Caraïbes

Haïti : la décente aux enfers

par RFI (France) , le 19 janvier 2004, publié sur ufctogo.com

La situation ne cesse de se dégrader dans le pays où le président Jean-Bertand Aristide affronte le plus vaste mouvement de contestation depuis son retour au pouvoir, en 1994. L’expression de la vie politique prend une tournure radicalement violente. La presse est menacée et nombre de journalistes, militants, ou simples citoyens participant à des manifestations sont régulièrement victimes des dérives de bandes armées.

 

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En septembre 2002, Jean-Bertrand Aristide accuse les médias de vouloir déstabiliser son gouvernement et les assimile aux auteurs du coup d’Etat de 1991. Pour la profession, ces déclarations sont un message destiné aux "organisations populaires", ces milices paralégales chargées de régler leur compte aux détracteurs du Président. En 2002, une quarantaine de journalistes ont été menacés ou agressés. Une spirale de la violence qui repose sur l’impunité dont bénéficient ses auteurs. A commencer par les assassins des journalistes Jean Dominique et Brignol Lindor. © RSF

Les forces de l’ordre, accusées de passivité, de dérives mafieuses ou de complicité avec le pouvoir, semblent incapables d’enrayer ce phénomène de déliquescence de la vie publique. La manifestation anti-gouvernementale de dimanche, à Port-au-Prince, a fait un mort et plusieurs blessés.

Comme lors des précédents mouvements, la violence était une fois de plus au rendez-vous de la manifestation anti-gouvernementale de dimanche. Plusieurs milliers de personnes ont marché à l’appel de la Plate-forme démocratique de la société civile et des partis d’opposition pour réclamer, une nouvelle fois, le départ du président Jean-Bertrand Aristide.

Les manifestants ont dû affronter les jets de pierres et de bouteilles de partisans du chef de l’Etat, postés dans des ruelles et sur les toits sur le trajet de la manifestation. Des coups de feu ont été tirés en dépit d’une protection policière saluée par les manifestants eux-mêmes. Selon des témoins, c’est après la dispersion du cortège, alors que les participants regagnaient leurs foyers, qu’un manifestant a été tué par balle par des hommes armés circulant sur des camions.

De l’aveu même de certains participants, interrogés par l’AFP, la manifestation de dimanche dans la capitale haïtienne a recruté moins de partisans que les précédents rassemblements. Selon eux, cette désaffection est à mettre au compte de la répression dont l’opposition est victime dans les quartiers défavorisés. Néanmoins, après les attaques dont les manifestants ont été la cible, dimanche, la police anti-émeute, réputée favorable au régime, a riposté et procédé à plusieurs arrestations.

Protestations internationales

Ces nouveaux incidents surviennent peu après l’incendie volontaire de plusieurs radios privées. Dans la nuit de samedi à dimanche, deux radios locales de la commune de Saint Marc (à 96 km au nord de la capitale), Radio LJS (Lumière de la jeunesse Saint-Marcoise) et Radio Delta ont été investies par un groupe d’hommes en armes. Ils ont mitraillé les installations avant d’y mettre le feu. Ces attaques n’ont pas été revendiquées. Jeudi dernier, deux autres stations de la ville, considérées comme proches du pouvoir, Radio Pyramide et Radio America, avaient subi le même sort. Le personnel et le directeur de la première avaient été menacés de mort par les assaillants. Le studio d’émission de la seconde se trouvait dans la maison du procureur de la République.

La radicalisation des camps et des méthodes laisse le champ libre à de nombreux extrémistes. Un ancien journaliste a été grièvement blessé par balle vendredi soir aux Gonaïves, dans le nord-ouest du pays, lors d’un attentat non-revendiqué, mais dont on n’est toutefois pas sûr que la victime était bien la cible visée par les assaillants. Dans la journée, Port-au-Prince avait été le théâtre d’une violente confrontation entre manifestants anti et pro-Aristide, à l’occasion des obsèques d’un étudiant abattu dix jours plus tôt lors d’une manifestation d’opposants. Bilan : cinq blessés, dont trois par balles.

Les attaques répétées contre la presse soulèvent une vague d’indignation tant au niveau national qu’international. Après le sabotage commis mardi par un commando d’inconnus armés contre huit stations de radios et une station de télévision à Port-au-Prince, plusieurs communiqués de protestations ont été publiés. L’Organisation des Etats américains a exprimé sa « vive préoccupation » et demandé aux autorités d’engager une enquête sérieuse. L’Association nationale des médias haïtiens a annoncé son intention de poursuivre les auteurs devant les tribunaux. L’association Reporters sans frontières déclare craindre la répétition de tels actes « si les auteurs ne sont pas sanctionnés ». L’ambassadeur des Etats-Unis condamne. L’ambassadeur de France les qualifie « d’inacceptables ». Enfin, tant le parti au pouvoir, que le président, l’opposition et la classe politique dans son ensemble dénoncent cette situation extrêmement préoccupante en raison des graves menaces qu’elle comporte pour l’avenir du pays.

La communauté régionale des Caraïbes Caricom, dont Haïti est membre, va tenter dès cette semaine une médiation. Ses représentants rencontreront à partir de mardi les membres de l’opposition, de l’Eglise et de la société civile. Puis ils mèneront des entretiens ultérieurement avec le président Jean-Bertand Aristide. La mission aura lieu aux Bahamas et sera conduite par le Premier ministre jamaïcain.

Georges ABOU - RFI

 

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