Interview

Gilchrist Olympio : "Nous demandons l’abrogation du nouveau code électoral"

par RFI (France) , le 10 mai 2002, publié sur ufctogo.com

Interview de Monsieur Gilchrist Olympio, le leader de l’Union des Force de Changement, du vendredi 10 mai 2002, au micro de Karine Frank sur RFI Afrique.

 

Karine Frank : Gilchrist Olympio, bonjour.

Gilchrist Olympio : Bonjour

Karine Frank : La réunion du "dernier espoir" qui s’est tenue la semaine dernière à Paris autour des facilitateurs a permis, officiellement en tout cas, de relancer le dialogue intertogolais. Mais les blocages sont loin d’être levés. Qu’est ce que l’opposition propose ?

Gilchrist Olympio : Nous avons demandé au gouvernement l’abrogation pure et simple du nouveau code électoral.

Parce que le code électoral que nous avions avant le nouveau code que le gouvernement a fait passer par son parlement monocolore a été élaboré de facon consensuelle pendant des semaines en présence des facilitateurs europeens et de la francophonie. Donc nous ne pouvons pas accepter ce genre de situation.

Cependant, pour montrer notre bonne volonté et pour que les choses aillent de l’avant, nous avons accepté que le nombre de membres de la commission électorale, la CENI, soit reduit de 20 à 10 et que le gouvernement prenne des engagements de ne plus changer quoi que ce soit de façon unilaterale jusqu’aux élections.

Karine Frank : le pouvoir a une reponse, il ne peut pas abroger cette loi.

Gilchrist Olympio : Et pourquoi ? Si nos institutions fonctionnaient normalement ; si on avait un executif et parlement qui fontionnaient normalement, on ne serait pas parti chercher des falicilitateurs europeens et des facilitateurs de la francophonie. C’est parce que nous avons un cas d’exception au Togo.

Karine Frank : La mouvance présidentielle estime que en fait dans ce nouveau texte, rien n’est contraire aux Accords-Cadre de Lomé.

Gilchrist Olympio : C’est contraire parce qu’un des signataires, ça veut dire le RPT de M Monsieur Eyadema, est parti tout seul au parlement, sans l’accord des autres pour changer le code électoral. Donc ils ont violé la lettre et l’esprit de l’Accord Cadre de Lomé...

Karine Frank : Le nouveau texte, que vous dénoncez violemment, exige des candidats à la presidentialle, un délai minimum de résidence sur le territoire togolais de 12 mois. Ce qui vous écarte, vous personnellement, de la course à la présidentielle. C’est surtout cela j’imagine, que vous n’acceptez pas ?

Gilchrist Olympio : De toutes les facons je ne suis pas seul dans ce cas. Vous savez, ce que nous demandons, c’est la sécurité.

Parce que aujourd’hui si vous annoncez vos couleurs, que vous voulez être candidat à l’élection présidentielle et que vous allez vous planquer à Lomé pendant 12 mois, il faut qu’Eyadema vous offre des gilets pare-balles. Nous connaissons le regime.

Karine Frank : On est en droit de se demander si l’opposition n’est pas aussi responsable des blocages. Est-ce que vous n’aviez pas votre propre calendrier : c’est-à-dire une présidentielle d’abord et des législatives après ? Et que ce qui se passe aujourd’hui... ça vous arrange bien finalement ?

Gilchrist Olympio : Pas du tout ! Nous avons accepté comme solution à l’élection présidentielle frauduleuse de 1998, un partage de pouvoir qui pourrait se faire par le biais des élections législatives. Nous l’avons accepté à contrecoeur. Mais devant la position de la mouvance présidentielle, et de certains membres de l’opposition et de la communauté internationale, nous avons accepté ceci.

Et nous sommes prêts demain si les conditions se réunissent - ça veut dire si M. Eyadema abroge le code électoral - nous sommes prêts à aller aux élections.. Évidemment avec la présence des observateurs internationaux.

Nous avons l’impression clairement que M. Eyadema n’a pas l’intention d’organiser quoi que ce soit comme élections, que ce soit présidentielles ou législatives. Il veut tout simplement rester au pouvoir.

Karine Frank : Ce dialogue inter-togolais, est-ce qu’il ne se resume pas à un bras de fer plus personnel, une question d’homme entre vous Gilchrist Olympio et le Président Eyadema.

Gilchrist Olympio : C’est la réaction de plusieurs observateurs, d’autant plus que le premier président du Togo, Sylvanus Olympio, était mon père biologique et qu’il a été assassiné par un jeune sergent revenu des guerres coloniales de France, d’Indochine, d’Algérie. Il est tout a fait clair de dire qu’il y a un duel personnel entre Eyadema et moi.

Mais je vous assure qu’un duel, pour le faire de facon concrète, il y a des façons beaucoup plus faciles que d’organiser un parti politique comme je suis en train de le faire... et d’attendre 39 ans...pour faire ce duel.

Ce que nous demandons à M. Eyadema aujourd’hui c’est que le peuple pour une fois en 39 ans ait droit au chapitre.

Karine Frank : Aujourd’hui, comment les choses vont se passer ?

Gilchrist Olympio : Eh bien je crois que la facilitation dans sa forme actuelle est terminée. Parce que j’ai fait un peu le tour des capitales européénnes. J’etais à Madrid, à Londre, à Bruxelles etc , à Berlin. Et je crois que nous devons savoir ce qui va se passer demain.

Parce que demain le groupe de travail de l’Union Européenne va se réunir et le Togo est à l’ordre du jour. Je ne peux pas préjuger en ce moment de la décision des europeens mais je crois qu’une certaine décision sera prise.

Pour nous autres partis potiques, nous n’acceptons pas que ceci soit la fin de notre lutte. Au contraire. Nous allons accentuer la pression sur ce regime : les marches, les meetings populaires, les villes mortes, etc... etc jusqu’à ce qu’on ait une consultation populaire réelle et équitable dans notre pays.

 

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