Journée internationale de la femme

Femmes d’Afrique en première ligne

par RFI (France) , le 7 mars 2006, publié sur ufctogo.com

Du XVIIème au XXIème siècle, les différents épisodes de l’histoire de l’émancipation des femmes africaines sont riches d’amazones, d’héroïnes et de résistantes. Toutes ont contribué à inscrire le continent dans le grand mouvement international vers l’égalité et la parité entre hommes et femmes.

 

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L’écologiste Wangari Maathai première femme africaine
a avoir reçu le prix Nobel de la Paix en 2004.

L’histoire des femmes africaines ne manque pas de belles figures, héroïques, résistantes, capables des plus grands sacrifices. Ainsi Anna Zingha, reine d’Angola, oppose au XVIIe siècle une résistance farouche aux Portugais. Deux siècles plus tard, les Amazones du Dahomey, ces chasseresses d’éléphants devenues gardes du corps, se transforment par la volonté de leur monarque en guerrières redoutables : quatre mille vierges noires se dressent contre la pénétration coloniale. A la même époque, la reine des Aznas, Sarraounia, la grande magicienne animiste du sud Niger, résiste à l’avancée de la terrible colonne Voulet-Chanoine. Sans oublier la princesse Abla Pokou, qui sacrifie son enfant pour sauver les Baoulé de Côte d’Ivoire et les conduire dans leur territoire actuel. Aline Sitoé Diatta, en Casamance, empêche encore les réquisitions de riz et de bétail des colons ainsi que le paiement de l’impôt et prône le boycott de la culture de l’arachide. Elle est déportée à Tombouctou en 1943 où elle meurt l’année suivante.

Au XXe siècle, les femmes sont nombreuses à participer aux luttes de libération nationale, à la veille des indépendances. Les résultats sont en demi-teinte. Ainsi, la Guinéenne Awa Keita, militante du Rassemblement démocratique africain (RDA), est élue députée en 1959 puis occupe une place de premier plan dans le Mali de Modibo Keita. A l’inverse, Winnie Mandela, célébrée quand Nelson croupissait dans les geôles sud-africaines et qui symbolisait le combat contre l’apartheid, est vouée aux gémonies une fois Mandela libéré. En règle générale, à l’époque des partis uniques, les femmes accèdent à des postes ministériels dits subalternes - Affaires sociales, Famille, Handicapés... Et le statut du plus grand nombre n’évolue guère.

Le combat pour l’égalité, progressivement

Les exigences d’émancipation et d’égalité clamées par les féministes occidentales trouvent un écho parmi les femmes africaines des classes moyennes. Mais lors de la première Conférence mondiale sur les femmes (Mexico, 1975), celles-ci refusent d’évoquer leur oppression, jugée secondaire et relevant de coutumes sur lesquelles serait basée leur identité. Elles insistent au contraire sur le développement économique, pour lequel elles se déclarent solidaires des hommes. Apparaît ainsi le concept d’Intégration des femmes au développement (IDF), largement relayé par les bailleurs de fonds et les structures gouvernementales. « Améliorer la situation des femmes pauvres, c’est améliorer la situation de l’ensemble des familles et de la société », explique alors la sociologue française Jeanne Bissilliat qui parle de « l’invisibilité » des femmes dans les statistiques. Pour décoloniser la recherche, la vulgariser, une Association des femmes africaines pour la recherche et le développement (AFARD) voit le jour en 1977 à Dakar.

Pendant qu’à Ouagadougou une jeune ministre, Joséphine Ouédraogo, prône « le développement à la base », le débat sur l’excision fait rage à Copenhague (1984). Les femmes africaines sont divisées. Les unes se murent dans le silence. Les autres veulent resituer la pratique dans son contexte socioculturel et évoquent les mythes fondateurs : ainsi Mousso Koroni, la « vieille chauve » bamanan, aurait semé le désordre aux quatre coins de la planète avant que les forces tutélaires ne décident de remettre de l’ordre en « coupant » le clitoris des femmes. Dans ce tohu-bohu, la Sénégalaise Awa Thiam brise le tabou et raconte dans Parole de négresse sa propre mutilation génitale. L’année suivante, à Nairobi, on parle de « genre », de « sexospécificité ». C’est l’époque des « petits projets féminins », ces nouveaux ghettos qui n’attirent guère les investisseurs. Il faut attendre Beijing (Chine, 1995) pour que l’égalité des sexes passe au premier plan des préoccupations des femmes africaines. Mais les espoirs ne sont plus au rendez-vous. La libéralisation politique très partielle, l’incapacité des Etats à relancer le développement poussent les femmes vers des mouvements ethniques et religieux conservateurs qui renforcent le patriarcat.

