Togo

Général Eyadéma : le combat de trop

par L'Observateur Paalga (Burkina) , le 29 avril 2003, publié sur ufctogo.com

Tout comme ce fut le cas avec l’homme à la toque de léopard, le Zaïrois Mobutu Sese Seko qui fut son mentor, plus d’une génération de Togolais lorsqu’elle était à l’école primaire aura connu un président ; quand elle arriva à l’université, c’était encore le même ; et enfin dans la vie active, toujours le même président : Gnassingbé Eyadéma.C’est que le chef de l’Etat du Togo totalise à ce jour 36 ans de règne faisant de lui le doyen des chefs d’Etat de l’Afrique francophone.

 

Après avoir pris le pouvoir en janvier 1963 sur le cadavre du père de l’indépendance Sylvanus Olympio, le sergent-chef Etienne Eyadéma le confiera à Nicolas Grunisky des mains desquelles il le reprendra 4 ans plus tard pour ne plus le céder.Après le discours de la Baule, Eyadéma sera contraint d’emprunter le chemin « risqué » de la démocratie [1] .Il sera néanmoins élu le 25 août 1993 président avec cependant 64% d’abstentions, puisque, comme Blaise Compaoré en 1991, il était candidat unique. En 1998, la seconde présidentielle supposée démocratique n’est pas mieux et il est élu encore pour 5 ans. Du reste, cette même année fut « une année noire » pour de nombreux Togolais si l’on en croit Amnesty international qui avait produit un rapport circonstancié (cf. Togo : le sacre de l’impunité) sur la situation des droits de l’homme dans ce pays.Ce second mandat, selon la Constitution, était la dernière de l’enfant terrible de Pya. Mais tous ceux qui connaissent l’homme avaient soutenu mordicus qu’il ferait sauter ce verrou constitutionnel. Ils ont semblé un moment perdre leur pari, puisque le 24 juillet 2001, à la question de notre confrère de RFI Christophe Boisbouvier : « Partirez-vous vraiment en 2003 ? » il répondit : « Puisque je vous le dis, bien sûr que je partirai ».

Moins de deux années après cette « parole de général », la communauté internationale devint soudain dubitative quant à la sincérité de « Gnass ».Ce doute, loin d’être hyperbolique, gagna par la suite le camp présidentiel : c’est d’abord un fidèle parmi les fidèles, Dawku Père, qui osa, en mai 2002, critiquer la « gestion du Rassemblement du peuple togolais » (RPT), le parti créé par Eyadéma lui-même.Puis ce fut le « dauphin » de « mon général », celui qui se désignait lui-même comme un « pur produit d’Eyadéma », qui sortit des rangs : Agbeyomé Kodjo, ci-devant Premier ministre, l’homme qui occupa presque tous les postes politiques au Togo puisqu’il fut tour à tour ministre de la Jeunesse, de l’Intérieur, DG du port de Lomé, président de l’Assemblée nationale.Agbeyomé Kodjo, il est vrai, était donné comme un prétendant sérieux au fauteuil présidentiel, celui à qui Eyadéma passerait la main par un procédé qui restait à trouver.Après avoir proposé de modifier la Constitution pour permettre à Eyadéma de rempiler (question de le contenter), l’homme avait commencé à montrer des signes d’impatience, sentant que le « vieux » resterait scotché au fauteuil à Lomé II.

