Le pari du Général

Gnassingbé Eyadéma, nouveau président de l’OUA

par Afrique-Asie , le 1er juillet 2000, publié sur ufctogo.com

 

Il pourrait sortir de la politique par la grande porte après y être entré par effraction. Cet homme à qui le continent africain doit le premier coup d’Etat qui a renversé le président Sylvanius Olympio quelques mois seulement après la création de l’Organisation de l’unité africaine (Oua) en 1963 a eu le privilège d’inscrire dans les annales de l’histoire de son pays deux événements majeurs : la tenue du premier sommet du millénaire des chefs d’Etat de l’Oua mais surtout la signature à Lomé de l’acte constitutif qui consacre la naissance de l’Union africaine.

Si, rien n’a préalablement été fait pour faire coïncider ces deux événements dans un pays comme le Togo, l’histoire du continent retiendra que ce qui était jusque-là un rêve pour des générations d’africains, s’est enfin réalisé sous le règne d’un ancien putschiste, le général-président Gnassingbé Eyadema, qui a vite fait d’abréger prématurément la carrière politique de son prédécesseur en ouvrant la voie à une cascade de coups d’Etat qui ont écarté de la scène politique la plupart des pères de l’indépendance en Afrique : Modibo Keita du Mali, Moctar Ould Daddah de la Mauritanie, David Dacko de la Centrafrique, Hamani Diori du Niger, etc. Et si un terme n’y avait pas été mis en 1999 en décidant lors du sommet de l’Oua à Alger d’exclure des grandes rencontres du continent tout chef d’Etat africain qui vient au pouvoir par la force, on ose imaginer jusqu’où s’arrêteraient les renversements de régime.

On imagine aussi ce que peut être la joie d’Eyadema et de plusieurs autres chefs d’Etat africains encore en poste qui sont épargnés par cette mesure qu’on n’a pas voulu rétroactive.

Ainsi, pendant un an, le temps d’un mandat présidentiel de l’Oua, le général Eyadema qui a troqué le kaki contre les costumes, présidera aux destinées de notre chère Afrique. Avec son bâton de commandement, il sillonnera le continent dans toute sa dimension pour dénoncer les coups d’Etat, faire appliquer aux éventuels putschistes les dispositions de la résolution 142 qui auraient dû lui être appliquées, essayer de faire taire les foyers de tension, oeuvrer pour la réconciliation nationale, accueillir et faire retourner chez eux les millions de réfugiés, informer et sensibiliser sur l’existence en Afrique des mines antipersonnel, etc. On comprend aisément que toute la joie du nouveau président de l’Oua qui se fond dans la grande charge émotionnelle qui couvre la voix de ce colosse de presque 190 cm et plus de 90 kg se mesure à la taille de cette charge sur laquelle Eyadema ne s’est pas tue. "Je mesure pleinement l’ampleur de la tâche qui m’attend. Mais j’ai bon espoir qu’avec l’aide de vous tous, je pourrai remplir cette lourde et fascinante mission", souligne-t-il très affaibli dans son discours d’investiture.

Mais ironie du sort. Au moment où le général-président prend, en effet, les rênes de l’Organisation de l’unité africaine pour défendre le continent et l’aider à faire face aux grands défis qui l’assaillent, le Togo, pays de Gnassingbé Eyadema, se présente en Afrique comme l’un des plus grands pourvoyeurs de problèmes, de misères et de déchéances sociales. Il cherchera ainsi à régler ailleurs un problème qui existe déjà chez lui. Il est vrai qu’on n’est pas arriver au stade des guerres civiles ou des affrontements inter-ethniques comme cela se passe ailleurs sur le continent. Mais au Togo, l’instabilité politique, l’insécurité, le chômage, le sous-emploi, la corruption, la pauvreté, etc. sont autant de facteurs qui peuvent, à tout moment faire exploser une situation déjà dramatique dans le pays du nouveau président de l’Oua à qui on pourrait bien rappeler l’adage : "A quoi sert-il d’éteindre le feu chez le voisin si sa propre case brûle ?" Sans doute, une question de prestige social pour ce sexagénaire qui accumule déjà 33 ans de pouvoir et qui ne rêvait que d’une chose : accueillir un sommet de l’Oua dans son pays et en devenir président avant de se retirer de la scène politique. En 2003, quand il mettra fin à sa carrière politique en ne se présentant plus à une élection présidentielle, comme il l’a promis, en attendant d’y revenir - rien n’est très sûr - Gnassingbé Eyadema aura 66 ans et soufflera sur 36 ans de règne dans un pays qui n’a connu d’alternance qu’au prix de la vie de son premier président. Que dira Eyadema à ses milliers de fonctionnaires dont certains accumulent 12 mois d’arriérés de salaires ? Pourra-t-il contenir les violences politiques qu’il se chargera au cours de son mandat de faire éviter ou éteindre dans certains pays d’Afrique ?

En attendant, Eyadema a réussi un premier pari en mobilisant des milliers de togolais qui, le temps d’un sommet, ont oublié tous leurs problèmes pour venir danser et chanter devant l’ensemble des chefs d’Etat africains qui ont donné une nouvelle légitimité au président togolais en lui confiant les destinées de notre continent. En 2001, lors du 37 ème sommet de l’Oua qui aura lieu à Lusaka en Zambie, Eyadema donnera le bilan de sa gestion de l’Afrique sans naturellement l’Angola et son allié la Namibie qui lui contestent cet honneur. Mais qu’importe. Eyadema aura eu ce qu’il voulait laissant ses compatriotes dans le désarroi. Tout le monde n’a pas cette chance. Omar Koureyssi
Omar Koureyssi - AFRIQUE/ASIE

 

© Copyright Afrique-Asie - Visiter le site

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
samedi
29 avril 2017
Lomé 32°C (à 14h)