Interview

Gilchrist Olympio : « Jamais je n’abandonnerai » le combat politique

par New African , le 18 décembre 2008, publié sur ufctogo.com

En dépit d’un attentat en 1992 dirigé contre lui qui l’a cloué à l’hôpital plus d’un an, malgré l’assassinat de son père Sylvanus Olympio, premier président du Togo, l’opposant Gilchrist Olympio n’a pas de ressentiment. Bien au contraire, depuis plus de vingt ans, il se bat pour que son pays, le Togo, « change et devienne un pays où il fait bon vivre ». Pour ce combat-là, il n’est pas près de baisser les bras, car, dit-il, « jamais je n’abandonnerai ». Tant que le Togo ne sera pas un pays stable, il se battra. Le jour où il arrêtera son combat politique, c’est que le Togo sera devenu une démocratie citée en exemple.

 

JPEG - 18.2 ko

New African : Gilchrist Olympio, où en êtes-vous, opposition et pouvoir, avec l’Accord politique global (APG) togolais signé en 2007 ?

Nous sommes en train de travailler sur les questions de sa mise en œuvre. A ce jour, il y a peu de progrès. Mais cela ne doit pas être un facteur de blocage. Il nous faut impérativement arriver à la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles nécessaires au règlement de la crise dans mon pays. Le défunt président Gnassingbé Eyadéma s’était taillé une constitution sur mesure de sorte que notre loi fondamentale est truffée de lois scélérates. Avec le gouvernement du président Faure Eyadéma, nous avons certes entamé les négociations sur les réformes, mais je dois dire qu’elles traînent. La Commission nationale indépendante, la Cour constitutionnelle sont encore aux mains du Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir), ce qui n’est pas normal dans une démocratie ! Je crois comprendre que le régime est en train de voir quelles concessions, il est prêt à faire pour nous, l’opposition. Pour l’heure, les négociations se déroulent entre le pouvoir et l’Union des forces du changement (UFC), mon parti. Par la suite, nous allons associer toute l’opposition. Quand nous serons tous d’accord sur les réformes, alors nous irons au parlement pour légaliser les conclusions des négociations. Il est bon toutefois de savoir que dans le domaine de la sécurité, il y a une certaine amélioration (je peux désormais aller dans mon pays, ce qui n’était pas le cas hier), en dehors de la mort tragique et inexpliquée de l’historien Joachim Atsutsè Agbobli.
New African : Sur les 22 engagements pris par le régime vis-à-vis de l’Union européenne (UE), qu’est-ce qui a été mis en œuvre ?

Très peu ! Les 22 engagements dans le cadre de l’APG pris par le régime auprès de l’UE restent assez balbutiants. C’est pourquoi l’UFC que je préside demande à nos amis européens de nous aider dans la mise en œuvre de ces engagements et de ses aspects techniques.

New African : Dans l’APG, vous avez pu arracher la mise sur pied d’une commission « Vérité, justice et réconciliation », mais visiblement, un an après, vous n’êtes pas satisfait des orientations de cette commission.

Nous l’avons dit et répété. Cette commission est une bonne idée. Elle est d’ailleurs incluse dans les 22 engagements. Mais nous ne sommes pas satisfaits dans la mesure où la commission a été installée sans consultation préalable. Notre parti, l’UFC, n’a pas été consulté. Le gouvernement a pris seul l’initiative de créer cette commission. Nous disons simplement que pour un élément aussi important qu’est la commission « Vérité, justice et réconciliation », il nous faut - au préalable - un débat. Car nous considérons que les membres de celle-ci doivent être issus du régime, du parti au pouvoir, de l’opposition, de la société civile et de façon proportionnelle. Je constate qu’aujourd’hui, tel n’est pas le cas !

New African : Quelle est la période considérée par la commission « Vérité, justice et réconciliation » ?

Nous pensons qu’elle doit prendre en compte la période de notre indépendance (1960) à aujourd’hui. Mais le régime voudrait que la commission considère la période de 1958 à maintenant. En 1958, nous étions encore colonie, s’il y a eu abus, ce sera le gouverneur français qui devra rendre compte. Donc ce sont deux positions qui s’affrontent sur la période qui doit être prise en compte. J’ajoute cependant que peu importe la période, car on ne va pas en faire un point de blocage, que ce soit en 1958, ou depuis que nous sommes indépendants, l’UFC est favorable aux deux options.

