Présidentielles

Gilchrist Olympio veut être candidat contre le président Eyadéma

par Le Monde (France) , le 28 avril 2003, publié sur ufctogo.com

 

Après quatre ans d’absence par crainte pour sa vie, le principal opposant togolais est retourné dans son pays, samedi 26 avril, à quelques jours de l’expiration du délai, jeudi, pour se porter candidat à l’élection présidentielle du mois de juin.

Arrivé par la route depuis le Ghana voisin, M. Gilchrist Olympio a tenu dans un stade de Lomé un meeting devant des milliers de supporters.

S’adressant à la foule en ewé, la principale langue du Sud, il a promis d’être candidat, malgré les restrictions votées "par le Parlement monocolore de M. Eyadéma", le chef de l’Etat, dont le parti a amendé le code électoral, en février, exigeant de tout candidat d’avoir résidé au Togo l’année précédant le scrutin.

"Si M. Eyadéma, de façon injuste, invoque des lois scélérates pour m’écarter ou me battre, nous prendrons les dispositions qui s’imposent", a-t-il déclaré, sans autre précision, devant ses partisans qui criaient "Gilchrist, président" et "Eyadéma, signe ta démission". Samedi soir, après avoir ainsi "repris contact avec la base", l’opposant a cependant préféré repasser au Ghana, en attendant la fin du week-end. Lundi matin, il devait accomplir, à Lomé, les formalités nécessaires à l’acte de candidature.

Opposant historique, Gilchrist Olympio est le fils du premier président du Togo, Sylvanus Olympio, qui fut assassiné, en 1963, par des "demi-soldes" mutinés, dont le sergent-chef Eyadéma. Celui-ci, quatre ans plus tard, prit définitivement les rênes du pays et ne les a pas lâchées depuis trente-six ans. "Doyen" des chefs d’Etat africains, de par sa longévité au pouvoir, le général-président Eyadéma, 65 ans, originaire du Nord, avait annoncé son retrait pour cette année. Mais, en décembre, le Parlement a révisé la Constitution, abrogeant la limitation des mandats présidentiels.

Ayant été désigné à l’unanimité, vendredi, candidat de son parti, M. Eyadéma devrait annoncer dans les trois jours qu’il compte briguer un nouveau quinquennat, qui lui ferait passer le cap des quarante années à la tête de l’Etat...

"POLICE DE LA PENSÉE"

Docteur en économie, fonctionnaire international aux Nations unies puis au FMI, avant de se reconvertir en homme d’affaires, Gilchrist Olympio a vécu presque toute sa vie d’adulte en exil. Condamné à mort par contumace pour "complot terroriste" dans les années 1980, il rentre une première fois au pays en 1991, à la faveur d’une amnistie. L’année suivante, il manque de perdre la vie dans un attentat. Néanmoins, il se porte, en 1998, candidat contre le président Eyadéma, qu’il talonne jusqu’à ce que, en plein dépouillement du vote, le chef de l’Etat avorte le processus électoral et se proclame réélu au premier tour.

"SILENCE : ON VOTE"

Vendredi dernier, dans un rapport intitulé "Togo : silence, on vote", Amnesty International a dénoncé "une inquiétante aggravation de la répression" à l’approche du nouveau scrutin et le risque de "troubles" sanglants. Selon l’organisation pour la défense des droits de l’homme, les autorités togolaises ont "mis en place une police de la pensée qui traque (...) l’émergence d’une opinion dissidente".

Les médias seraient muselés, aucune manifestation publique de l’opposition n’aurait été autorisée depuis le début de l’année, et des "dizaines"d’opposants auraient été arrêtés. Amnesty cite le cas de Marc Palanga, responsable d’une section du parti de M. Olympio dans le nord du Togo, qui, torturé dans un camp militaire, resterait détenu au secret depuis le mois de février.

Samedi, le ministre togolais de la communication a rejeté ces accusations et recommandé à Amnesty de se faire enregistrer comme parti, "pour mieux s’ingérer dans la vie politique togolaise", ajoutant : "Ce n’est ni au président, ni au gouvernement, encore moins au peuple togolais qu’on va faire des leçons de morale, de liberté publique."

L’ouverture d’un "dialogue" entre le pouvoir et l’opposition, proposée par le député européen Fodé Sylla, qui s’est récemment rendu au Togo, n’a pas non plus connu de suite favorable, des deux côtés. Toute à ses divisions, l’opposition va en ordre dispersé aux élections, cinq de ses leaders théoriquement unis au sein de la Coalition des forces démocratiques (CFD) étant déjà entrés en lice, outre Gilchrist Olympio, dont la candidature risque d’être invalidée malgré de possibles réactions violentes.

S’il est prêt à les réprimer, le général-président Eyadéma n’aura guère de souci à se faire.

Car, comme le prophétisait dès 1998 l’écrivain Ahmadou Kourouma dans son roman En attendant le vote des bêtes sauvages : "Vous êtes sûr que, si d’aventure les hommes refusent de voter pour vous, les animaux sortiront de la brousse, se muniront de bulletins et vous plébisciteront."

Stephen Smith

 

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