Vodoun

Fêtes des religions traditionnelles au Bénin

par Fraternité (Bénin) , le 7 janvier 2005, publié sur ufctogo.com

Le vodoun est un ensemble de pratiques magiques condamnées du reste par les "autres" religions qui feignent d’oublier que l’orthodoxie absolue est chose rare et que la magie est consubstantielle à l’homme.

 

Lundi prochain [ndlr : 10 janvier], le Bénin va célébrer la fête nationale des religions traditionnelles. Une occasion où les dépositaires des cultes traditionnels seront sur tapis rouge. Le Vodoun est considéré comme l’un des vestiges les plus représentatifs du patrimoine culturel africain. C’est l’occasion pour nous de faire un rappel historique sur cette religion ancestrale ainsi que sur ses fondements spirituels.

Le vodoun est un ensemble de pratiques magiques condamnées du reste par les "autres" religions qui feignent d’oublier que l’orthodoxie absolue est chose rare et que la magie est consubstantielle à l’homme.

Profondément enraciné dans les traditions culturelles africaines, le Vodoun a des origines qui remontent à plusieurs milliers d’années. Sans autre précision, des découvertes archéologiques sur le littoral ouest-africain laissent penser que les cultes Vodoun y étaient pratiqués depuis plus de 4000 ans. Déjà vers la fin du 15ème siècle, des voyageurs et des commerçants européens décrivaient dans leurs récits des cérémonies et des temples Vodoun. Ceux-ci, à l’image du temple Dangbé (python), au Bénin, n’ont pas connu de transformations majeures au cours des siècles. Le Vodoun, qui n’est pas fondé sur une conception dualiste du monde, c’est à dire la vie et la mort ou le ciel et la terre, vient du mot "Vodoun", qui signifie en langue Fon : "Ce qu’on ne peut élucider, la puissance efficace". Il peut également se traduire par Dieu ou Esprit. Cette religion animiste, dont les adeptes, estimés aujourd’hui à plusieurs dizaines de millions, lie la nature et ses phénomènes à des divinités et des esprits avec lesquels, il est possible d’entrer en contact, grâce au phénomène de transe. Les adeptes du Vodoun admettent que ce dernier, à l’origine connaît un créateur unique. Lequel s’est manifesté dans les entités Mawu et Lissa, incarnations des principes masculin et féminin. De Mawu et Lissa sont nés, selon la légende, quatorze enfants dotés de pouvoirs surnaturels. Ceux-ci ont eu comme descendants : Chango, le dieu du tonnerre, Nana Bouloukou, la déesse de la terre, de la nuit et ses mystères, ainsi que Sakpata, le dieu de la justice et de la propagation de la variole. A ces Dieux principaux, qui constituent la base du Vaudou, s’ajoutent d’autres, subalternes. Des chercheurs béninois ont pu en identifier plus de 260.

Cérémonies et rituels, coeur spirituel du Vaudou

Aux yeux des profanes, les rites et cérémonies vaudou peuvent passer pour de la pure superstition, de la magie noire, voire de la sorcellerie. Mais pour le vaudoussi (adepte du Vaudou), ces rituels constituent un moment important de la vie où les dieux et les esprits des ancêtres exercent une influence positive directe sur la vie des êtres humains. Si pour le chrétien, il y a une espérance après la mort, selon qu’on ait été bon ou mauvais serviteur de Dieu, chez les adeptes du Vaudou, c’est le contraire. La relation s’établit au cours des rituels et des cérémonies qui constituent le coeur spirituel de la religion Vaudou. Elle permet d’instaurer une sorte de communication aussi bien avec les dieux implorés qu’avec l’esprit des défunts. Le sacrifice en est un élément essentiel, il exprime une relation entre l’homme et la divinité. En échange de la vénération et des offrandes, les dieux et les esprits invoqués assurent protection et assistance. Les fétiches, à qui vont directement les offrandes, sont définis par le prêtre Vaudou pendant la transe. Ils symbolisent les résidences terrestres des dieux et focalisent leur puissance. Avant chaque cérémonie ou manifestation, il est impératif de consulter l’oracle Fa. Ce système éthique et moral est au vaudoussi ce que le Coran est au musulman. Il est souvent présenté sous forme de boule, prolongée de deux cordelettes, dont chacune porte huit coques. Lorsque le bokonon (devin) les lâche les coques tombent sur leur face fermée ou leur face ouverte : c’est l’oracle. Chaque signe est un message. Structuré comme toutes les grandes religions, le Vodoun est l’un des vestiges les plus représentatifs du patrimoine culturel africain."

