Interview

Gilchrist Olympio parle de son exclusion des prochaines échéances électorales

par Afrique Diagnostic , le 1er mars 2003, publié sur ufctogo.com

A quelques mois des prochaines élections présidentielles au Togo, le leader de l’Union des Forces de Changement (UFC), Gilchrist OLYMPIO, parle de son exclusion des prochaines échéances électorales et notamment de la modification de la Constitution et de la loi électorale, ainsi que de ses rapports avec les autres leaders de l’opposition togolaise qui seraient favorables à l’idée d’une reprise des négociations avec le gouvernement. Le leader charismatique de l’opposition togolaise parle entre autres de la duplicité du langage du chef de l’Etat togolais et de son ami et homologue français, Jacques Chirac.

 

Afrique Diagnostic : L’année 2003 est celle de l’élection présidentielle au Togo et le Chef de l’Etat peut d’un moment à l’autre en fixer la date. Fort probablement au mois de juin. Déjà le 30 décembre dernier, l’Assemblée nationale a modifié la Constitution et le Code électoral afin de vous exclure de la compétition et de limiter le scrutin à un seul tour : Comment vivez-vous cette situation ?

Gilchrist OLYMPIO : Eyadéma se comporte comme si le Togo et le peuple togolais sont sa propriété privée. Nous ne sommes plus en République. Depuis qu’il a pris le pouvoir par la force en 1967, il n ’y a pas eu d’élections régulières et démocratiques au Togo. Au début il s’autoproclamait Président de la République et gouvernait sans Assemblée législative. Ensuite sous la pression des bailleurs de fonds, il accepta la pratique des élections mais n’accordait la carte électorale qu’à ceux dont il était sûr qu’ils voteraient pour lui ou son parti. Depuis 1991 et le processus de démocratisation, il utilise la terreur, la fraude et les coups de force pour se maintenir au pouvoir. Nous sommes habitués à ces manoeuvres et nous essayons de les combattre

Afrique Diagnostic : Comment les combattez-vous ?

Gilchrist OLYMPIO : Lorsqu’il opéra le coup de force de juin 1998, nous avions organisé des manifestations de dénonciation et de protestation qui furent réprimées. Mais la Communauté internationale, sous la pression du Peuple, le sanctionna. Alors il se dépêcha d’accepter le dialogue avec les partis de l’opposition démocratique et promit solennellement devant le Chef d’Etat français en visite officielle au Togo de ne pas modifier la Constitution en vigueur, de ne pas briguer un autre mandat et d’organiser à l’avenir des élections libres et démocratiques. Nous connaissons la suite, notamment avec les lois d’exclusion et de limitation de l’exercice électoral auxquelles vous venez de faire allusion.

Afrique Diagnostic : Votre combat se limite-t-il aux dénonciations et aux recours à la communauté internationale pour des sanctions ?

Gilchrist OLYMPIO : N’oublions pas que nous vivons au Togo une dictature brutale, sanglante et implacable. Nos réunions publiques pour informer le peuple et faire connaître nos protestations sont régulièrement interdites et sauvagement réprimées quand nous les tenons. Nombreux sont les cas d’arrestations arbitraires et d’exécutions extrajudiciaires régulièrement dénoncées par les organismes des Droits de l’Homme dont Amnesty International et la Fédération Internationale des Droits de l’Homme. Les Chefs d’Etat africains et la Communauté internationale auxquels nous soumettons régulièrement nos plaintes, sont toujours étonnés par les mensonges effrontés d’Eyadéma visant à rejetter le tort sur les partis de l’opposition démocratique. Nous n’allons jamais vers la communauté internationale pour réclamer des sanctions. Celle-ci applique automatiquement les mesures contenues dans les accords internationaux que le gouvernement togolais a signé en matière de respect des Droits de l’Homme, des libertés démocratiques et de la bonne gouvernance.

Afrique Diagnostic : Ces sanctions sont-elles efficaces ?

Gilchrist OLYMPIO : Elles sont malheureusement économiques et deviennent de plus en plus contraignantes pour le peuple. C’est la raison pour laquelle tout en défendant leur bien-fondé, nous présentons nos plaidoyers aux gouvernements amis et aux organisations d’aide au développement pour qu’ils amènent le gouvernement togolais à s’engager sincèrement dans le processus de démocratisation. Les résultats sont loin de nos attentes. Le pouvoir en place bénéficie de complaisances extérieures. Alors que Eyadéma a ouvertement opéré un coup de force en juin 1998 pour se maintenir au pouvoir, ses pairs l’ont élevé au rang de Président de l’OUA puis de la CEDEAO. La France lui a confié la préparation d’un projet d’organisation de la sécurité militaire africaine et tout récemment, il arracha la médiation dans la crise armée ivoirienne alors qu’il a crée la même situation explosive dans son propre pays. Quand il a modifié la Constitution pour se donner la possibilité de briguer un troisième mandat, les autorités françaises n’ont pas voulu lui rappeler sa promesse et se sont seulement contentées de déclarer qu’elles réagiront s’il se représentait. Le Président Chirac a expressément demandé à l’un de ses émissaires se rendant au Togo de ne pas agacer Eyadéma avec cette question. Il y a de quoi dérouter les organisations internationales de défense des Droits de l’Homme et d’aide au développement qui connaissent la situation du Togo et veulent appliquer des sanctions visant à amender le régime d’Eyadéma.

