22 engagements

Interview accordée par Gilchrist Olympio à l’hebdomadaire « La Tribune du Peuple »

par La Tribune du Peuple (Togo) , le 7 juillet 2004, publié sur ufctogo.com

 

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La Tribune du Peuple : Trois mois après la signature des 22 engagements par le gouvernement, quelles appréciations faites-vous de leur mise en œuvre ?

Gilchrist Olympio : Le moins que l’on puisse dire est que le bilan de l’application de ces engagements est très préoccupant. L’attitude du gouvernement traduit l’absence absolue d’une volonté politique de mettre réellement en œuvre ces engagements. Tout est de la poudre aux yeux pour tromper la communauté internationale. Je m’explique.

D’abord, si nous examinons l’attitude du gouvernement à l’égard des engagements concernant la démocratie, nous nous rendons compte que le gouvernement fait tout pour éviter le respect du premier d’entre eux, l’engagement 1.1 relatif au dialogue, alors que la réalisation de plusieurs autres engagements et l’assainissement de l’environnement politique dépendent de la mise en œuvre de cet engagement 1.1.

Il est clair aujourd’hui que le gouvernement se démène pour échapper à la reprise du dialogue avec « l’opposition traditionnelle » et préfère, comme d’habitude, se consacrer à la pratique du dilatoire dans lequel il excelle. Tout est donc bloqué.

Par exemple, le Premier Ministre a proposé, lors de sa rencontre avec la classe politique et la société civile, le 30 juin 2004, que l’opposition démocratique et la kyrielle de partis et d’associations factices que le régime a créés, lui envoient chacun, un représentant pour participer à une prétendue commission qui serait chargée de plancher sur la réforme du Code Electoral et le financement des partis politiques. Or, l’engagement 1.3 relatif à la « révision du cadre électoral » ne peut être mis en œuvre que par le dialogue qui n’a pas encore commencé à cause des manœuvres de diversion auxquelles se livre le gouvernement.

Nous ne cautionnerons pas une stratégie visant à dénaturer le dialogue et à empêcher l’abrogation des dispositions d’exclusion introduites unilatéralement par le régime, dans la Constitution de 1992 et le Code Electoral issu du CPS. Il n’est pas question de laisser le gouvernement nous divertir avec cette proposition. L’UFC n’enverra aucun représentant participer aux travaux de cette commission.

Nous ne devons jamais oublier que le refus de l’alternance politique et les nombreux hold-up perpétrés par le régime sont la cause fondamentale de la crise togolaise. Il nous faut en conséquence, faire preuve d’une extrême vigilance et d’une grande fermeté vis-à-vis de tout ce qui a trait aux élections. En clair, « la révision du cadre électoral en partant de l’Accord-cadre de Lomé », comme le stipule l’engagement 1.3., doit être le fait du dialogue. Et pour cela ; il faut que le dialogue commence. Cette prétendue réforme du Code Electoral n’est qu’une manoeuvre du gouvernement, visant à noyer « l’opposition traditionnelle » dans une nébuleuse de partis et d’associations à sa solde, et qui ne sont pas représentatifs des populations togolaises. Cette nébuleuse a pour mission d’empêcher « l’opposition traditionnelle » de faire prévaloir son point de vue.

L’attitude du gouvernement vis-à-vis des engagements relatifs aux droits de l’homme et aux libertés publiques, n’est guère mieux.
Ainsi, l’engagement 2.2 concernant la libération des détenus politiques n’est pas mis en oeuvre. Après avoir pris l’engagement de libérer l’ensemble des détenus politiques, le gouvernement affirme qu’il n’y a pas de détenus politiques au Togo. Il maintient en détention les détenus politiques qu’il a fait juger et condamner à de lourdes peines. On se demande d’ailleurs pourquoi il a pris cet engagement.

Ainsi, le Secrétaire Général de l’UFC, Jean-Pierre Fabre et le 3ème Vice-président, Patrick Lawson, demeurent toujours inculpés de trouble à l’ordre public.

Les engagements 3.3 et 3.4 concernant la liberté de circulation des militants et responsables politiques ne sont pas non plus respectés. La preuve en est que le gouvernement m’empêche de rentrer au Togo en refusant de me restituer mon passeport.

Le plus triste dans cette situation est que pendant qu’il néglige d’appliquer les mesures nécessaires à la résolution de la crise togolaise, le gouvernement togolais, fidèle à son habitude, joue les mouches du coche dans les crises de la sous région, où l’on n’a manifestement pas besoin de ses gesticulations. Parce que la communauté internationale est largement impliquée dans le règlement de ces conflits et leur consacre les moyens appropriés.
Et pendant que le régime togolais prétend vouloir régler toutes les crises de l’univers, les populations togolaises affrontent les pires souffrances et croupissent dans la misère. Le niveau de cynisme atteint par ce régime est phénoménal.
La Tribune du Peuple : Face à la rupture constatée par bien d’observateurs dans la mise en œuvre des 22 engagements, qu’envisagez-vous pour sortir le dialogue de l’impasse ?