Mythos et logos

Les vodouns ont l’humilité des sages, et rampent, dans leur costume d’apparat, sur un sol habité de forces telluriques Qui serait tenté de prendre à la légère ces pratiques se verrait indirectement rappelé à l’ordre. L’Homme n’a jamais su appréhender ces éléments premiers de la civilisation qu’à travers des mythes qui parlent à son subconscient. Le sens est là, par les mots, par les sorts, qui dessinent une réalité libérée de la dimension plate du " subconscient " comme moteur fermé sur lui-même des explications ontologiques. Pas de Dieu lointain, riche des promesses d’un au-delà, pas de " travail analytique " pour enfermer l’homme dans la solitude du verbe : le vodoun et les multiples déclinaisons de son panthéisme, s’inscrivaient dans le présent de ses adeptes et leur ouvre les portes d’un monde où les images retrouvent leurs places originelles, dans l’harmonie violente de la Nature. Le vodoun a des visages changeants et ne saurait être saisi au singulier. Sans viser à l’exhaustivité, la puissance évocatoire des images et des signes sert une démarche prosélyte sans être militante : ce qui commence à s’oublier, ces cérémonies qui se sont perdues, font disparaître une force magique que l’homme béninois ne saura remplacer. Si Segbo Lissa, vaudoun du destin de tous les humains, a déserté les lieux, et si les jeunes filles ne se parent plus pour lui des plus belles perles de cauris, qui prendra soin des hommes ? Si les cérémonies et les offrandes ne célèbrent plus la Vie, n’est-ce pas la mort qui vainc ? Qui saura vous ressusciter, ô cultes béninois ?

Une reconnaissance de l’importance de la religion traditionnelle

Les populations béninoises accordent une importance à la spiritualité et à la pratique religieuse. Quelle soit monothéiste ou polythéiste, traditionnelle ou moderne, la pratique religieuse fait partie des quotidiens de tout Béninois. Reconnu comme le berceau incontestable du culte vodoun, le Bénin est malgré tout un pays laïc et comme pour marquer cette laïcité, chaque religion fête ce en quoi elle a foi. Ainsi, les religions traditionnellement polythéistes ont connu une nouvelle visibilité depuis les retrouvailles inédites entre l’Afrique et sa diaspora : Ouidah 92, qui ont été considérées comme un retour à la source. Ainsi, le 10 janvier de chaque année est décrété par le gouvernement pour rendre hommage aux divinités vodoun. Cette fête qui se déroule habituellement dans toutes les villes béninoises est marquée par plusieurs démonstrations spectaculaires, des danses et chants épatées.

Pour certains, cette fête est très importante car malgré tout, la religion traditionnelle est l’identité première de tout Africain en général et de tout Béninois en particulier « notre pays est le berceau de Vodoun. C’est ici que le Vodoun a quitté pour les caraïbes (Antilles, Brésil, Haiti) par le biais de la traite négrière. Donc c’est une pratique ancienne qui faisait la force de nos ancêtres avant l’introduction des religions modernes par la colonisation. Il faut donc la sauvegarder pour ne pas être considérés comme des déracinés » explique monsieur Claver Mahouton. Pour d’autres, c’est une justice rendue aux religions traditionnelles « notre pays est un pays laïc. Les chrétiens ont leurs fêtes, les musulmans également, donc il est normal que les adeptes du culte vodoun aient aussi un jour de fête. Le vodoun n’est pas de la sorcellerie comme le pensent certains, au contraire, le vodoun est la mère de toutes les religions, même si le gouvernement lui accorde plusieurs jours comme les autres religions, il n’aurait pas mal fait » déclare monsieur Gnangnon victor.

Il importe de souligner que la plupart des personnes interviewées ne se sentent pas concernées par la tenue de cette fête « vous savez, tout le monde a droit de fêter. Qu’ils fêtent ou pas, on sait qu’ils existent, je ne sais pas pourquoi vous vous préoccupez de cette fête que tout le monde leur connaît » déclare madame Gbèdolo Honorine.

Gérard GANSOU & Isaac YAÏ - Fraternité (Cotonou)

 

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