Afrique Diagnostic : L’opposition démocratique ne semble pas toujours s’accorder sur le combat contre le régime en place ?

Gilchrist OLYMPIO : Nous avons essayé plusieurs formes de concertations et d’actions communes dans le passé. Elles ont toutes vécues. Récemment, nous avons constitué une Coalition des forces démocratiques (CFD) dont mes camarades, à l’unanimité, m’ont fait l’honneur de me nommer Président permanent pour le combat, jusqu’à l’éviction d’Eyadéma et après. J’ai accepté cette nomination à la seule condition que notre unique combat soit, pour l’instant, l’abrogation des lois d’exclusion du 30 décembre dernier et l’organisation d’élections libres et démocratiques. Cette position s’impose parce que tous les partis de l’opposition démocratique ont fermement dénoncé les lois du 30 décembre 2002 qui modifiaient par un vote du seul parti d’Eyadéma, la Constitution adoptée à plus de 90% par le peuple togolais en août 1992 et le Code électoral consensuel qui étaient un acquis encourageant de l’Accord cadre issu des négociations de juillet 1999 entre les partis de l’opposition démocratique et la mouvance présidentielle. Cette position s’impose d’autant plus encore que la Communauté internationale, par la voix du Président de la Commission Européenne, Mr Romano Prodi, avait publiquement annoncé, à toutes les parties intéressées que la coopération avec le Togo, suspendue depuis le massacre du peuple en janvier et mars 1993, ne reprendra qu’à la seule condition que les élections à venir soient organisées en application de l’Accord cadre de juillet 1999 et qu’elles soient libres, équitables, transparentes, démocratiques et acceptables pour tous. Depuis, l’Accord cadre a été dénoncé unilatéralement par le pouvoir. Il est évident que ces critères ne seront pas respectés en raison des mesures d’exclusion et de restriction déjà adoptées par le même pouvoir. Mesures dont la demande d’abrogation fonde justement notre Coalition. Or, le directoire de cette Coalition dont je ne comprends pas la motivation, vient d’accepter, sans mon accord, une demande du gouvernement togolais de nommer deux de ses membres pour représenter toute la Coalition dans la nouvelle Commission électorale nationale de neuf membres. Une représentation pour le moins ridicule (deux membres sur neuf) compte tenu de la très large assise nationale de tous les partis membres de la Coalition. J’ai dénoncé cette décision et fait suspendre notre participation aux réunions en attendant que le Bureau national de notre parti l’UFC se prononce sur notre maintien ou pas dans la Coalition. Des mésententes de cette nature nous ont été préjudiciables depuis le temps du code II.

Afrique Diagnostic : Cette position que vous m’expliquez semble cohérente. Pourquoi n’arrivez-vous pas à en convaincre vos camarades ?

Gilchrist OLYMPIO : La plupart des partis de l’opposition démocratique sont nés des lois de libéralisation politique d’avril 1991. Ils n’ont pas de passé historique qui leur sert de repère et fonde leurs actions. Leurs dirigeants n’ont connu que le régime d’Eyadéma dont ils ont vécu les atrocités. Ils ont de ce fait tendance à rechercher des compromis au lieu d’affirmer une position radicale contre la dictature qui les opprime. On peut les comprendre mais la politique est faite de l’observance de principes clairs pour défendre des causes justes. C’est en cela que le peuple vous suit. L’UFC attache une grande importance à cette philosophie politique en s’accrochant à sa racine traditionnelle d’Ablodé qui a mobilisé le peuple togolais dans sa lutte pour l’indépendance et anime aujourd’hui son combat pour le changement. C’est ainsi que la lutte de l’UFC conserve l’élan national et patriotique du temps des vaillants combattants de l’indépendance et des pères fondateurs de la Nation togolaise. Il importe de nourrir notre peuple de rêve pour qu’il se réveille et se prépare des jours meilleurs car nous ne voulons pas que les togolais terrassés et en proie à la peur acceptent le Léviathan.

Propos recueillis par John MAKAYA - Afrique Diagnostic N° 15- 1-15 Mars 2003

 

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