New African : Demandez-vous toujours que la lumière soit faite sur l’assassinat en 1963 du premier président togolais Sylvanus Olympio, votre père ?
Oui. Ecoutez, qu’on fixe le début des enquêtes de la commission depuis l’année 1958 ou 1960 ne nous pose pas de problème. En revanche, les conditions dans lesquelles le premier président a été assassiné doivent être élucidées et les commanditaires, les auteurs, co-auteurs ou exécuteurs doivent être sanctionnés comme cela est prévu dans l’APG…

New African : Vous avez, vous-même, échappé en 1992 à un attentat. Attendez-vous aussi que la commission fasse la lumière sur cette attaque ?

Me concernant, une enquête préliminaire a été menée dans des conditions difficiles par la FIDH (Fédération internationale des droits de l’Homme). Au cours de cet attentat contre moi à Soudou (Centre-nord) du pays, sept personnes de mon parti dont le vice-président Marc Atidépé ont été tuées. Depuis, avec le régime, il n’y a jamais eu de vraies discussions sur cette attaque. Certes, beaucoup de personnes sont soupçonnées et elles sont là…mais la commission devra d’une façon ou d’une autre trancher définitivement.

New African : N’êtes-vous un peu pas revanchard ?

Attendez, le premier président du Togo mon père a été assassiné en 1963. Il y a 45 ans ! C’est l’équivalent de deux générations. Pensez-vous qu’après 45 ans, j’en sois encore au stade de la vengeance ou de la revanche ? Sous le président Gnassingbé Eyadéma, il y a eu trop de violations brutales des droits de l’Homme ainsi qu’une violente politique du pire. Les victimes de son régime sont nombreuses au Togo et à l’extérieur du pays, sont-elles toutes revanchardes ? Non !!! Nous ne donnons pas dans la victimisation systématique. Il y a des moyens plus faciles de se venger que de créer un parti politique qui se bat depuis plus de 20 ans. J’ai commencé avec le MTD, avant de créer plus tard l’UFC au retour du multipartisme en 1991.

New African : La présidentielle est prévue pour 2010. Pensez-vous que les instruments démocratiques sont en place pour ce scrutin ou bien croyez-vous qu’ils le seront avant ce scrutin ?

Il nous reste 13 ou 14 mois pour cette élection. Et nous sommes au stade zéro de la mise en places des instruments, de tous les instruments démocratiques. C’est pourquoi nous ne cessons d’appeler à une profonde réforme dans le pays. Nous avons un gros problème avec le code électoral, avec le mode de scrutin, avec le recensement électoral, les listes électorales…Nous sommes donc en négociation avec le pouvoir et les différents partenaires pour mettre en place tout le mécanisme quoi doit assurer des élections propres, transparentes et ouvertes à tous. Je dois cependant avouer qu’actuellement, nous sommes très loin de ce que nous recherchons pour le cadre électoral. Il y a notamment des dispositions d’exclusion telles que la nationalité utilisée comme une arme politique ; résider 12 mois d’affilée au Togo, une telle disposition m’exclurait d’office vu que je ne réside pas continuellement au Togo, ensuite elle exclurait également plus de 40 000 Togolais exilés dans des pays de la sous-région et en Europe. Doit-on exclure des Togolais du débat politique ! La réponse est bien évidemment « non » !!!

New African : La communauté financière internationale a décaissé des fonds pour le Togo, en clair, une reprise de l’aide bilatérale. Cela se justifie-t-il ?

Il y a deux situations différentes. Nous voulons la démocratie dans notre pays. En débloquant à peu près 45 millions d’euros par an pour le Togo, l’UE entend encourager le régime à aller dans le sens du respect des droits de l’Homme et de la démocratie. En ce sens, nous nous rejoignons. Et puis, dans la situation actuelle du Togo, nous avons besoin de beaucoup plus que 45 millions, car nos écoles, nos routes, notre système de santé sont dans un état piteux. L’UE a délié la bourse pour encourager le pouvoir a plus de démocratie et plus de transparence avec en ligne de mire le scrupuleux respect des droits de l’Homme.

New African : N’est-ce pas trop tard pour demander au secrétaire d’Etat français à la Coopération Alain Joyandet que la France joue de son influence au sein de l’UE pour qu’il y ait des réformes nécessaires à la démocratie au Togo. L’UE a déjà renoué avec le pays ?

J’ai déjà rencontré monsieur Joyandet. Comme l’ensemble des Togolais, la France souhaite des élections libres, transparentes et démocratiques au Togo. Nous avons quelque chose de commun avec la France…

New African : N’est-ce pas de la Françafrique, ça ?

