Conflits

Instabilité en Afrique : 73 coups d’état depuis 1952, 75 conflits armés depuis 1945

par Fraternité Matin (Côte d'ivoire) , le 16 janvier 2004, publié sur ufctogo.com

Depuis 1952, année du premier coup d’État perpétré en Égypte par Nasser contre le roi Farouk, le continent africain a connu 73 coups d’État. Ce chiffre atteint 100 si l’on y ajoute les tentatives, réelles ou supposées. Cette révélation a été faite hier par le Dr Kouassi Yao, Maître assistant en Histoire contemporaine à l’Université de Cocody, au cours d’une conférence publique qu’il a prononcée à la salle des fêtes de l’Assemblée nationale.

 

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Organisée par l’ONG Afrique Nouvelle, cette conférence portait sur le thème " les coups d’État en Afrique : bilan et enseignements à tirer ". L’enseignant a également révélé que sur les 75 à 80 conflits recensés depuis 1945, on dénombre une quarantaine de guerres civiles, dont certaines ont été extrêmement longues. Toutes choses qui font dire à Kouassi Yao, reprenant à son compte une affirmation de Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, que " l’Afrique est une zone d’instabilité majeure ". Les causes de cette instabilité sont diverses.

S’agissant des guerres civiles, le spécialiste des conflits armés distingue les causes endogènes des causes exogènes. Les premières sont essentiellement liées aux dysfonctionnements de l’État africain post-colonial qui n’était pas préparé à assurer la paix et la sécurité à l’intérieur de ses frontières. D’où, relève Kouassi Yao, sa faillite sur trois plans. D’abord sur le plan politique.

Le pouvoir politique est détenu par un parti dominé par un individu, ce qui entraîne une absence d’alternance à la tête de l’État. Ensuite, faillite sur le plan économique marquée par l’exercice par l’État d’un monopole dans la gestion des ressources nationales. " Ces ressources sont monopolisées au profit de cercles politico-mafieux proches du pouvoir ", observe le conférencier. Enfin, une faillite sur le plan sécuritaire.

Les forces de Défense et de sécurité, censées assurer la protection des personnes et des biens, sont instrumentalisées par les dirigeants en vue d’assurer leur longévité au pouvoir. A ces causes, il convient d’ajouter, recommande Kouassi Yao, une boulimie de certains individus pour le pouvoir, des ambitions personnelles démesurées (cas de Jonas Savimbi en Angola qui a guerroyé pendant 27 ans). Il y a aussi les dérapages relevés au niveau des processus démocratiques, ainsi qu’une gestion approximative de la question nationale.

Le conférencier a également énuméré des facteurs aggravants, notamment la privatisation de la guerre à travers la création de milices privées à la solde d’individus assoiffés de pouvoir. Autres facteurs aggravants, la circulation inquiétante des armes légères et la manipulation de l’information par certains médias au profit de certaines personnes qui aspirent au pouvoir.

Sur les facteurs extérieurs, le Dr Kouassi Yao a indiqué que le partage de l’Afrique par la Conférence de Berlin en 1885 a jeté les bases d’un certain nombre de problèmes, en particulier la naissance d’États artificiels, sans cohésion, sans viabilité. " Les colonisateurs ont beaucoup usé de la tactique du diviser pour régner. Ils ont ainsi favorisé des petits groupes au détriment du plus grand nombre ", fait remarquer l’enseignant de l’Université de Cocody qui note par ailleurs que du temps de la guerre froide, les grandes puissances ont favorisé des situations de conflits en Afrique à travers des ventes massives d’armes aux pays (en 1987, l’URSS a vendu pour trois milliards de dollars d’armements à l’Angola).

Enfin, il n’a pas oublié de mettre en lumière le rôle de certains pays voisins dans le déclenchement de certaines guerres civiles. Il a insisté sur la particularité de celles-ci, soit leur durée. A titre d’exemple, il a cité les guerres du Tchad, 40 ans ; du sud Soudan, 37 ans ; d’Érythrée ; 30 ans, d’Angola, 27 ans, etc. En outre, ces guerres n’épargnent aucune région géographique du continent que le Dr Kouassi Yao a réparti en trois grandes zones : la Corne de l’Afrique (Éthiopie, Soudan, Érythrée, Somalie, ), l’Afrique australe, 12 conflits, et l’Afrique de l’ouest, une dizaine de guerres. Seule l’Afrique du Nord reste " marginale ", apparaissant comme un havre de paix, hormis l’Algérie qui eut " sa " guerre

En ce qui concerne les coups d’État, deux périodes sont à distinguer, celle allant de 1952 à 1989, année marquant le début des processus de démocratisation, et celle de 1989 à nos jours. Cinquante-trois coups d’État ont été enregistrés durant la première période, contre 20 durant la seconde. Ici aussi, deux grandes zones existent : l’océan indien, Seychelles et Comores notamment, le dernier cité détenant le record avec 15 à 18 coups d’État depuis son indépendance, et l’Afrique de l’ouest (33 coups d’État).

Quatre types de raisons, selon le Dr Kouassi Yao, peuvent expliquer les coups d’État : les mouvements sociaux, l’affaiblissement du pouvoir étatique, la démarche de l’armée jouant un rôle de force d’opposition, les revendications à caractère corporatiste qui se transforment en coups d’État. L’universitaire établit ici une autre distinction, celle entre les coups d’État pro-démocratiques, les coups d’État antidémocratiques et les coups d’État à caractère subversif. Les premiers, explique-t-il, ont pour objectif de créer les conditions de l’essor de la démocratie (cas du Mali avec le colonel ATT), les deuxièmes ne favorisent pas l’épanouissement de la démocratie, au contraire mettent fin au processus démocratique en cours, les troisièmes étant le fait de pays voisins, de multinationales ou de grandes puissances.

Au total, le Dr Kouassi Yao soutient que les coups d’État et les guerres civiles favorisent toujours l’instabilité politique, or " on ne peut pas se développer en cas d’instabilité ". D’où son appel aux Africains à tourner définitivement le dos aux moyens anticonstitutionnels pour accéder au pouvoir. " Le meilleur ami du développement, c’est la démocratie ", conclut-il.

Cyprien Tiessé - Fraternité Matin (Abidjan)

 

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