Meeting-Débat

Gilchrist Olympio face à la Communauté togolaise de France

par La rédaction UFCTOGO.COM , le 22 octobre 2005, publié sur ufctogo.com

Le Président de l’UFC, Gilchrist Olympio s’est entretenu ce matin à Paris, avec plus de 300 Togolais, de la grave crise qui perdure dans notre pays. Dans son allocution et au cours du débat très fécond qui a suivi, des propositions concrètes et pertinentes ont été faites ;elles témoignent d’une volonté farouche de changement et de lutte contre l’impunité, socle du régime des Gnassingbé.

 

Lire aussi : Compte rendu du Meeting-débat de G. Olympio avec la Communauté togolaise en France

Mesdames, Messieurs, Chers Compatriotes,

« Analyser la situation actuelle au Togo et explorer ensemble avec les Togolais les solutions susceptibles de résoudre la plus grande crise de l’histoire du pays au regard des récents événements » ; tel est le sujet de discussion de notre rencontre de ce matin.

J’en félicite vivement les organisateurs et vous remercie chaleureusement de votre participation nombreuse que j’interprète comme une ferme détermination, par delà vos appartenances idéologiques et politiques respectives, de rechercher individuellement et collectivement une solution de changement à la dictature militaire, au déficit démocratique, aux violations des droits de l’Homme, à la violence, à la prédation de l’économique nationale et à l’état d’insécurité générale qui règnent dans notre pays, le Togo, depuis ces quatre dernières décennies.

Le 5 février 2005, à l’annonce de la mort du dictateur Eyadéma, le Peuple togolais avait cru qu’il pouvait enfin réaliser le changement dont il menait le combat depuis de nombreuses années. Mais l’armée togolaise, sur l’initiative de certains de ses Officiers supérieurs, intervint une fois encore dans la vie politique du pays, en violation des Institutions républicaines déjà dévoyées et avec une violence inhumaine, pour installer un nouveau pouvoir qui porte tous les stigmates du régime défunt.

Je ne m’attarderai pas sur ces dérives qui avaient été constatées, commentées et condamnées sans équivoque en leur temps par la presse nationale et internationale, par certains Etats et par les organisations internationales gouvernementales et non gouvernementales qui s’en sont préoccupé au nom de leur attachement aux règles universelles des droits de l’Homme, de la démocratie, de la justice, de la prévention des conflits et de la construction de la paix.

L’entêtement de l’armée et du parti au pouvoir, le RPT, à maintenir les mêmes méthodes de gouvernement faites de terrorisme d’Etat, de violence, d’arbitraire, de mensonge, de fraudes électorales et de répressions, ont conduit à la situation dramatique que, de leur fait, le pays connaît aujourd’hui avec plus de 800 personnes tuées, plus de 4.500 blessés, plus de 200 prisonniers et plus de 40.000 réfugiés au Bénin et au Ghana depuis l’élection frauduleuse du 24 avril 2005.

On ne peut cependant pas dire que l’opposition démocratique n’ait pas fait tout ce qui est en son pouvoir pour éviter ce drame au Peuple togolais. En effet, elle a consolidé la Coalition qu’elle avait préalablement formée avec six partis pour exiger que la mise en place du nouveau pouvoir se fasse :
- dans la légalité constitutionnelle, c’est-à-dire que le Président de l’Assemblée nationale assume ses fonctions de Président de la République par intérim conformément à la Constitution en vigueur ;
- par un dialogue national pour arriver à un Accord sur la création d’un cadre électoral équitable en vue de nouvelles élections présidentielles et législatives ;
- sur la base de cet Accord un gouvernement de transition soit formé et dirigé par un Premier ministre issu de l’opposition démocratique pour l’organisation desdites élections ;
- et par cet Accord des réformes soient amorcées dans l’armée pour garantir la sécurité des populations civiles et le choix électoral du Peuple.

Le Président Obasanjo du Nigéria, Président en exercice de l’Union Africaine qui m’a reçu à Abuja le 19 février 2005 a pleinement adhéré à cette proposition de la Coalition. Mais nous nous étions vite aperçus qu’il n’avait pu rien faire pour la faire accepter par les prétendus héritiers du pouvoir d’Eyadéma qui avaient déjà mis en place leur stratégie de terreur et de fraude.