Alors ce qui devait arriver arriva, car à bout de nerfs, le dauphin putatif accoucha d’un brûlot (cf. « Il est temps d’espérer », diffusé le 24 juin 2002) et prit la fuite.Le maître du Togo abattra par la suite ses cartes en déclarant quelque temps après au sujet de sa candidature, que sa promesse s’adressait aux... journalistes qui accompagnaient Jacques Chirac lors de son séjour togolais et non au président français.Et ce fut le début des chassés-croisés des affidés du chef pour baliser le terrain.Fambéré Natchaba Ouattara, président de l’Assemblée nationale, sera le premier à disserter sur le registre du chef irremplaçable. De Paris où il était en visite il y a quelques semaines, il argua que la modification constitutionnelle du 30 décembre 2002, qui permettait à Eyadéma de rester président ad vitam aeternam, était « une nécessité ». Puis suivront d’autres fidèles qui entonneront la même antienne.A travers des actes savamment distillés qui mettaient tantôt en exergue sa volonté de se retirer, et tantôt soulignaient la « contrainte » pour lui de suivre la volonté du peuple, on a toujours perçu le rôle de grand manipulateur du chef de l’Etat.L’illustration de cette prétendue obligation de s’éterniser au pouvoir est donnée par ces militants du RPT, qui disent être prêts à se suicider, si le grand timonier quittait le gouvernail du bateau battant pavillon togolais, ou encore, toutes ces marches organisées à dessein, où l’on voyait certains de ses compatriotes implorer le président de rester pour les protéger. Le point d’orgue de cette mascarade fut, sans doute, le congrès-plébiscite du 25 avril dernier qui a vu le RPT choisir à nouveau l’homme du 13 janvier 1967 pour briguer la magistrature suprême.

Au-delà de toutes ces gesticulations ubuesques, la question se pose de savoir si ce 3e mandat ou plutôt ce troisième combat du général ne sera pas le combat de trop.Que peut proposer encore cet homme qui a dirigé le Togo pendant 36 ans ? Certes, l’expérience malheureuse de certains de ses pairs qui ont volontairement accepté l’alternance lui commande de baliser son départ, surtout qu’un si long règne engendre forcément des ennemis mortels. Eyadéma renvoit donc, c’est humain à la limite, au plus tard possible ce saut dans l’inconnu qu’est la vie hors de Lomé II.Mais à observer le Togo d’aujourd’hui, on se demande si le général pourra encore tenir. Un petit inventaire à la Prévert achève de convaincre qu’il aborde sans doute un combat à haut risque, même si ses opposants se ruinent dans d’interminables querelles de clocher et que son armée (composée essentiellement de Kabyè et assimilés) reste acquise à sa cause.Ce combat s’apparente à un baroud d’honneur d’autant plus que le plus sérieux des quatre candidats déclarés, Gilchrist Olympio, est rentré samedi dernier au Togo, soit 24 heures après le congrès du RPT. Quatre ans d’exil à Londres n’ont pas entamé la popularité du patron de l’Union des forces du changement (UFC) qui a tenu au stade d’Ablogamé un meeting où derrière les messages apparents, il faut lire le patent : un homme décidé cette fois-ci à aller jusqu’au bout. Exemple : « Lorsque nous serons au bord de la rivière, nous verrons quel moyen utiliser pour la traverser ». Allusion faite à l’une des clauses de la Loi fondamentale qui interdit à toute personne n’ayant pas résidé au pays pendant les 12 derniers mois de briguer la magistrature suprême.Comparaison n’est pas raison, le Togo n’est pas la Côte d’Ivoire, mais la crise déclenchée dans ce dernier pays depuis 8 mois et dans laquelle Eyadéma a déployé vainement ses talents de médiateur entre pouvoir et rebelles devrait pourtant lui enseigner qu’on ne saurait gouverner éternellement un peuple contre son gré et que toute politique d’exclusion pratiquée par un chef d’Etat se retourne tôt ou tard contre ce dernier.Et pour ne rien arranger, une ONG des droits de l’homme telle Amnesty international a le Togo dans sa lorgnette avec un autre rapport accablant titré « Togo : silence on vote » même s’il est vrai que cette organisation semble parfois faire une fixation sur ce pays.Alors mon général, si vous voulez faire vôtres ces propos d’un héros de la seconde guerre mondiale, le général Mc Arthur, disant que « A Old Soldier never dies » [2] , alors essayez de quitter l’histoire par la grande porte. C’est toujours possible pour le bien de ce... peuple que vous chérissez tant ! Ou préférez-vous l’ultime (?) combat qui pourrait s’avérer mortel parce que celui qu’il ne fallait pas livrer ?

L’Observateur Paalga

 

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Notes

[1] Grève de 9 mois (opération Togo mort), conférence nationale avortée, attaques de commandos ont émaillé cette période.

[2] « Un vieux soldat ne meurt jamais », autrement dit il est des gradés qui, même retirés des affaires ou carrément morts, sont toujours présents dans l’esprit de leur peuple.

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