Interview

Gilchrist Olympio : « le régime togolais est impliqué dans plusieurs conflits en Afrique »

par Carrefour (Togo) , le 27 mars 2000, publié sur ufctogo.com

 

1- Après le Dialogue intertogolais qui avait accouché d’un Accord-cadre, votre parti l’UFC, participe depuis août 1999 aux travaux du Comité Paritaire de Suivi (CPS). Quel bilan faites-vous de ces assises aujourd’hui ?

GO : Le Comité Paritaire de Suivi (CPS) a pour objectif, comme son nom l’indique, de veiller à l’application de l’Accord-cadre de Lomé (ACL), dont la signature n’a pas été facile pour nous, compte tenu de l’orientation prise par le Dialogue. S’il faut en juger aujourd’hui, par l’attitude du régime à l’égard de l’Accord, et à travers la campagne quasi quotidienne de dénigrements, d’insultes, de mensonges et de haine sur les média d’Etat, les affectations arbitraires des responsables de l’opposition (fonctionnaires ou agents de l’Etat), la célébration du 13 janvier, le refus de respecter les engagements pris à l’égard des textes élaborés par le CPS, les arrestations de jeunes de l’UFC, d’étudiants, de syndicalistes, etc..., il faut avoir le courage de reconnaître que le bilan n’est pas très reluisant. Le CPS n’influe pas sur le cours des événements comme on est en droit de l’attendre. Il est relégué, en pratique, au rôle d’une institution croupion. La Facilitation semble, contrairement à ce qu’on pouvait en attendre, impuissante à le tirer de cette situation, et lui faire jouer un rôle beaucoup plus actif et beaucoup plus positif.

2- Face à certaines situations, l’UFC avait suspendu plus d’une fois, sa participation au CPS. Quel impact pensez-vous que ces attitudes aient sur le cours des événements.

GO : Un impact très positif, estimons-nous ! D’abord, Il s’agit surtout d’attirer l’attention de nos populations et de la communauté internationale, sur les manœuvres du régime ; lesquelles manœuvres traduisent l’absence fondamentale de réelle volonté politique de sortir notre pays de la situation où il se trouve. Nous ne pouvions pas rester " scotchés " au CPS sans apparaître comme des complices de ces manœuvres. Je voudrais vous rappeler, si c’est encore nécessaire, que c’est l’arme ultime pour faire bouger les choses, dès lors qu’il nous apparaît que les discussions semblent sortir de leur objet.

3- L’Assemblée Nationale vient de voter le projet de Code Electoral, dans sa version soumise par les Facilitateurs. Quelle est la réaction de votre parti ?
GO : Cette affaire crée un précédent grave pour le CPS en entérinant sa subordination politique aux institutions défaillantes de l’Etat. Si le rôle politique du CPS devait être réduit à la portion congrue, pourquoi avoir senti la nécessité de sa mise en place pour le suivi de l’ACL ? En ce qui nous concerne, nous avons accompli vis à vis de nos populations, notre devoir de rigueur et de vérité en attirant l’attention sur le manquement aux principes de consensus et de parité susceptible de compromettre gravement l’amélioration du processus électoral. Le rejet initial du projet de Loi par l’Assemblée Nationale n’a été qu’une manœuvre dilatoire, en dépit des engagements pris. Cette manœuvre nous a fait perdre trois mois et demi. L’objectif essentiel du CPS est l’amélioration du processus électoral et nous avons la volonté politique d’y parvenir. Créons donc les conditions de l’enclenchement irréversible du processus en mettant en place, dans les meilleurs délais, la CENI qui s’attellera à l’organisation rapide des élections législatives.

4- Certains observateurs pensent que EYADEMA ne pourra pas dissoudre l’Assemblée Nationale comme promis en Mars 2000 et que, par conséquent, les élections n’auront pas lieu avant la fin de l’année. Si le cas se présentait, quelle serait la position de l’UFC ?

GO : Il s’agit d’un engagement pris par M. Gnassingbé EYADEMA, et qui est inscrit dans l’Accord-cadre. Rien ne saurait justifier le refus de le respecter. N’oubliez pas que l’Accord-cadre est bâti exclusivement autour de cet engagement et de l’échéance de mars 2000. N’y a t-il pas risque de vider l’Accord-cadre de son objet si à l’échéance, la parole donnée, et autour de laquelle l’Accord est bâti, n’est pas tenue ? De toute façon, l’attitude de M. EYADEMA à l’échéance, permettra de mesurer la valeur des engagements qu’il prend.

