Racisme

France : Chronopost taxé de discrimination

par Libération (France) , le 22 mars 2004, publié sur ufctogo.com

La CGT a porté plainte contre « une politique discriminatoire du groupe à l’échelle nationale ».

 

« Je soussigné M. X représentant les transports Y déclare ne pas avoir l’intention de faire appel à des salariés étrangers pour l’exécution des prestations Chronopost. En vous souhaitant bonne réception. » La phrase est tapée à la machine, avec date, signature et cachet de l’entreprise, un transporteur de l’est de la France. Attestation formelle de discrimination raciale. Haziz Faddel, délégué syndical CGT à Chronopost, en brandit une autre : « La société F atteste sur l’honneur qu’elle n’a pas l’intention d’engager pour quelque durée que ce soit des salariés de nationalité étrangère. » Puis encore une autre, sous forme d’un questionnaire type à renvoyer. Il faut rayer la mention inutile. Le sous-traitant a rayé : « J’emploie ou j’ai l’intention d’employer du personnel salarié de nationalité étrangère. » La CGT a porté plainte. Une plainte contre X, avec constitution de partie civile, déposée au tribunal de grande instance de Strasbourg le 19 février. Dans le dossier, quatorze de ces « attestations » récupérées suite à une « rapide enquête » du syndicat. Toutes rédigées entre septembre 2000 et mars 2002. Certaines sont adressées à la direction régionale de l’Est, d’autres, directement au siège. Elles viennent de sous-traitants d’Alsace, de Lorraine, de Bourgogne ou Champagne-Ardenne. « Ça prouve une politique discriminatoire du groupe à échelle nationale, s’indigne Haziz Faddel. Nous avons les documents originaux, ils ne peuvent pas contester. » La CGT a écrit une lettre au président de la République réclamant la démission du président de Chronopost. Elle s’apprête à diffuser aujourd’hui un tract dans l’ensemble des bureaux Chronopost.

L’affaire est partie d’un petit bureau de Chronopost Strasbourg. Soraya Hidech, assistante de direction embauchée en CDD de remplacement maladie, voit passer les fameuses « attestations » sur son bureau. Choquée, elle en parle à sa direction. Pas de réponse. Si ce n’est qu’on lui retire toute responsabilité. Et qu’on lui signifie le terme de son contrat pour fin mars. Soraya alerte alors la CGT. « On a mené notre enquête, raconte Haziz Faddel. On a découvert de nouvelles attestations. Pour l’instant on en est à quatorze, mais cela ne nous étonnerait pas qu’il y en ait beaucoup plus. Plusieurs sous-traitants nous disent qu’ils étaient écoeurés d’être obligés de signer ça. »

C’est le cas de Michel Jung, gérant de la société des taxis Jung-Cross. « Ils nous ont demandé de taper et de signer toute une liste d’attestations, comme quoi on n’employait pas de salariés non déclarés, par exemple, et au milieu il y avait ça, raconte-il. Nous, on a tapé, on a signé. On trouvait ça absurde, mais on se disait : venant d’un grand groupe comme Chronopost, ça doit être légal. » Un autre patron, qui souhaite rester anonyme, reconnaît qu’il était bien conscient de l’illégalité. « Il n’y a pas que Chronopost qui fait ça. D’autres groupes nous imposent la même chose, affirme-t-il sans vouloir citer de noms. Mais, si vous signez pas, vous bossez pas. »

Chez Chronopost, on tente de plaider le « malentendu ». « Il y a eu un problème d’interprétation, explique François Gautier, directeur de la communication. Ce qu’on a demandé à nos sous-traitants, c’est de dire qu’ils n’employaient pas de salariés en situation irrégulière. Apparemment, certains ont mal compris et ont déclaré qu’ils n’employaient pas de salariés de nationalité étrangère. Quand on s’est rendu compte du quiproquo, on a tout fait pour supprimer cette erreur. Mais il y a beaucoup d’agences Chronopost, ça prend du temps. »

Le délit de discrimination raciale à l’embauche est passible de deux ans de prison. Chronopost dit ne pas avoir été averti de la plainte de la CGT. « Nous n’avons toujours rien reçu, assure François Gautier. Mais venez nous rendre visite en agence, vous verrez bien que nous ne sommes pas racistes. »

Par Ondine MILLOT

 

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