Mais non ! La Françafrique, c’est surtout sous François Mitterrand et Jacques Chirac. Il y a une petite ouverture de M. Sarkozy et il nous revient de travailler dans la direction de la France et de l’Allemagne qui demeurent des partenaires de choix et de qualité.

New African : Qu’en est-il de vos militants actuellement détenus et de ceux qui sont victimes de harcèlement ?

Ce n’est pas facile. Tout le système judiciaire doit être amélioré car il est actuellement suborné par le régime. L’UE a promis un fonds visant à l’amélioration de la justice. Tout ceci pour dire que nous luttons encore pour libérer nos militants dont certains sont en prison depuis longtemps. Nous avons fait le choix d’une opposition sans effusion de sang. Pourtant, nos militants sont tués et victimes de harcèlement à n’en point finir. Un Togolais qui est habite le Nord du pays et est militant de mon parti est tout de suite muté au Sud où il ne connaît personne. Mais on se bat pour que le Togo change et devienne un pays où il fait bon vivre.

New African : Jusqu’à quand allez-vous continuer votre combat politique ?

Tant que je respire, la démotivation ne sera pas dans mon vocabulaire. J’ai une foi catholique et j’ai de la conviction. Jamais je n’abandonnerai. Jamais.



Un politique de conviction

Le principal opposant et le plus célèbre au Togo Gilchrist Olympio est né le 26 décembre 1936 à Lomé. Fils du premier président du pays, Sylvanus Olympio et de Dina Olympio née Grunitzky.
Tout commence au Royaume Uni. Il obtient son doctorat de sciences économiques à l’Université d’Oxford. Et très rapidement de 1963 à 1964, il rentre aux Nations Unies à New York au service des « Etudes fiscales et financières des USA ». L’année suivante, en qualité d’économiste, il intègre le Fonds monétaire international (FMI) à Washington DC et prend ses quartiers au département « Afrique ». Un peu plus tard, il devient maître de conférence de l’institut du FMI. L’expérience dure six ans de 1964 à 1970. A partir de là, Gilchrist Olympio ajoute d’autres cordes à son arc en assumant les fonctions de directeur du groupe minier et financier, LONRHO Limited. Puis, il devient chargé du développement et relations avec la Bourse (Stock Exchange) à Londres. Entre temps, il crée ses propres entreprises spécialisées, entre autres, dans la vente de véhicules, dans la construction métallique tropicale en Côte d’Ivoire. Au Ghana voisin, il crée Tropical Metallic Construction Corporation, Heavy Industrial Gold (specialisée dans l’or), et s’intéresse aussi à la fabrication de verres creux (bouteille de coca-cola, bière etc.) avec Tropical Glass Inc.
Mais c’est surtout à la politique qu’il doit sa notoriété. Il a été depuis 1967, le principal opposant au régime du président Gnassingbé Eyadéma d’abord avec sa formation politique le Mouvement togolais pour la démocratie (MTD). Pour cet acte « osé », il est, par deux fois, condamné à mort par contumace par Lomé. Des mandats d’arrêts internationaux sont lancés contre lui. A trois reprises, il est arrêté et incarcéré à Düsseldorf, à Milan et à Accra. Au terme de tous ces soubresauts et après 25 ans d’exil, Gilchrist Olympio rentre en 1991 au Togo pour participer à la Conférence nationale souveraine. De là, il fonde en 1992, l’Union des forces de changement (UFC). Tour à tour, il est victime d’un attentat (12 morts, 27 grièvement blessés), la FIDH qui mène l’enquête pointe le colonel Ernest Gnassingbé comme responsable du commando qui a perpétré l’attentat. Puis, en 1993, sa candidature à la présidentielle est rejetée. En 1998, sa candidature est acceptée pour la présidentielle, mais il lui est interdit de faire campagne dans les régions septentrionales. Dans la même année, il participe aux consultations entre l’Union européenne et le Togo qui ont aboutit au « dialogue inter-togolais » avec la signature de l’Accord-cadre de Lomé en juillet 1999. Mais en 2002, la Constitution et le code électoral consensuel sont modifiés. Le but ? L’écarter des compétitions électorales futures. En 2003, il ne participe pas à la présidentielle parce que sa candidature est rejetée. Son combat aujourd’hui en plus de gagner la présidentielle de 2010 vise aussi à libérer les militants de son parti encore en prison.


Interview réalisée par Muhamed Junior Ouattara.

 

© Copyright New African

Articles suivants

Articles précédents

Dépêches

UFC Live !

  • Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

WEB Radios - TV

WEB Radios
Tous unis pour un Togo libre et démocratique
dimanche
22 octobre 2017
Lomé 27°C (à 23h)