5- Quelle appréciation faites-vous de la mission des Facilitateurs ?

GO : Nous devons la vérité à nos amis, et cette vérité nous oblige à réaffirmer que la Facilitation doit être améliorée. Nous l’avons exprimée à plusieurs reprises dans plusieurs documents dont le premier, un mémorandum, a été adressé aux Facilitateurs eux-mêmes, le 26 octobre 1999. Notre deuxième mémorandum sur la situation de notre pays, a été adressé au Groupe de Travail Afrique de l’UE, le 2 février 2000 et formule des propositions sur l’amélioration de la Facilitation. La Facilitation doit, si elle veut être efficace, se préoccuper du peu de cas que le régime fait de l’ACL, au lieu de se contenter des discours du régime tout en fermant les yeux sur les actes de celui-ci, qui ne sont conformes ni à la lettre ni à l’esprit de l’ACL.

6- Malgré les nombreuses difficultés que traverse le Togo, le pouvoir semble plus préoccupé par l’organisation d’un sommet de l’OUA. Quel commentaire vous suscite cet état de fait ?

GO : L’attitude du régime togolais traduit un grand mépris à l’égard du peuple togolais et de ses souffrances. Il préfère organiser des fêtes, dépenser des milliards pour le prestige et laisser croupir le peuple dans la misère. Alors qu’il a accumulé des arriérés de salaires, de pensions etc... vis à vis des fonctionnaires et agents de l’Etat, des retraités, des étudiants etc.... De même la dette intérieure, qui augmente de jour en jour, désorganise l’économie nationale. Nous convions le régime togolais à une profonde méditation sur la situation désastreuse de notre pays et à une grande sagesse.

7- Ailleurs on pense plutôt que le problème togolais ne vient que de votre radicalisme et de votre entêtement. Que répondez-vous ?

G.O : Il y a dans certains milieux au Togo ou à l’extérieur du Togo, des gens prompts à coller à l’UFC des épithètes du genre radical, extrémiste etc...Venant de collaborateurs - actuels ou anciens - du régime, cela ne nous surprend guère ! Ces critiques ne peuvent pas venir de gens de bonne foi, au fait des actes et comportements du régime EYADEMA. Franchement, qu’est-ce qui permet d’être complaisant avec ce régime ? Compromis politique, oui ; compromission, non. Pour notre part, nous nous attachons à rester en phase avec nos populations, à demeurer attentifs à leurs aspirations et à leurs préoccupations. Ces populations constituent notre force. Nous ne pouvons empêcher ceux qui sont contre nous de penser ce qu’ils veulent.

8- Dans les états-majors de certains partis politiques, on pense que c’est une erreur stratégique de votre part, de vouloir tout de suite remplacer EYADEMA à la tête du pays. Et que vous devez jouer dans un premier temps, le rôle de rédempteur. Avez-vous une réponse à ces affirmations ?

GO : Il ne s’agit pas de remplacer ou de ne pas remplacer M. Gnassingbé EYADEMA. Nous ne combattons pas un homme. Nous luttons pour débarrasser le Togo du système destructeur et déshumanisant qu’incarne M. Gnassingbé EYADEMA et qui a conduit le pays à la ruine, à la faillite dans tous les domaines : éducation, santé, moral, économie, finance, etc. Les Peuples font inexorablement et de manière irréversible leur Histoire, et souvent contre les calculs politiques des états-majors et autres réseaux. Les exemples de l’Afrique du Sud et plus récent de Taïwan, sont éloquents à cet égard. Quant aux états-majors de certains partis politiques togolais, ils sont libres de faire de la stratégie et de voir des rédempteurs un peu partout.

9- Le 13 janvier 1963, le premier Président du Togo, démocratiquement élu, a été abattu par quelques demi-soldes. Le 05 mai 1992, le fils du père, c’est à dire vous, échappe miraculeusement à la mort à Soudou. Le 21 juin 1998, le pouvoir RPT confisque votre victoire. N’avez-vous pas l’impression que le pouvoir fasciste s’est moqué de vous, depuis le début ?
G.O : Je ne suis qu’un acteur de la vie politique togolaise. Laissons aux générations futures le soin d’écrire l’histoire de notre beau pays qui a subi plusieurs blessures dans sa chair.

