Démocratisation

Guinée : la contestation gronde

par RFI (France) , le 1er septembre 2004, publié sur ufctogo.com

Le gouvernement guinéen, désormais directement dirigé par le président de la République, le général Lansana Conté lui-même, prend l’eau de toute part. Sur les plans politique, économique et social, le gouvernement bricole, colmate et écope pour éviter le naufrage.

 

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L’Union européenne qui subordonne sa coopération à un minimum de démocratie dans les pays africains, avait reçu de la part des autorités guinéennes des engagements sur l’ouverture politique du régime. Il a quelques mois à Bruxelles, les autorités guinéennes avaient aussi obtenu qu’une évaluation de la situation dans leur pays soit repoussée à la fin août 2004. Au terme de ce délai la situation a plutôt empiré. Le Premier ministre François Fall a démissionné deux mois après sa nomination, début mai 2004 et n’a pas jamais été remplacé. Mais pour faire bonne figure, le pouvoir avait multiplié les déclarations de bonnes intentions pour appeler tous les partis politiques autour d’une table de discussion. Mais l’interpellation de nombreux dignitaires de l’Union des forces républicaines (UFR), au lieu de diviser l’opposition l’a plutôt confortée dans un esprit de solidarité contre le pouvoir qui a finalement abandonné toute idée de poursuite contre Sidya Touré, le leader de l’UFR. La reprise du dialogue politique en a pris un coup.

Cette reprise du dialogue politique, comme exigée par l’Union européenne, a plusieurs fois été annoncée par le pouvoir, mais qui n’a pu réunir que des petits partis satellites du Parti pour l’union et le progrès (PUP), au pouvoir. Les grands partis de l’opposition se sont donnés un code de bonne conduite et ensemble ont refusé de servir de faire valoir au gouvernement de Lansana Conté. Or, une mission d’évaluation des experts de l’Union européenne se rendra bientôt en Guinée pour constater les éventuelles avancées sur le plan politique. Et, pour avoir quelque chose à présenter aux Européens le gouvernement guinéen relance l’idée de la « reprise du dialogue politique ». Aucune des grandes formations politiques n’a fait le déplacement pour l’ouverture dudit dialogue, le 31 août, alors que le gouvernement se félicitait de la reprise des travaux.

Acheter le silence

Cette vie politique instable se double de la fragilisation constante de la situation économique et sociale. La flambée des prix des denrées alimentaires de base, la dépréciation de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères, la récente augmentation des prix à la pompe des produits pétroliers en moyenne de 70%, la distribution de l’eau et de l’électricité toujours aléatoire font craindre au pouvoir des remous sociaux. En effet, la plupart des centrales syndicales du pays ont signé une déclaration dans laquelle elles demandent une annulation des mesures qui encadrent la hausse des prix du carburant. Elles jugent « dérisoire » l’augmentation de 100% de la prime de transport pour les travailleurs de la fonction publique, annoncée par le gouvernement pour tenter de contenir la montée des contestations. Le prix des transports en Guinée a aussi subi une augmentation de 100%.

La contestation gronde, mais n’a pas encore connu d’expression publique. C’est pourquoi le ministère de l’Intérieur voit d’un très mauvais œil toute manifestation qui pourrait rassembler trop de monde à la fois. Le gouvernement a vivement recommandé aux femmes guinéennes de surseoir à leur traditionnelle journée du 27 août « pour ne pas se laisser entraîner par les loubards qui voudraient profiter de leur manifestation pour tout casser ». Pour convaincre les femmes de renoncer à la célébration du 27 août, le gouvernement guinéen a distribué de l’argent aux associations de femmes. Selon la volonté du chef de l’Etat une enveloppe de 50 millions de francs guinéens (plus de 16 500 euros), a été répartie entre les groupements de femmes des dix communes de Conakry. Deux cent cinquante millions de francs guinéens sur les 3 milliards prévus seraient déjà disponibles pour calmer les ardeurs des femmes dans tout le pays. En effet, le pouvoir craint la célébration de ce jour du 27 août 1977 où les femmes guinéennes avaient exprimé leur ras-le-bol dans les rues de Conakry pour dénoncer les exactions de la police économique instituée par le régime dictatorial du président Sékou Touré. Depuis lors, le 27 août est célébré comme la journée de la femme guinéenne. La fête n’a pas eu lieu cette année. On n’est jamais trop prudent.

Enfin, dans la morosité ambiante, le Mouvement des jeunes partisans du changement (Mojepac), créé en 1998, mais resté sans grandes activités, réapparaît en tentant de mobiliser la classe politique guinéenne autour d’une idée : « le départ sans conditions » du président Lansana Conté du pouvoir qu’il accuse des « malheurs de la Guinée ».

Didier Samson - RFI

 

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