Revue de presse

Eyadéma à vie

par Courrier International (France) , le 10 janvier 2003, publié sur ufctogo.com

En réformant la Constitution qui interdisait au président Eyadéma de se représenter à la présidentielle de juin 2003, le Parlement togolais ouvre la voie à la « présidence à vie ». Dès lors, la presse africaine brosse le portrait d’un pays en déclin.

 

« A en juger par ce qui se passe au Togo, les Kényans peuvent s’estimer heureux de ne pas vivre dans ce pays d’Afrique de l’Ouest », ironise le quotidien kényan « The Nation », qui souligne ce saisissant contraste : « Au lendemain de la transition réussie au Kenya, l’homme fort du Togo, Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir depuis 1967, a fait adopter une réforme constitutionnelle qui lui ouvre la voie à la présidence à vie. »

Cet amendement adopté par le Parlement togolais dans la soirée du 30 décembre 2002 « fait l’objet de nombreuses critiques de la part de nombreux acteurs et observateurs de la scène politique togolaise », souligne Allafrica.com, car le nombre de mandats présidentiels n’est plus limité à deux pour une durée de cinq ans.

Dinosaure

« Depuis l’adoption de la Constitution de 1992, Gnassingbé Eyadéma a été élu à deux reprises (en 1993 et en 1998) lors de scrutins contestés, au point que l’Union européenne et la plupart des partenaires concorant au développement du Togo ont suspendu leur coopération », souligne « Fraternité Matin ». Le quotidien ivoirien rappelle aussi que le président togolais avait affirmé « en plusieurs occasions sa volonté de se retirer en 2003 ». En effet, pour mettre fin à dix ans de tensions politiques, le pouvoir et l’opposition avaient conclu un accord en juillet 1999, baptisé « Accord-cadre de Lomé » (ACL), qui prévoyait notamment des législatives anticipées et le retrait du président Eyadéma en 2003. Mais, comme le note « Fraternité Matin », « depuis des mois, des proches du pouvoir s’appliquent à prédire un scénario-catastrophe : si l’après-Eyadema n’est pas bien préparé, on peut craindre le pire (disent-ils). Une façon de plaider, voire de préparer l’opinion, pour un maintien du président, au moins pour quelque temps. »

Comme le souligne « The Nation » de Nairobi, Eyadéma est sans conteste un dinosaure de la vie politique. Avec le colonel Kadhafi (Libye) et le président Omar Bongo (Gabon), il fait figure de doyen de l’Afrique. « Après le coup d’Etat qui a renversé le président Nicolas Grunitzky, en janvier 1967, Gnassingbé Eyadéma, alors chef de l’état-major de l’armée, était devenu officiellement le chef de l’Etat. » Depuis lors, note « The Post Express » de Lagos, « ce dictateur a régné sur son pays par la terreur ».

Poubelle

Reportées par deux fois, les législatives ont finalement eu lieu en octobre 2002, mais sans les « partis d’opposition traditionnels, qui ont boycotté le scrutin ». La réforme constitutionnelle a été adoptée d’autant plus facilement, souligne « The Post Express », que « l’opposition n’est pas représentée au Parlement ». Pour ce quotidien, « la réforme constitutionnelle choque aussi par les critères d’éligibilité qu’elle impose : la nouvelle loi précise que tout candidat doit avoir résidé au Togo au cours des douze derniers mois, alors que l’un des ténors de l’opposition, Gilchrist Olympio, vit en Europe depuis l’attentat manqué contre lui qui a failli lui coûter la vie ». L’opposant Gilchrist Olympio est un symbole d’autant plus fort de la vie politique togolaise qu’il est le fils de Sylvanus Olympio, président assassiné en 1963 lors du coup d’Etat auquel avait participé Gnassingbé Eyadéma.

A l’étranger, l’image du Togo est particulièrement ternie, note le journal sénégalais « Sud Quotidien », qui ironise sur la prétention du président Eyadéma à jouer les médiateurs dans la crise ivoirienne. Même au Togo, où la presse est bâillonnée, la colère monte. « Rien qu’à parcourir certains quartiers de Lomé, on se rend compte aisément, en l’espace de quelques heures, de l’ampleur de la crise qui frappe le Togo de plein fouet. Manifestement, sa réputation de ’Suisse de l’Afrique de l’Ouest’ n’est plus qu’un souvenir, tant les capitaux ont depuis longtemps changé de destination - instabilité sociopolitique oblige », souligne le mensuel béninois « Afrique Diagnostic ». Lequel ajoute : « Lomé la belle - et la rebelle, lors des affrontements entre partisans et adversaires du régime du président Gnassingbé Eyadéma - est en passe de devenir la poubelle, disent certains Togolais. Non sans une pointe d’ironie. »

Pierre Cherruau

 

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