditionnelle, le dialogue national tel que formulé par l’engagement 1-1.

Gilchrist Olympio : En vérité, malgré leur discours évoquant sans cesse la nécessité d’un dialogue, les autorités togolaises n’ont jamais été favorables à l’organisation d’un véritable dialogue tel que prescrit à l’engagement 1-1. Rappelez-vous à l’époque du défunt chef de l’Etat Gnassingbé Eyadéma, la résistance du gouvernement Sama à l’organisation de ce dialogue et les stratégies et ruses qu’il mettait en œuvre, en permanence, pour y échapper ou mettre en place un ersatz de dialogue.

La mort de M. Eyadéma et le départ de Koffi Sama n’ont pas signifié la fin du régime qui a gardé toutes ses habitudes. Notre devoir est d’amener coûte que coûte, le régime à un véritable dialogue. Il n’y a pas d’autres moyens pour résoudre pacifiquement la crise togolaise.

Liberté Hebdo : Même les pourparlers de Rome sous l’égide de la Communauté Sant’Egidio, semblent prendre l’eau puisque le second rendez-vous annoncé pour septembre n’a pas pu se tenir ?

Gilchrist Olympio : Je ne peux pas encore dire cela. La prochaine rencontre est en cours de préparation et est imminente. Je voudrais saisir encore une fois l’occasion pour rappeler clairement que notre participation aux pourparlers de Rome procède uniquement de notre disponibilité à rechercher inlassablement une solution pacifique à la crise togolaise. Tant que nous serons sollicité de manière sérieuse par des organismes qui ont fait leur preuve comme Sant’Egidio, nous répondrons présents pour exprimer clairement et fermement nos positions.

D’aucuns nous reprochent de légitimer le pouvoir de fait en le rencontrant. Nous répondons que c’est parce que le pouvoir en place est illégitime que nous le rencontrons pour le lui dire clairement afin de rechercher ensemble avec lui une solution à cette situation.

Liberté Hebdo : Est-ce qu’aujourd’hui on peut dire que les recommandations de la première rencontre ont été traduites dans les faits ?

Gilchrist Olympio : La vérification de la satisfaction de nos exigences de la première rencontre fait partie de l’ordre du jour de la prochaine réunion.

Liberté Hebdo :N’avez-vous pas l’impression que vos déclarations suite à la publication du rapport de la mission des Nations Unies peuvent amener le RPT à durcir sa position ?

Gilchrist Olympio : Je ne peux pas répondre à la place du RPT. Mais je sais que la seule question importante aujourd’hui est de savoir si nous voulons contribuer à la cessation des violations massives des droits de l’homme et à l’apaisement de la situation politique au Togo. Si oui, le régime doit accepter qu’à la suite de ce rapport, nous demandions que les auteurs des actes incriminés soient identifiés et punis. En disant cela je ne crois pas compromettre les rencontres de Rome, au contraire cette prise de position doit aider le pouvoir en place à bien comprendre notre état d’esprit.

Etre en pourparlers ne signifie pas se voiler la face et se faire des mamours. Et éviter de prendre des positions fermes si l’occasion se présente. Au contraire, il faut se dire la vérité, afin que les problèmes soient identifiés en vue de leur trouver des solutions.

Liberté Hebdo : Selon vous, M. Faure Gnassingbé peut-il livrer ces « haut placés » impliqués dans les atteintes aux droits de l’homme sans que son pouvoir ne soit fragilisé ?

Gilchrist Olympio : Il est évident que c’est la cessation de l’impunité qui mettra fin à la violence politique au Togo. C’est parce que les auteurs d’actes répréhensibles se promènent librement et même s’en vantent, que la violence prospère comme mode d’expression politique. Autrement dit, c’est l’impunité qui est à l’origine de la violence récurrente ou même permanente au Togo. Il faut y mettre fin. Etre « haut placés » ne doit pas constituer un passeport pour l’impunité.

Liberté Hebdo : L’agression du Directeur de la publication du « Forum de la Semaine » ne vient-elle pas aggraver la situation ?

Gilchrist Olympio : Il est clair que le traitement infligé au Directeur de publication du Forum de la Semaine aggrave la situation et confirme la nécessité de la fin de l’impunité. L’UFC a fermement condamné cet acte quand il s’est produit. Nous souhaitons à M. Dimas Dzikodo une prompte guérison avec l’espoir de le retrouver très vite dans cette lutte.

Liberté Hebdo : L’atmosphère semble lourde au Togo. A votre avis, qu’est-ce qu’il faut concrètement pour décrisper la situation ?

Gilchrist Olympio : L’atmosphère ne semble pas lourde ! Elle est lourde. Le seul moyen pour décrisper la situation est d’ouvrir sans ruse ni subterfuge, et une bonne fois pour toutes, un dialogue véritable, mettre les problèmes à plat et tenter de les résoudre sans tabou.

Zeus AZIADOUVO
Une interview du leader de l’UFC accordée à Liberté Hebdo Numero 33 du mercredi 02 novembre 2005

 

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