10- Il y a quelques jours, des informations ont fait état de rixes entre des militants de l’UFC et de soi-disant dissidents de votre parti. Il y a eu des blessés. Reporter Sans Frontière vous a adressé à cette occasion, une correspondance. Votre réaction ?

GO : Nous avons effectivement eu un échange de courriers avec Reporter Sans Frontières (RSF) au sujet des événements du Centre Communautaire de Bè, le 23 février 2000. Nous lui avons expliqué que nos jeunes de la JFC, contrairement à ce qu’on lui fait croire, n’ont porté la main sur aucun journaliste des média publics. Et que s’il y a eu des journalistes blessés lors de ces incidents, nous le regrettons sincèrement, mais ils ne l’ont pas été du fait des jeunes militants de la JFC. Nous nous sommes compris. D’ailleurs RSF nous a adressé, à la suite de notre première lettre, une réponse qui nous satisfait et que je vous remets. Ce que l’opinion nationale et la communauté internationale devraient savoir, c’est que depuis ces incidents, il y a un mois, huit militants de la JFC dont certains n’étaient pas au Centre Communautaire de Bè, sont en prison, dans les conditions les plus insupportables. Vous savez, la jeunesse ne sait pas patienter comme nous. Nos jeunes sont allés protester contre les mensonges, les dénigrements gratuits, dont nous sommes victimes quotidiennement sur les média d’Etat. Cela n’a pas cessé. Bien au contraire. Le régime emprisonne les victimes et encourage les fauteurs de trouble à poursuivre leurs actes ignobles. Nous demandons que les jeunes de l’UFC, emprisonnés à la suite des incidents du Centre Commnunautaire de Bè, soient purement et simplement relaxés. Nous demandons également que les média d’Etat cessent de servir de support aux montages grossiers et mensongers, aux insultes, à la haine et autres agressions contre les dirigeants et militants de l’opposition.

11- Un rapport des Nations Unies vient d’épingler M. Gnassingbé EYADEMA dans une affaire de trafic d’armes en faveur de l’Unita. Votre réaction ?
G.O : Ceci est très grave pour notre pays. Quand on veut se donner, jusqu’à la caricature, le profil d’un homme de paix, on évite de tremper dans ce genre d’affaire qui, non seulement vous discrédite, mais écorne sérieusement l’image de votre pays. Il est criminel d’alimenter la guerre civile dans un pays en permettant à l’un des protagonistes de contourner l’embargo sur les armes. Il apparaît au grand jour, à l’occasion de cette affaire, que la duplicité pratiquée par le régime comme arme de politique intérieure, est la même que celle qu’il pratique à l’extérieur. On découvrira peu à peu, que le régime togolais malgré son discours récurrent sur la paix, est impliqué, comme il l’est en Angola, dans plusieurs conflits en Afrique.

12- Que vous inspire la victoire d’Abdoulaye Wade aux présidentielles du Sénégal ?
G.O : M. Wade mérite nos félicitations pour sa ténacité et la persévérance avec laquelle il a mené son combat.. Ceux qui ont rendu cette victoire possible, comme M. Moustafa NIASSE méritent également nos félicitations. Mais cette victoire n’est pas seulement l’œuvre de ceux qui l’ont obtenue. Elle est aussi la victoire de tous les acteurs politiques sénégalais et surtout de M. Abdou DIOUF qui a permis cette alternance sans violence en maintenant un jeu réellement démocratique. C’est la victoire de tout le Peuple sénégalais qui a démontré sa maturité politique. Ceci est suffisamment rare pour flatter notre fierté d’africain. Nous demandons que les autorités togolaises s’inspirent du bel exemple que viennent de donner le Sénégal et les autorités sénégalaises.

13- Avez-vous un mot à l’endroit du peuple togolais qui tire le diable par la queue et qui ne sait pas quand sera la fin de son chemin de croix ?
G.O : Nos pensées vont à chaque instant aux masses laborieuses de notre pays, aux jeunes, aux étudiants, aux femmes, aux travailleurs de nos villes et de nos villages. Notre combat est leur combat. Nous connaissons de différentes sources, les luttes que les femmes et les hommes de notre pays mènent dans leurs milieux. Face à la détresse, au découragement, au doute, puisons nos ressources morales dans le souvenir de la lutte héroïque d’indépendance qu’ont menée avec abnégation nos aînés, pendant que d’autres cassaient du Viet au Viètnam et trucidaient du Fellagha dans les Aurès en Algérie. La lutte populaire est invincible. Nous restons persuadé que la victoire couronnera notre combat commun.

 

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