Sommet franco-africain

Interview de François-Xavier Verchave ( Survie )

par La Croix (France) , le 21 février 2003, publié sur ufctogo.com

Pour le président de l’ONG Survie, coordinateur d’un contre-sommet France-Afrique, la présence au sommet de Paris du président du Zimbabwe, Robert Mugabe, soumis à des sanctions de l’Union européenne pour atteintes graves aux droits de l’homme, ne doit pas occulter celle, tout aussi critiquable, d’autres chefs d’Etat. « Non, mais il n’est pas le seul chef d’Etat critiquable ».

 

Fallait-il faire venir le président Mugabe à Paris ?

François-Xavier Verschave : L’ensemble des médias se focalise sur la venue du président du Zimbabwe à Paris. Mais, à ce sommet France-Afrique, il y a au moins six chefs d’Etat qui pourraient relever du tribunal pénal international : le président congolais Denis Sassou N’Guesso, qui fait l’objet d’une enquête pour crime contre l’humanité après l’affaire des disparus du « Beach » ; le président tchadien Idriss Deby, soupçonné d’avoir commis des crimes en 1998 pendant la répression au sud de son pays ; le président mauritanien Ould Taya, dont l’un des officiers fait l’objet d’un jugement par coutumace pour crime contre l’humanité à propos du massacre d’une partie négro-africaine de l’armée au début des années 1990 ; le président de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, soupçonné d’avoir commandé des massacres à caractère ethnique ; le président togolais Gnassingbe Eyadema, poursuivi par Amnesty International pour avoir éliminé 150 personnes lors de l’élection présidentielle de 1998 ; et enfin, le président centrafricain Ange-Félix Patassé, qui est poursuivi pour crimes de guerre par la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (Fidh) auprès de la Cour pénale internationale. Cette cour ne pouvant statuer que pour des faits commis après sa création, le 1er juillet 2002, seul Ange-Félix Patassé peut être poursuivi par cette instance.

Que reproche-t-on à Robert Mugabe ?

François-Xavier Verschave : Le président zimbabwéen est un personnage peu recommandable. Il a été présenté comme respectable pendant longtemps alors qu’il a conquis son pouvoir en massacrant une partie de son opposition dans les années 1980. Aujourd’hui, la famine qui règne dans son pays illustre l’argumentation du prix Nobel d’économie Amartya Sen : « Dans la longue liste des famines du XXe siècle, il n’y en a aucune qui se soit passée dans un pays disposant d’un minimum de liberté d’expression et de démocratie. » Cette famine au Zimbabwe est avant tout politique.

L’origine de cette famine n’est-elle pas due avant tout au départ, orchestré par le président Mugabe, des fermiers blancs ?

François-Xavier Verschave : Au Zimbabwe, les meilleures terres du pays étaient occupés par les Blancs. En Afrique australe, les terres et les mines sont encore contrôlées par des Blancs. Cela a engendré une frustration importante de la population noire, que Robert Mugabe instrumentalise à la perfection. Il est en train de se transformer pour certains en héros de l’indépendance africaine. Ce qui explique que de nombreux pays africains aient menacé de ne pas se rendre à Paris si Robert Mugabe était interdit de sommet.

Comment expliquez-vous la levée de boucliers britannique que provoque cette visite ?

François-Xavier Verschave : La situation au Zimbabwe est aussi l’échec de la décolonisation britannique. La Grande-Bretagne n’est donc pas la mieux placée pour donner des leçons. Le gouvernement britannique a donné son accord à la venue de Robert Mugabe en France. C’est surtout la presse contrôlée par l’Australo-Américain Rubert Murdoch qui est virulente. Ce n’est sans doute pas un hasard si ce patron de presse, connu pour ses sympathies pro-Bush, monte en épingle cette venue au moment de la crise irakienne.

Des sommets entre l’Europe et l’Afrique peuvent-ils aussi s’avérer utiles ?

François-Xavier Verschave : Oui, sans doute, mais pas quand ils sont entachés, comme c’est le cas pour le sommet France-Afrique, d’un passé colonial. Le dialogue est nécessaire mais il devrait avoir lieu au niveau européen. Je déplore qu’un sommet Europe-Afrique prévu en avril au Portugal ait été annulé. Mais le Portugal avait moins de poids diplomatique que la France pour y imposer la présence de Robert Mugabe, condition pour la venue de certains chefs d’Etat.

Recueilli par Pierre COCHEZ - La Croix

 

© Copyright La Croix (France) - Visiter le site

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
vendredi
28 avril 2017
Lomé 32°C (à 12h)