Sommet OUA

Eyadéma, le plus ancien dictateur du continent, accueille l’OUA.

par Libération (France) , le 11 juillet 2000, publié sur ufctogo.com

 

Le gotha africain en sommet à Lomé

Eyadéma, le plus ancien dictateur du continent, accueille l’OUA. Après trente-trois ans de règne, le président togolais a ouvert hier en grande pompe "son" sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Une consécration pour le général Eyadéma, le chef de l’Etat africain recordman de la longévité au pouvoir, qui pendra la tête de l’organisation pour un an après la clôture de ce grand raout, prévue pour demain. Le projet d’union africaine du colonel Kadhafi constitue la pièce de résistance des festivités. Pour accueillir le gotha africain, Lomé, la capitale, a fait peau neuve, avec l’aide, notamment, des Chinois. Les manifestations de l’opposition ont été interdites. Seule ombre au tableau : plusieurs invités de marque ont refusé l’invitation. Parmi eux : l’Angolais Dos Santos et le Congolais Kabila.

L’Angola, qui soutient militairement Kabila en République démocratique du Congo, mène en effet depuis des mois une campagne de boycott contre la tenue du sommet à Lomé. Hier, le gouvernement de Luanda a de nouveau accusé le Togo de servir de "base arrière" aux rebelles de l’Unita, le mouvement d’opposition armée de Jonas Savimbi. Pour dénoncer le soutien togolais à la rébellion, les autorités angolaises se basent sur une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en avril. Le Togo, entre autres, y est mis à l’index pour son aide à un mouvement considéré comme responsable d’une interminable guerre civile.

Pour faire preuve de bonne volonté, le général Eyadéma a donné des gages. Des membres de l’Unita ont été expulsés du Togo en mai et un émissaire spécial a été envoyé à Luanda. Le président Dos Santos a jugé tous ces gestes insuffisants. Mais il n’a pas réussi à faire déplacer le sommet à Addis-Abeba, siège de l’OUA. Le président togolais, vieux routier de la scène africaine, a su surmonter ce handicap après d’autres. Privé d’aide européenne depuis 1993, gravement mis en cause l’année dernière par Amnesty International (une commission d’enquête de l’ONU doit établir la vérité sur les accusations d’assassinats politiques que le régime conteste), Eyadéma pouvait paraître en mauvaise posture. Il a, une fois encore, démontré sa maestria politique. Il sera ainsi peu question, à Lomé, des revendications de l’opposition. Minée par ses divisions et empêtrée dans un processus de transition vers la démocratie qu’elle ne maîtrise pas, celle-ci a bien du mal à faire entendre sa voix alors que toutes les précautions ont été prises pour éviter les "dérapages". L’hôte du 36e sommet ne sera donc pas épinglé pour sa lenteur à organiser des élections transparentes, pourtant promises avant la fin de l’année. Sur le plan du respect des engagements démocratiques, seule la Côte-d’Ivoire du général Gueï a été privée de participation, non sans hypocrisie. L’année dernière, un précédent sommet avait décidé d’exclure les dirigeants arrivés au pouvoir par un coup d’Etat. Mais cette résolution n’est pas rétroactive et exempte tous les "vieux" autocrates du continent.
Judith Rueff, Libération, Abidjan, Côte d’ivoire, 11 juillet 2000

 

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