Dictature

Eyadéma for ever ?

par RFI (France) , le 30 août 2001, publié sur ufctogo.com

Nouveau coup d’éclat -sinon coup d’État électoral- du général Gnassingbé Eyadéma.

 

Un communiqué officiel parvenu jeudi après-midi à l’Agence France Presse nous a appris non seulement que les élections législatives prévues pour octobre prochain sont reportées aux calendes grecques, mais aussi que le général-président pourra se présenter une nouvelle fois aux présidentielles de 2003. Et ce, contrairement à ce que stipule explicitement l’article 59 de la constitution qui dit : « Le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats ».

Dans ce communiqué, le premier ministre Agbéyomé Kodjo annonce d’abord que « le code électoral est inapplicable en l’état » et que « sa révision est un préalable à la tenue des élections » prévues pour l’été ... 2001. Il a ensuite précisé : « si nous voulons aller aux élections, il faut également en réduire le coût ». Autant de raisons, selon lui, pour reporter un scrutin que le pouvoir craint de plus en plus de perdre, et qu’il a à plusieurs reprises tenté de reporter sine die.

Cette fois-ci il a même cherché à mettre ce report sur le dos de l’Union européenne, en critiquant la « faiblesse » de la contribution de l’UE au budget de 4 milliards de CFA. « Si on veut vraiment aider (le Togo), qu’on mette les moyens nécessaires, a précisé Kodjo. La même critique peut être adressée aux autres bailleurs de fonds internationaux. Jusqu’à présent nous n’avons réuni que le tiers du budget nécessaire à l’élection ».

4.000 morts en 10 ans, selon l’opposition

Mais c’est sans doute sa prise de position en faveur d’une modification fondamentale de la constitution qui a fait l’effet d’une bombe à Lomé. Car, le général-président Eyadéma avait à maintes reprises promis qu’il ne comptait absolument pas briguer un troisième mandat. En juillet 1999, il s’était même formellement engagé à le faire, en signant les accords-cadre de Lomé avec l’opposition. Quelques jours après il l’avait également promis au président Jacques Chirac, en visite officielle au Togo.

Aux yeux du fidèle premier ministre Kodjo, « la nécessaire modification de l’article 59 de la constitution n’est que conforme au souhait exprimé par les différentes couches socio-professionnelles de la Nation qui préfèrent s’en remettre à la sagesse et à l’expérience du président Eyadéma, au lieu de choisir les chemins de l’aventure dont il mesure le prix et les lourds sacrifices à payer ».

Au pouvoir sans interruption depuis 1967, à la suite d’un coup d’État, le général Eyadéma est en réalité le principal artisan du premier putsch du continent africain : en 1963, le président Sylvanus Olympio, au pouvoir depuis les premières élections togolaises de 1960, est assassiné par un commando dirigé par le jeune Etienne Eyadéma, mais celui-ci préfère -comme Mobutu, au lendemain de l’assassinat de Lumumba, en 1961- rester à la tête de l’armée, avant de prendre le pouvoir quelques années plus tard. Un pouvoir qu’il a ensuite gardé par tous les moyens. Il a notamment écarté tous les opposants, à commencer par le propre fils du premier président, Gilchrist Olympio, qui dirige l’UFC (Union des forces de changement), victime d’un attentat mémorable qui a failli l’emporter durant l’une des (rares) campagnes électorales.

Le 3 août dernier, c’est à un autre opposant que la justice togolaise s’est attaqué : Yawovi Agboyibo, président du CAR (Comité d’action pour le renouveau), a été lourdement condamné pour « diffamation et diffusion de fausses nouvelles », à la suite d’une plainte du Premier ministre lui-même, Agbéyomé Kodjo, qui vient d’annoncer le nouveau coup de force. Celui-ci n’est pas un inconnu. Au lendemain des accords-cadres de 1999 entre pouvoir et opposition, qui avaient laissé croire à une certaine libéralisation du régime, Eyadéma avait choisi comme premier ministre cet ancien ministre de l’intérieur au début des années 90, et notamment lors de nombreuses révoltes populaires, toutes réprimées violemment.

En octobre 1998, après l’assassinat d’un membre du CAR, Agboyibo avait signé un communiqué mettant en cause des miliciens qui semaient la terreur tout en se réclamant du « parrainage » du Premier ministre Kodjo. Cette condamnation, dénoncée comme politique par l’ensemble des partis d’opposition, avait été également dénoncée par la FIDH, qui a parlé de « l’impunité » qui prévaut au Togo. Les partis d’opposition ont été empêchés quant à eux de manifester pour dénoncer l’emprisonnement du président du CAR.

Dans une déclaration dite de Hanovre, signée dans cette ville le 25 octobre 2000, l’opposition avait dénoncé la militarisation rampante d’un régime personnel et autocratique et avait avancé le chiffre de 4.000 personnes qui ont été tuées, en dix ans, au Togo, sur une population de quatre millions d’habitants. Un chiffre établi à partir d’évaluations avancées par différentes organisations humanitaires ou de défense des droits de l’homme.

Elio Comarin - Radio-France Internationale (RFI)

 

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