Dès lors, la Coalition de l’opposition démocratique devait renoncer à participer à l’élection présidentielle. Mais, à une réunion de tous les partis politiques à Lomé le 28 février 2005, le Président Tandja du Niger, Président en exercice de la CEDEAO et le Président Toumani Touré du Mali ont obtenu du gouvernement togolais de respecter un Accord en 9 points portant sur les droits de l’Homme et des règles démocratiques, des amendements des lois sur les démembrements de la CENI et l’utilisation équitable des moyens de communications. Et tous les deux ont déclaré formellement qu’ils n’accepteront pas d’élections truquées ni gagnées d’avance. Toutes ces promesses n’ont pas été tenues.

De plus les propositions constructives que le Président Obasanjo m’a faites à deux reprises, d’abord le 25 avril à Abuja en présence de Faure Gnassingbe et ensuite le 11 mai à Genève en présence et avec le soutien de Kofi Annan n’ont pas été prises en compte. Il s’agissait : de décréter une période de transition quels que soient les résultats des élections présidentielles ; de nommer un gouvernement transitoire d’union nationale dirigé par un Premier ministre de l’opposition ; d’ouvrir un Dialogue national pour préparer un Accord sur l’organisation de nouvelles élections présidentielles et législatives qui créront une nouvelle ère politique démocratique ; de mettre en place un Conseil national qui procèdera à la réforme de l’armée et à l’établissement des garanties de sécurité des populations civiles togolaises.

Au Mini sommet d’Abuja le 19 mai où ces propositions devaient être concrétisées, c’était une autre grande déception qui nous attendait car il était seulement demandé aux partis de l’opposition de faire confiance à Faure Gnassingbe et de se joindre au gouvernement d’union nationale qu’il proposait de former. Bien entendu, nous avons rejeté une telle proposition.

A l’issue de ce Mini sommet d’Abuja, deux situations auxquelles je devais pourtant et par expérience m’attendre se révélèrent à moi. Pourquoi le revirement des Chefs d’Etats de la CEDEAO et pourquoi des dirigeants de partis importants de la Coalition pouvaient-ils encore croire que le Président Obasanjo les ferait nommer au poste de Premier ministre dans le gouvernement de Faure Gnassingbé ? L’un suggérait un gouvernement d’union nationale et l’autre un gouvernement de réconciliation nationale. Et tous les deux croyaient pouvoir faire accepter une plate-forme politique à Faure Gnassingbé alors que la décision sur la direction du gouvernement était déjà arrêtée entre les Président Chirac, Obasanjo et Tandja. Les mêmes qui avaient fermé les yeux sur les massacres des populations civiles et reconnu l’élection frauduleuse de Faure Gnassingbé.

A l’UFC nous avons vite compris la leçon et de là tiré la conclusion que ces gouvernements avaient des intérêts liés qui les amenaient à tourner le dos au respect du choix du Peuple togolais et imposer, par la violation des règles démocratiques et la violence, les hommes qui assureraient la continuation du régime d’Eyadéma.

Fallait-il dans ce contexte abandonner le Peuple togolais à son triste sort ? Deux voies s’imposaient à l’UFC. Soit la diplomatie pour obtenir la cessation des violences, la libération des prisonniers et le retour des réfugiés. Soit le recours à la violence pour bouter le régime illégitime dehors. Face à des éléments de l’armée montés à cran et à des milices du parti au pouvoir formées et armées pour « porter la guerre au sud » selon leur propre expression, l’opposition ne pouvait pas s’engager dans la seconde voie. En revanche la première peut lui attirer la sympathie et le soutien des organisations non gouvernementales de défense des droits de l’Homme qui n’ont pas d’intérêts politiques ou économiques à protéger. C’est pour cette raison que j’ai accepté de rencontrer Faure Gnassingbé à la Communauté Sant’Egidio à Rome au mois de juillet dernier.

Cette rencontre a fait l’objet de commentaires divers. Mais je veux que l’on sache qu’elle procède avant tout de ma volonté d’accepter de dialoguer directement avec et dire leur fait à ceux qui ont usé de la violence pour se hisser au pouvoir contre le choix du Peuple. Cette démarche, je l’entreprends dans l’intérêt supérieur du Peuple togolais sans pour autant reconnaître à nos adversaires une quelconque légitimité et encore moins solliciter une place dans les Institutions étatiques pour mon parti ou qui que ce soit.