Gilchrist Olympio : Nous avons toujours pensé à l’UFC que le régime n’appliquera pas de lui-même les 22 engagements qu’il a souscrits à Bruxelles devant l’Union Européenne. Ce n’est pas dans sa nature, il nous le démontre tous les jours. Et il ne changera pas. Par contre, les ruses et les manœuvres auxquelles il se livre aujourd’hui pour contourner le dialogue, sont une constante chez lui.

Comme d’habitude nous avons manifesté notre bonne foi. Comme d’habitude, le régime se moque de nous et compte sur la force brutale pour imposer ses positions. Et lorsque nous refuserons de nous rendre complices de ses manœuvres, le régime nous traitera de radicaux ou d’extrémistes. Ce schéma archi connu ne nous empêchera pas de réagir une fois encore. Il nous faut « aider » le régime à respecter les 22 engagements.

Le temps est venu pour nous de solliciter dans leur intérêt, le soutien des populations, pour exiger et obtenir le respect des engagements. Aucune lutte ne se mène en comptant exclusivement sur la pression extérieure. Celle-ci ne devrait pas être l’essentiel de notre lutte, mais en constituer un appoint. C’est seulement par la pression intérieure que nous obtiendrons la réelle cessation des atteintes aux principes de la démocratie et de l’Etat de droit que visent les engagements.

Voilà pourquoi la mobilisation populaire s’impose. Je ne vous cache pas que depuis quelques temps, les contacts se multiplient au sein de l’opposition démocratique pour préparer la mobilisation de nos populations. Je voudrais saisir l’occasion pour demander à nos populations de répondre favorablement aux mots d’ordre de mobilisation de l’opposition démocratique.
Pour me résumer, je dirai que pour affronter la situation, nous avons deux moyens qui se complètent :

- le premier, recourir à l’influence de l’UE sur le régime pour le ramener à la raison,

- le deuxième, en appeler à la pression populaire pour contraindre le régime au respect de ses engagements.

La Tribune du Peuple : D’aucuns vous reprochent d’avoir proposé la participation de la société civile au dialogue et de permettre, de ce fait, au gouvernement de semer la pagaille et de dominer le dialogue.

Gilchrist Olympio : J’ai effectivement lu avec beaucoup d’amusement que certains journaux, à la solde du régime, dans leur désir effrénée de me trouver des poux dans la tête, essayent de m’imputer la responsabilité de l’attitude actuelle du pouvoir. Alors que cette attitude procède simplement de sa mauvaise foi habituelle.

Je demande seulement à ces messieurs, de lire attentivement le texte de l’allocution que j’ai prononcée le 1er octobre 2004 à Bruxelles et auquel ils se réfèrent. J’ai souhaité que la société civile participe au gouvernement de transition qui sera chargé d’appliquer l’Accord issu du dialogue, et d’organiser les élections. Dans mon esprit, il s’agit de faire en sorte que les personnes issues de la société civile servent d’éléments modérateurs, au sein d’un gouvernement qui risque d’être le siège de divers conflits du fait même de sa nature. Je n’ai jamais demandé que la société civile prenne part au dialogue.
C’est le gouvernement qui a pris l’engagement de reprendre le dialogue avec « l’opposition traditionnelle » et la société civile, certainement sous la pression de l’Union Européenne. Je pense que l’UE souhaite que la société civile soit associée au dialogue pour la résolution des problèmes sociaux, culturels, économiques, de défense des droits de l’homme, etc. Nous n’y sommes pas opposés. Mais, notre position est que la reprise du dialogue entre le pouvoir et « l’opposition traditionnelle » permette aux deux protagonistes, dans une première étape, de discuter et de rechercher des solutions aux problèmes politiques. Et de faire intervenir dans une deuxième étape, une fois les problèmes politiques réglés, la société civile pour le reste.

La Tribune du Peuple : Est-ce que vous prévoyez votre retour, dans le cadre de ce dialogue ?

Gilchrist Olympio : Votre question montre que vous avez du dialogue, la même compréhension que nous. C’est-à-dire, un débat sur une certaine période, mettant face à face deux camps opposés, en vue d’apurer les contentieux qui minent la vie politique de notre pays. Il est clair, dans cet esprit, que la présence de tous les protagonistes de la crise est déterminante au succès de ces assises.

Voilà pourquoi, depuis un moment, et malgré tous les obstacles, je mets tout en œuvre pour rentrer dans mon pays, le Togo. Si tout va bien, vous me verrez bientôt parmi vous pour contribuer à la réussite de ce dialogue fondamental pour l’avenir de notre pays et à la fin des misères de nos populations.

Je voudrais terminer cet entretien en réitérant la disponibilité de l’UFC à prendre part à toute réunion préparatoire au dialogue ainsi qu’au dialogue lui-même.

 

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