Les femmes, acteur majeur des stratégies de lutte contre la pauvreté

« C’est à cause de l’Afrique qu’à l’heure actuelle on utilise le terme de féminisation de la pauvreté dans la communauté internationale », déplore dans un entretien (magazine L’Autre Afrique n°100, octobre 1999) la sociologue sénégalaise Marie-Angélique Savané. Dans la décennie 1990, sur les 170 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté en Afrique subsaharienne, 70 % sont des femmes, essentiellement rurales, estime l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). En 1992, le nombre de réfugiés a décuplé en vingt-cinq ans et 80 % sont des femmes et des enfants. Quant aux familles monoparentales où les femmes sont chefs de ménage, elles ne cessent d’augmenter. En règle générale, les femmes ont un accès limité aux ressources, à la terre et au crédit, au commerce, à l’industrie, à la fonction publique. Et subissent de plein fouet les restrictions budgétaires sur les services de base, issues des plans d’ajustement structurels. Pourtant, elles effectuent entre 60 et 80 % du travail nécessaire à la production alimentaire destinée à la consommation des ménages et à la vente, sans que ces données soient prises en compte dans les statistiques nationales.

Dans de nombreux pays, les stratégies de réduction de la pauvreté ne tiennent encore pas compte des différences entre les hommes et les femmes, qui demeurent au bas de l’échelle sociale. La 7e Conférence régionale africaine sur les femmes (octobre 2004, Addis-Abeba) a d’ailleurs fait le point sur la mise en oeuvre du Programme d’action de Beijing et des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Elle rapportait qu’en matière d’éducation, l’Afrique subsaharienne est encore loin d’atteindre la parité entre les sexes. En 2000, la région comptait le plus grand nombre de filles non scolarisées - en augmentation au cours des dix dernières années (23 millions contre 20 millions). En matière de santé, 58 % des personnes infectées par le VIH/sida étaient des femmes sur qui reposent encore l’impact de l’épidémie. Quant à la mortalité maternelle, elle est évaluée à 920 décès pour 100 000 naissances vivantes en Afrique subsaharienne, contre 20 dans les régions développées (FNUAP, 2004). Le nombre de soins prénataux émanant de personnes qualifiées n’a augmenté que de 4 % contre 20 % en moyenne au niveau mondial. Le Sénégal, par exemple, compte un gynécologue pour 30 000 femmes en âge de procréer dans la capitale. Et en zone rurale, où la moyenne est de cinq ou six enfants par femme, les pertes de sang sont les principales causes de décès maternel, aggravés par les mariages précoces, les coupures génitales et les MST.

Les femmes ont pourtant marqué des points sur la scène politique. En 2004, le Prix Nobel de la Paix a été attribué à l’écologiste kenyane Wangari Maathai. En novembre 2005, Ellen Johnson-Sirleaf a été la première femme africaine élue chef de l’Etat - non sans avoir au préalable survécu aux seigneurs de la guerre libériens. L’Union africaine (UA) a aussi encouragé dès sa création la parité entre les sexes à ses postes de décision les plus élevés. Depuis 2004, la présidente du Parlement panafricain est une femme, la Tanzanienne Gertrude Mongella, et Marie-Angélique Savané dirige le Mécanisme d’évaluation intra-africain qui fixe des critères de bonne gouvernance. De plus, en juillet 2004, les chefs d’État africains ont adopté une Déclaration solennelle sur l’égalité entre hommes et femmes en Afrique. Reste que l’appui aux femmes, notamment en matière de lutte contre l’impunité, doit être renforcé. C’est manifeste dans le cadre des processus de sorties de conflit, où il est demandé que les chefs de guerre et les acteurs de violence contre les femmes n’accèdent pas, la paix revenue, à des postes de responsabilités. Enfin, dans les camps de réfugiés, des mécanismes fonctionnels devraient être mis en place pour protéger les femmes contre la violence et toutes les formes d’abus sexuel.

par Antoinette Delafin - RFI

 

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