Pour l’instant nous leur demandons, ainsi qu’en témoigne le communiqué de la première rencontre, de cesser la violence, de libérer les prisonniers et d’œuvrer au retour des réfugiés. Dans un deuxième temps nous aborderons les problèmes de la sécurité des populations civiles et de la réforme de l’armée. Ainsi tous les points que nous aurons réussi à négocier entre les deux parties pourront constituer l’ordre du jour d’un Dialogue national élargi à tous les partis politiques, du moins les plus importants. Et, comme nous l’espérons, de ce Dialogue, qui du reste rejoindra l’application des 22 Engagements de l’Union Européenne, se dégagera un Accord national pour la restauration de la démocratie et le respect des droits de l’Homme dans le pays. Nous comptons sur la Communauté Sant’Egidio pour orchestrer ces démarches dans les réseaux des organisations non gouvernementales nationales et internationales de défense des droits de l’Homme dont nous pourrons ainsi bénéficier des conseils et du soutien logistique.

Le récent Rapport de la Mission des Nations Unies « chargée de faire la lumière sur les violences et les allégations de violation des droits de l’Homme au Togo avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 avril 2005 » sera un document de référence et de preuve pour justifier le bien-fondé de notre démarche.

Ses Conclusions rejoignent nos préoccupations en mettant l’accent sur :
- la responsabilité des forces de sécurité dans les massacres des populations et l’existence d’une stratégie de répression ;
- la responsabilité des dirigeants politiques et des militants et milices du RPT ;
- la gestion ethnique et clanique du pouvoir et des violences politiques ;
- le principe de l’impunité érigé par le pouvoir comme légitimation de la violence ; etc.

De même les 17 points des Recommandations du Rapport nous interpellent pour une nécessaire solution politique durable à la crise et ainsi demandent des actions urgentes dont :
- la nécessité d’une réconciliation nationale fondée sur les principes de vérité, de justice et de réconciliation ;
- le principe de la révision de la Constitution et un Accord sur les voies et moyens de l’organisation des prochaines élections présidentielles, législatives et locales ;
- la réforme démocratique et en profondeur de l’armée (sous la supervision des Nations Unies) qui doit être un élément central des négociations politiques.
Pour comprendre l’importance de ce point particulier, retenons qu’à trois reprises, en 1998, en 2003 et en 2005 nous avons été à des élections présidentielles avec une Constitution et un Code électoral modifiés pour nous éliminer, mais notre candidat a gagné les trois fois et c’est la répression perpétrée par les éléments de l’armée qui nous a empêchés d’accéder au pouvoir. Une armée nationale et républicaine n’aurait pas la même conduite. Et je ne pense pas non plus que le Peuple togolais acceptera toujours de se faire voler sa victoire

Nous constaterons que toutes ces propositions que je viens d’évoquer sont formulées à peu de nuances près en provenance des Nations Unies, de l’Union Européenne, des Organisations non gouvernementales internationales et nationales de défense des droits de l’Homme et même de certains Chefs d’Etats qui les ont préconisées avant de se rétracter. Leur convergence me renforce dans ma raison politique de les négocier en profondeur au niveau d’un groupe très restreint et dans une atmosphère de confiance hors des contraintes procédurales. Ainsi éclaircies et dépouillées de toute suspicion ces propositions viendraient devant le Dialogue national où elles seraient examinées sans voix discordantes des protagonistes majeurs. Nous y gagnerons en sérénité et en célérité pour une plus grande chance de leur acceptation et application à l’instauration d’une paix durable dans notre pays.

Mesdames, messieurs et chers compatriotes, puisque nous sommes réunis pour parler et construire l’avenir de notre pays ensemble, je compte sur vous pour nous apporter de bonnes idées pouvant enrichir ce débat.

Je vous remercie de votre attention.
Paris le 22 octobre 2005
Gilchrist Olympio

Lire aussi : Compte rendu du Meeting-débat de G. Olympio avec la Communauté togolaise en France

 

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